James Gurbhoo est le personnage principal de Lame la koné, le film réalisé et tourné par l’artiste et professeure américaine Diana Heise. Habitant Cité Barkly, ce fabricant de ravannes traditionnelles démontre ici qu’il a tellement de métier dans les mains, qu’il peut se permettre le luxe d’explorer des techniques qu’il n’avait jamais pratiquées jusqu’alors…
Le documentaire que Diana Heise a réalisé, avec la complicité d’Alain Muneean et Marousia Bouvery, illustre brillamment l’idée selon laquelle les savoir-faire populaires relèvent de la science. S’ils ne se pratiquent plus couramment, il importe néanmoins d’en préserver la connaissance car celle-ci est constitutive de l’expression artistique et de l’histoire d’un peuple. Cette exploration des traditions, comme Abaim la pratique depuis une vingtaine d’années dans les domaines musical et littéraire, permet de réinsuffler du sens et de l’inventivité dans les créations actuelles et à venir.
Mardi soir, lorsque 19 ravanniers et ravannières de tous âges ont joué en live juste avant la projection du film, devant les invités au cinéma Star, on a par exemple pu comprendre que de nouveaux rythmes avaient été identifiés, formalisés et enseignés… Mais l’heure était à la découverte de la plus traditionnelle des ravannes, qui demande deux mois de patience.
Lamé la koné est né d’une rencontre entre une chercheuse aux talents multiples et les fondateurs d’Abaim, Alain Muneean et Marousia Bouvery. Artiste, spécialiste des arts visuels et assistante-professeure au Kansas, Diana Heise s’intéresse particulièrement aux liens entre art et histoire ainsi qu’aux cultures créoles qui l’ont amenée à Maurice en 2012. Ses recherches ont alors coïncidé avec les savoirs accumulés par l’association de Beau-Bassin…
Tout au long du film, James Gurbhoo semble parfaitement maîtriser la confection d’une ravanne traditionnelle avec une peau crue séchée au soleil et traitée à la cendre, tendue sur un cercle taillé dans le bois et fixé par une colle naturelle. L’artisan est rompu à la confection de ravannes en peau sur contreplaqué, mais cette technique lui a été transmise par Abaim, qui en a préservé la mémoire. Bien plus qu’à la fabrication d’une ravanne, ce film permet d’assister à la résurrection d’un savoir !