Le transport en commun à Maurice relève du capharnaüm. On attend que les autorités y mettent un peu d’ordre. Les voyageurs par autobus doivent faire face quotidiennement à des aléas : caprices des chauffeurs et des receveurs, autobus bondés et en retard et véhicules roulant au ralenti viennent s’ajouter au sentiment d’insécurité, accentué par le malheureux événement survenu à Sorèze où dix personnes ont trouvé la mort.
Les gens ont plus de craintes lorsqu’ils voyagent par autobus. Depuis le drame de Sorèze, de nombreux passagers confient qu’ils hésitent à monter à bord des autobus de la CNT. “Cela fait peur. Je me dis que cela aurait pu être moi. Après tout ce que j’entends sur l’état de ces autobus, je ne veux plus y entrer”, confie un passager.
Debout.
D’autres se posent beaucoup de questions sur l’état des autobus qui circulent sur nos routes. “Quand vous voyez ces véhicules, vous vous demandez s’ils ne vont pas tomber en panne en chemin ou si les freins ne vont pas lâcher”, confie un autre.
Pour certaines personnes, se rendre au travail le matin et rentrer chez soi dans l’après-midi constitue un vrai parcours du combattant. Surtout pour ceux qui doivent prendre l’autobus à certains arrêts, comme celui de Grande Rivière Nord-Ouest. “C’est un calvaire tous les jours. Je quitte Rose-Hill à 17h et je viens prendre l’autobus de Pointe aux Sables à GRNO. Tous les jours, c’est la même chose. L’arrêt est bondé. Quand un autobus arrive, il est déjà rempli. Il ne s’arrête pas ou alors il embarque 4 ou 5 passagers. Je reste parfois 30 à 45 minutes sur le bus stop, et lorsque je peux monter dans un véhicule, j’ai une place debout. Ce n’est pas très évident de garder l’équilibre, avec la grande montée vers La Tour Koenig”, confie Viswantee Bholuck.
Individuels.
Dans d’autres régions, c’est la lenteur des autobus qui est décriée. Les habitants de Baie du Tombeau ou des environs de Baie du Cap sont les plus touchés. “Qu’importe l’heure à laquelle vous prenez l’autobus de Port-Louis à Baie du Tombeau, vous ne rentrerez pas chez vous rapidement. C’est pourtant un court trajet”, souligne Alain Gustave, qui réside non loin de la plage publique du village. “Je ne peux pas dire avec certitude pourquoi ces autobus individuels qui effectuent ce trajet roulent à 20 km/h en toutes circonstances. Mais j’ai ma petite idée : ils veulent faire le plein de passagers afin de rentabiliser le trajet. Ce sont les passagers qui payent le prix et sont pénalisés dans l’autobus pendant parfois une heure.” Face à cette situation, beaucoup préfèrent se tourner vers les taxi maron. “C’est la meilleure façon de rentrer chez soit rapidement; le prix est le même.”
Une des doléances les plus courantes depuis la mise en place du transport gratuit est le fait que les autobus ne s’arrêtent pas si ce sont des étudiants ou des vieilles personnes qui sont à l’arrêt. Cette pratique concerne surtout les autobus individuels : embarquer dix personnes qui vont payer plutôt que dix autres qui bénéficient du transport gratuit gonfle les caisses des propriétaires d’autobus. “Kom di koze, ou bizin pran ou mal an pasians ek sa bann bis la. Si ena zis vie dimounn lor bistop, bis la pas drwat li ale, kouma dir ou invizib. Pourtan, gouvernman donn zot bel kas pou sa”, s’insurge Rakesh, de Plaine Magnien.
Politesse.
Par ailleurs, beaucoup de receveurs et de chauffeurs se moquent éperdument de tout signe de politesse. Combien de fois avons-nous été victimes de leur mauvaise humeur ? Anushka, une habitante de Triolet, raconte son calvaire. “Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai été insultée par un receveur. À peine ai-je eu le temps de m’asseoir et de m’assurer que mon fils âgé de 4 ans était confortablement assis qu’il était déjà à mes côtés pour prendre l’argent. J’ai sorti mon porte-monnaie de mon sac. Cela a pris un peu de temps puisque l’argent se trouvait dans le fond du sac, qui était rempli. Il s’est énervé et m’a dit que je devais avoir la somme en main avant même de rentrer. Il a commencé à crier et à m’insulter. C’était traumatisant.” Jennifer, habitante de Ste Croix, déplore que certains receveurs se laissent parfois aller. “Parfwa, kontroler pe frekante dan bis dan zot ler travay. Ou, ou bizin al ver zot pou paye.”
Lorsque ce ne sont pas les receveurs, ce sont les chauffeurs qui s’y mettent. Beaucoup de passagers, surtout des femmes, se plaignent que ceux-là n’hésitent pas à démarrer avant même qu’ils ne soient assis. “La dernière fois, nous étions cinq femmes en train de prendre place dans l’autobus, y compris une qui tenait son bébé dans les bras. Dès que nous sommes montées à bord, le chauffeur a démarré. C’est une chance que ce bébé n’est pas tombé. Cela arrive très souvent ; parfois les contrôleurs sont là et ils ne disent rien”, confie une dame.
Maltraités.
Sanjeev Ramtohul, du syndicat de Triolet Bus Service, soutient que ce sont les passagers qui mènent la vie dure aux receveurs. “Ce sont parfois les passagers qui refusent de payer ou qui se moquent des receveurs. Il est vrai qu’il y a certains receveurs qui ne font pas preuve de politesse, mais il faut aussi se mettre à leur place. Ils se font chahuter et insulter parfois; ce sont des êtres humains. S’ils sont maltraités par les passagers, ils ne feront pas leur travail comme il se doit.”
Youssouf Chotoye, président du Front Commun du Syndicat du Transport (FCST), argue que les travailleurs du transport en commun font face à plusieurs problèmes. “Parfois, les disputes éclatent parce que le passager veut payer avec un billet de Rs 500 ou de Rs 1,000. Quand le receveur lui dit qu’il n’a pas de monnaie, il s’énerve. Les gens doivent jouer le jeu, et donner autant que possible le montant exact au receveur pour leur trajet. Il n’y aurait jamais de problèmes si cela se faisait.”