L’association Befrienders Mauritius qui oeuvre à la prévention du suicide se dit préoccupée par la tendance grandissante au sensationnalisme pratiquée par certains journaux dans leur traitement médiatique de suicides aboutis ou de tentatives de suicide. Irshad Muttur, secrétaire de l’ONG, tire la sonnette d’alarme sur les effets néfastes que peuvent avoir de tels articles sur les personnes à tendance suicidaire, pouvant dans bien des cas, dit-il, anéantir en quelques heures tout le travail sur soi qu’aura pu faire un patient ayant eu recours au service d’écoute en vue de surmonter son problème.
« Il faut dire que d’une manière générale les principaux journaux traditionnels ont un réel souci d’informer leurs lecteurs en traitant le suicide sous un angle relevant du fait de société. Cependant, avec la multiplication des publications, l’on note une tendance certaine au sensationnalisme dans quelques titres de presse qui traitent du suicide sous l’angle de cas personnels, avec force détails macabres. Une tendance qui commence hélas à avoir un effet de surenchère dans d’autres médias dont la couverture était jusqu’ici relativement sobre », soutient M. Muttur dans une déclaration au Mauricien. Un constat qui pousse Befrienders Mauritius à suggérer la tenue d’une table ronde avec les responsables des médias, des experts en communication, des psychologues, des légistes, des représentants d’associations de droits humains, entre autres professionnels, pour discuter de l’approche la plus éthique, la plus juste et la plus efficace d’un point de vue journalistique de parler d’un cas de suicide commis en un lieu public sans tomber dans le voyeurisme et le sensationnalisme. En établissant ensemble des paramètres, il s’agit aussi, indique notre interlocuteur, d’éviter d’éventuels effets de réactions en chaîne, des phénomènes de comportement collectif sur les personnes à risques. Extrapolant sur la couverture journalistique des faits divers en général, M. Muttur appelle à de la retenue de la part des médias car il a été noté, dit-il, que des personnes soudainement exposées au regard public, a fortiori négatif, en portent difficilement le poids et développent des tendances suicidaires. Irshad Muttur estime qu’« il est temps de dégager un code de pratiques éthiques qui serait respecté par tous les partenaires lorsqu’ils relayent l’information, en ayant le souci de préserver l’anonymat et la vie privée de la personne concernée et de sa famille, ainsi que la confidentialité sur les circonstances de son acte. L’idée d’inviter les responsables des médias à une table ronde est d’en faire de réels partenaires de Befrienders en matière de prévention du suicide, via une communication saine et responsable et à valeur informative ».