L’édition 2011 de l’indice de perception de la corruption établie par Transparency International et rendue publique ce matin confirme la dégringolade de Maurice dans la lutte contre la corruption et de la fraude. La performance de Maurice dans le classement touchant 183 pays se résume à trois reculs majeurs : une chute de la 39e place à la 46e place au classement général, une baisse dans la notation obtenue par Maurice, soit de 5,4 sur 10 à un score moyen de 5,1 et sur le plan régional, Maurice est désormais devancée par les îles Cap Verde avec le Botswana toujours loin en tête avec un score honorable de 6,1. Du côté de Transparency Mauritius, l’analyse des dernières notations se fait avec des inquiétudes grandissantes compte tenu des tendances enregistrées ces dernières années.
« Sur le plan régional, les détails de l’indice de la perception de la corruption 2011 ne présentent nullement des caractéristiques à se congratuler. Au cours des trois dernières années, Maurice était accrochée à la deuxième place derrière le Botswana. Or, pour cette année, nous avons été devancés par les îles Cap Verde, qui sont passées à la deuxième place, reléguant Maurice à la troisième. Mais le plus grave demeure le fait qu’alors le Botswana et les Cap Verde ont progressé au niveau de la notation dans les efforts pour lutter contre la fraude et la corruption, Maurice a enregistré une baisse dans son score », commente dans une première analyse Jeet Golam de Transparency Mauritius.
Maurice obtient en effet une note de 5,1 sur dix en 2011 contre 5,4 de ces deux dernières années. « Nous nous retrouvons parmi les derniers avec la moyenne et nous avons pour compagnons des pays comme le Rwanda », poursuit le représentant de Transparency Mauritius. La notation de Maurice en matière de lutte contre la corruption a été établie sur la base des observations et de commentaires provenant de 17 sources d’enquêtes de treize institutions assortis d’indications des observateurs basés à Maurice. La période s’échelonnait de décembre 2009 à septembre dernier.
« Avec ce que nous avons été témoins ces derniers mois, nous nous attendions à voir Maurice piquer du nez dans l’indice de la perception 2011. Mais perdre sept places d’un coup reste un signe inquiétant ! » ajoute Jeet Golam, qui prépare à faire le bilan des activités du Centre d’assistance juridique et d’action citoyenne dans la lutte contre la corruption, qui fêtera son premier anniversaire dans quelques jours.
Il ne fait aucun doute que le scandale du siècle du rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 millions a pesé lourd dans la balance de Transparency International. « Au-delà de ce fait incontestable, l’affaire MedPoint vient apporter la preuve concrète que le cadre légal en place pour le Public Procurement n’a pas donné les résultats escomptés. Nous ne serons pas les seuls à soutenir que de gros problèmes subsistent en matière d’allocation de contrats publics, qu’ils soient gros ou petits. Il y a urgence en la matière et les autorités se doivent de prendre les taureaux par les cornes en vue de redresser la barre », poursuit le directeur de Transparency Mauritius.
« Les autres facteurs qui ont eu une influence sur le mauvais classement de Maurice sont la décision de l’Independent Commission Against Corruption de rayer les inculpations préliminaires logées contre Siddick Chady dans l’enquête sur l’affaire Boskalis ou encore les difficultés de l’Icac à boucler l’enquête sur le rachat de la clinique MedPoint il y a presque un an déjà. Tout cela influe sur la capacité de l’État à mener des actions concrètes en matière de lutte contre la fraude et la corruption », avance-t-on du côté de Transparency Mauritius.
Des autres affaires constituant de véritables boulets qui ne sont pas passés inaperçus aux yeux de Transparency International, relevons le contrat de l’affrètement pétrolier à la compagnie Betamax, les révélations en septembre dernier de câbles diplomatiques secrets de WikiLeaks sur la corruption à Maurice sans oublier ce qui est désormais connu comme l’affaire « DSK local » (Dhiraj Singh Khamajeet), avec la perception de l’ingérence politique dans des exercices de recrutement dans le secteur public.
« Je ne dis pas que l’Icac ne fait pas son travail. Force est de constater que les lois relèvent de la responsabilité du parlement. Il faut revenir avec la formule de l’Appointments Committee, l’image projetée par l’Icac et remettre sur pied les Advisory Committees avec des représentants de la société civile au sein de la commission anticorruption », conclut Jeet Golam.
Présentant le dernier indice de perception de la corruption 2011 qui porte sur le thème de « crise de la gouvernance », Transparency International fait ressortir que « certains gouvernements échouent à protéger leurs citoyens de la corruption, qu’il s’agisse de détournements de ressources publiques, de pots-de-vin ou de prises de décisions tenues secrètes ».
« Cette année nous avons vu la corruption dénoncée sur les banderoles des manifestants, riches ou pauvres. Que ce soit en Europe touchée par la crise de la dette ou dans le monde arabe qui entre dans une nouvelle ère politique, les dirigeants doivent entendre ces aspirations à de meilleurs gouvernements », déclare Huguette Labelle, présidente de Transparency International dans la note explicative postée sur le Website pour marquer le lancement de l’indice 2001.
« L’année 2011 a vu le mouvement pour plus de transparence prendre un élan irrésistible car les citoyens du monde entier exigent que leurs gouvernements leur rendent des comptes. Les pays les mieux placés démontrent que les efforts à long terme pour améliorer la transparence peuvent, s’ils sont maintenus, être fructueux et profiter aux citoyens », commente de son côté Cobus de Swardt, directeur exécutif de Transparency International.
Deux tiers des pays classés ont un score inférieur à 5, Maurice se retrouvant à la limite avec son 5,1. La Nouvelle-Zélande (9,5) arrive en tête, suivie de la Finlande et du Danemark. La Somalie et la Corée du Nord (incluse dans l’indice pour la première fois) sont dernières.