Transparency Mauritius, qui élabore sa stratégie dans le cadre de la lutte contre la fraude et la corruption pour les trois prochaines années, se dote de nouveaux outils, dont le lancement d’un nouveau site web. En parallèle, cette ONG compte se prévaloir des conclusions d’une étude sur les attitudes à l’égard de la corruption dans le pays. L’une des principales conclusions de ce sondage réalisé par les soins de Moriscopie de Brigitte Masson en novembre de l’année est de nature pessimiste vu qu’une grosse majorité de jeunes affirment que le fléau de la corruption empirera au cours des cinq prochaines années. Le directeur général de Transparency Mauritius, Rajen Bablee, plaide en faveur de « l’adoption d’une Freedom of Information Act en vue de permettre à la population de mieux apprécier les tenants et aboutissants de toute démarche publique ».
Présentant les résultats de cette étude portant sur l’attitude des Mauriciens par rapport à la corruption, Brigitte Masson souligne que « globalement, les Mauriciens restent à convaincre des méfaits de la corruption, les jeunes en particulier étant les moins critiques à ce sujet (…) De manière générale, la population est pessimiste sur la question et ne croit pas que la situation ira s’améliorant dans les prochaines années ». Elle soulignera que devant un tel constat « Transparency Mauritius a donc un rôle d’éducation majeur à jouer. »
Les faits saillants de l’enquête de Moriscopie auprès d’un échantillonnage de 976 personnes, « représentatif de la population âgée de 15 ans et plus » et se déroulant au téléphone du 6 au 21 novembre de l’année dernière sont les suivants :
90 % des jeunes disant que la corruption connaîtra des détériorations au cours des cinq ans à venir, soit un taux plus élevé que la moyenne nationale de 85,3 %, confirmant du même coup le fait que la jeunesse est encore plus pessimiste que les autres tranches d’âge de la population ;
62 % de l’échantillonnage, soit trois Mauriciens sur cinq, soutenant que la corruption aura empiré dans les cinq ans à venir alors que moins de 15 % sont d’un avis contraire ;
une note moyenne de 3,68 sur 5 pour qualifier l’état de corruption à Maurice actuellement, avec un Mauricien sur trois accordant un 5 sur 5, soit le niveau maximum de corruption. L’on constatera que les jeunes dans la tranche d’âge de 15 à 19 ans, ont accordé une note moins sévère de 3,44 sur 5 alors que la note la plus sévère est attribuée par ceux dans la tranche d’âge de 50 à 59 ans (3,88), par les femmes (3,71), les entrepreneurs à leur propre compte (3,78) et les Mauriciens les moins éduqués (3,90) ;
un peu plus de la moitié de la population, 55 %, se disant prête à dénoncer des cas de corruption, avec une plus forte propensité chez les hommes (59 %), les jeunes (63 %) et les Mauriciens les plus éduqués (67 %) ;
36,4 % des jeunes de 15 à 24 ans ne rechignent pas à l’idée de recevoir une récompense (d’un politicien) en échange d’un vote alors que ce pourcentage est réduit de moitié chez les plus âgés.
D’un point de vue général, l’étude de Moriscopie souligne que « les Mauriciens sont relativement nombreux à souscrire aux valeurs qui sous-tendent le recours à la corruption : 25 % trouvent normal de recevoir une récompense en échange d’un vote, 30 % trouvent normal de bénéficier de faveurs personnelles. Si la majorité des Mauriciens (77 %) déclarent qu’on peut réussir dans la vie sans à voir à corrompre, il y en a quand même 20 % qui affirment le contraire ».
Un autre détail de cette étude pouvant s’avérer intéressant à plus d’un titres est que « les villes de Quatre-Bornes et Vacoas/Phoenix, ainsi que les districts de Flacq et de Savanne sont les moins critiques. Les villes de Curepipe, Port-Louis et le district de Rivière-Noire sont les plus sévères ».
De son côté, le directeur général de Transparency Mauritius s’est appesanti sur « la notion de corruption comprise par la majorité et telle qu’elle est définie par Transparency International est beaucoup plus large que celle définie par nos lois. Un des exemples sur lequel Transparency Mauritius s’est focalisé récemment concerne la définition de proches (relatives) selon le Prevention of Corruption Act. Ainsi, un Public Official, qui octroie un avantage à un cousin, une amie proche ou un agent politique ne commet pas une infraction à la loi ».
En contrepartie, Transparency Mauritius exprime sa préférence en faveur de « l’adoption d’une Freedom of Information Act afin que le public soit vraiment informé des tenants et aboutissants de toute démarche publique ». Rajen Bablee a également d’autres initiatives, dont l’adoption de codes d’éthiques dans deux institutions publiques, un projet d’éducation et de sensibilisation sur la corruption à travers le théâtre à des compagnies.