Liseby, Marina, Adeline et Jenna se sont régugiées, au Centre de Boxe de Tranquebar, tenu par Gaëtan Renguin. Elles s’y sont avec leurs enfants, certains encore en bas âge et d’autres ados, depuis mercredi soir, quand le cyclone Berguitta a commencé a déverser ses trombes d’eau, inondant leurs modestes demeures de boue dévalant des flancs de la montagne, endommageant leurs mobiliers déjà considérablement affectés par les grosses pluies de ce début de janvier, et réduisant leurs maigres vivres à néant. Ces femmes, épouses et mères de famille, sont toutes habitantes des quartiers de Tranquebar. Leur souhait commun : « Que l’État nous aide à avoir un toit décent pour élever nos enfants, pour que nous n’ayons plus à aller chercher refuge à la moindre averse ».

Elles sont loin d’être au bout de leur peine. Habitantes de Camp Manna, Cremation Road et du voisinage, Adeline, 53 ans, Marina, 27 ans, Liseby, 33 ans et Jenna, 35 ans, ont pour point commun d’avoir été contraintes d’abandonner leurs maisons dans la nuit de mercredi 17, alors que Berguitta frappait de plein fouet Maurice. « Kan gro lapli-la inn kumans tonbe, delo inn kumans rant partou dan lakaz. Tou finn mouye : linz, lili, diri, la farine, dipin… L’armoire inn trempe net », explique Marina. « Monn bizin pran bann zanfan, sove ». Pourtant, la veille, son époux, Jean-Noël, avait bravé le mauvais temps, malgré l’avertissement de Classe 3, « pour essayer de rafistoler le toit. Il avait placé des feuilles de tôle et même étendu une bâche… » Mais le sol de leur maison est recouvert d’une moquette, qui absorbait « toute l’eau qui s’accumulait, à vue d’œil. J’avais très peur pour nos deux enfants ». Leur fils Jean Elvin a 10 ans, et Kelvin, 6 ans.

« Sak foi gro lapli tonbe, mo oblize kit mo lakaz », confirme pour sa part Liseby. Comme pour les autres réfugiées du Centre de Boxe de Tranquebar, la maman d’Anaïs et de Raphaël ne sait plus à quel saint se vouer. En cause : « Gro delo ki desann depi montagn… » Les eaux déchaînées s’infiltrent partout dans leurs modestes cases, causant des dégâts supplémentaires à leurs possessions déjà considérablement malmenées par les caprices de Dame Nature. Jenna, par exemple, explique qu’elle a dû « jeter le lit qu’on avait acheté avec nos économies il y a quelques années parce que l’eau, des années durant, a fini par pourrir ses pieds. Matla-la ti telma mouille, sec, mouille, sec, nepli kapav senti sa loder li rande la ».

Dans le cas d’Adeline, « j’ai préféré prendre ma famille et venir me réfugier au centre parce que j’ai eu très peur pour ma belle-fille Ruby Ella et son enfant. Elle vient d’accoucher il y a 47 jours et l’eau rentrait partout dans la maison ! Le lit a été totalement inondé ». Sa maison de Camp Manna subit fréquemment des avaries des grosses pluies. « Tou meb inn fini gate : lili, larmoir, latab, sez… narien nepli bon ». La quinquagénaire dit être « découragée. Pa pe trouv enn lizour ditou… »

Jenna abonde dans le même sens : cette femme de 35 ans, mère de quatre gosses – Lenny, 8 ans, Noah, 4 ans, Leonardo, 14 ans et Anastasia, 16 ans – explique qu’elle a « déjà fait l’acquisition d’un lopin de terre. Et j’ai commencé les procé- dures pour avoir de l’aide pour construire une maison… » Mais ses démarches « bloquent. Il y a à chaque fois des obstacles ». Chacune de ces femmes reconnaît que « avoir un toit décent au-dessus de nos têtes est important. Mais malgré tous nos efforts, on n’arrive pas à voir la lumière au bout du tunnel ». De fait, quand elles ont appris, jeudi 18, que le Premier ministre rendait visite aux victimes de Berguitta, elles étaient très enthousiastes, souhaitant lui faire part de leurs doléances, et solliciter son aide « pour nous aider à avoir une maison. Nou pa pe tal lame. Nou pe fer bann zefor. Mai nou pena assez moyens… » La fille de Liseby a un léger handicap. Avec son salaire de bonne à tout faire, « c’est à peine suffisant pour faire tourner la maison ». Jenna envoie ses enfants à l’école « en temps normal… Anastasia est en Form V cette année. Mais Leonardo est asthmatique. Il a constamment besoin de soins. Et il ne peut pas rester dans un endroit humide ». Et d’une même voix, elles font remarquer que « ninport ki dimounn kontan res dan so lakaz, pa dan enn sant refiz ! Me kan pena swa… »

Aussi, ces femmes multiplient les efforts pour s’en sortir. « Mais ce n’est pas toujours facile, pour elles », conclut G. Renguin. L’homme, travailleur social du quartier, soutient que « ces femmes ont beaucoup de volonté. Mais les moyens font défaut ». Liseby, Jenna, Adeline et Marina espèrent que leurs cris du cœur seront entendus. Entre-temps, elles redoutent la prochaine grosse averse quand elles rentreront au bercail.

«Vulnérables, oui, mais pas assistés»

« Nous ne sommes pas des assistés. Nou pa bann mendiant. Nou ena nou dignite, nou travay pou elev nou zanfan, donn zot ledikasion, aprane zot bann valer », clament quelques réfugiés rencontrés à Tranquebar qui préfèrent garder l’anonymat, disent-ils, « pour ne pas avoir de représailles. Car ces personnes que nous dénonçons ont des “protections” ». Ces personnes refusent rigoureusement d’être « associées à ces autres réfugiés qui sont des profiteurs. Nou koner ena enn mafia dan landrwa. Pa enn zafer nuvo sa. Ena bokou politik ladan. Lane ale, lane vini, zot akapar partou ! Ena res dan lakaz letaz tou me kan gagn problem kouma siklonn, zot vinn bar plas ».