La tendance d’une action syndicale dans le secteur du transport en commun, avec forte possibilité de grève, se confirme. En toile de fond, des désaccords profonds pour l’application d’une augmentation salariale en faveur de quelque 8 000 travailleurs. Le dernier développement en date à cet effet est intervenu en fin de semaine avec un exercice de dépouillement, vendredi après-midi, suite au vote échelonné sur deux jours à Mauritius Bus Transport, où 100% des votants se rangent en faveur d’un mouvement de contestation en vue de forcer la main au gouvernement, en particulier le ministre du Travail et des Relations industrielles, pour la mise en application de cette révision salariale estimée à quelque Rs 440 millions. Entre-temps, Shakeel Mohamed maintient que la raison pour laquelle les employés du transport ne peuvent bénéficier d’une hausse salariale du NRB est que l’accord collectif signé en 2013 lors de la grève à la CNT est toujours en vigueur. De son côté, La Plateforme Travayer Syndicats de la CNT, menée par Reeaz Chuttoo, a pris la décision de faire cavalier seul et d’attendre la publication du Remuneration Order pour établir les prochaines manoeuvres à adopter dans la conjoncture.
Après que les employés de Triolet Bus Service Ltd et de RHT Bus Service Ltd ont clairement affiché leur position – avec des votes favorables au mouvement de contestation chapeauté par l’Union of Bus Industry Workers (UBIW) en étroite collaboration avec la General Workers Federation (GWF) –, le passage aux urnes au niveau de Mauritius Bus Transport (MBT) n’a fait que confirmer la tendance générale. 150 des 156 travailleurs enregistrés au sein de cette compagnie engagée dans le secteur du transport en commun sont passés au vote. Outre cet important taux de participation, le fait majeur à relever est que 100% des travailleurs votants ont choisi de mettre leur destin entre les mains des syndicalistes du tandem GWF/UBIW. « Le ministre du Travail a obtenu une réponse cinglante des travailleurs suite à sa conférence de presse de cette semaine. Les travailleurs sont en colère et ce troisième exercice de vote l’a clairement démontré », a fait comprendre Imzad Beeharry, président de l’UBIW.
Ainsi, les travailleurs de MBT constituent le troisième batch à se placer en faveur des actions syndicales après TBS et RHT. Deux autres exercices de vote sont à venir : le 12-13 août et 19-20 août pour le United Bus Service (UBS) et ensuite à la Corporation Nationale de Transport (CNT) avec les votes se déroulant en cinq phases (Ndlr: voir le calendrier plus loin). Cependant, la partie ne s’annonce pas facile pour le duo GWF/UBIW concernant le vote à la CNT. Des développements sont survenus cette semaine au cours d’une assemblée générale spéciale de la Plateforme Travayer Syndicats CNT animée par le syndicaliste Reeaz Chuttoo, porte-parole de cette plate-forme. Cette aile syndicale devait, en effet, entériner la décision de prendre ses distances de l’exercice de vote initié par la GWF et l’UBIW. À un vote à mains levées, les quelque 150 travailleurs de la CNT présents lors de ce rassemblement ont choisi d’adopter la stratégie de wait and see, soit d’attendre la publication du Remuneration Order pour établir la marche à suivre. D’ailleurs, Roy Hemraj, président de la Transport Industries Workers Union (TIWU), un des syndicats constituant la Plateforme Travayer Syndicats CNT, précisa qu’aucune directive n’avait été donnée à ce stade pour une grève.
D’autre part, la guerre ouverte entre le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed et l’animateur de la GWF et de l’UBIW, Ashok Subron, se poursuit de plus belle par presse interposée. À l’issue d’une rencontre avec les syndicalistes, cette semaine, le ministre a tiré à boulets rouges sur le syndicaliste dans ses déclarations de presse. « Je n’ai pas eu le temps de présenter le rapport du NRB au Cabinet que M. Subron a commencé à organiser des ballots pour décider d’une action syndicale », a dit Shakeel Mohamed tout en soulignant qu’Ashok Subron « n’est pas concerné par ce que la loi dit » et a pour ambition de « mener une grève pour menacer la stabilité du pays et l’emploi des travailleurs. » Dans d’autres interventions médiatiques, le ministre a déclaré qu’il avait les mains « liées » et qu’aucune loi ne lui permet de changer les clauses d’un accord pendant que celui-ci est en vigueur: « Cela équivaut à mettre un couteau sous la gorge du gouvernement… Nous n’accepterons aucune menace pareille. » Le ministre maintient la carte que la raison pour laquelle les employés du transport ne peuvent bénéficier de la révision salariale du NRB est que l’accord collectif signé en juin 2013 pendant la grève à la CNT est toujours en vigueur.
De son côté, dans une déclaration à Week-End à l’issue du dépouillement de vendredi après-midi, le syndicaliste Ashok Subron a fait comprendre sans détour que « Shakeel Mohamed n’a pas suffisamment de cran pour annoncer aux travailleurs qu’il a pris une décision de manière unilatérale pour ne pas accorder une hausse de salaire comme préconisée par le NRB. Le ministre a pris cette décision à la place des patrons. » Le porte-parole de la GWF et de l’UBIW tient à relever que malgré la signature du collective agreement controversé de 2013, le NRB s’est attelé à la préparation de son rapport sans que les propriétaires et compagnies d’autobus ne contestent le fait que la hausse salariale sera prise en considération. « C’est le ministre du Travail qui a utilisé de son pouvoir discrétionnaire pour se placer en faveur du patronat », poursuit Ashok Subron.
« Nou anvi ki minis vinn dir nou ki sa lalwa ki dir ki li pa kapav applik enn grille salariale minimale ki finne rekomandé par NRB. C’est une bêtise dangereuse quand Shakeel Mohamed vient dire qu’il ne peut intervenir pour fixer une hausse salariale quand un accord collectif est déjà en vigueur. Cette technique utilisée par le ministre du Travail est du déjà vu. C’était le cas encore concernant la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) après la signature d’un accord dans le secteur sucre en 2010. La MSPA avait logé une plainte au Bureau International du Travail et à la Cour suprême. Mais les patrons de l’industrie sucrière n’avaient pas obtenu gain de cause auprès du BIT et ils ont par la suite retiré leur plainte devant la Cour suprême. Shakeel Mohamed devient l’avocat des patrons en reprenant les mêmes arguments de la MSPA pour défendre les propriétaires et compagnies d’autobus », avance avec force Ashok Subron. Mais dans cette guerre ouverte entre Shakeel Mohamed et Ashok Subron, la Plateforme Travayer Syndicats CNT s’est encore une fois démarquée avec le porte-parole Reeaz Chuttoo d’accord avec le ministre du Travail sur le fond concernant les contraintes légales tant qu’un accord collectif est en vigueur. Affaire à suivre compte tenu de l’enjeu.