Depuis ce matin, le transport en commun subit d’importantes perturbations à travers l’île avec la décision des employés de la Corporation Nationale de Transport (CNT) de se mettre en grève. Ainsi, la CNT est paralysée dans sa totalité avec tous les bus bloqués dans les différents dépôts, soit de Bonne-Terre à Rivière-du-Rempart en passant par La Tour-Koenig et Souillac. De ce fait, les usagers d’autobus, étudiants ou employés, ont rencontré des pires difficultés pour voyager même si la National Transport Authority (NTA) a pris des dispositions pour déployer des autobus appartenant principalement à des opérateurs individuels en vue d’atténuer les problèmes de transport sur certaines routes majeures, dont celle de Vacoas/Port-Louis.
Dans la matinée, le premier constat est que la consigne de grève votée dans la soirée d’hier lors d’une assemblée spéciale des employés de la CNT est suivie à la lettre dans les différents départements. Ainsi, pour éviter toute dégradation de la situation, la décision a été prise d’ouvrir les consultations avec les représentants des employés. Sur le coup de 10 heures, le secrétaire de l’Union of Bus Industry Workers (UBIW) a été informé de la tenue d’une réunion à l’hôtel du gouvernement avec le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo, et le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, et des dirigeants de l’UBIW en vue de désamorcer la crise à la CNT, l’un des principaux opérateurs dans le transport en commun.
La réunion a débuté vers les 11 heures. Dans une déclaration au Mauricien avant d’entrer dans la salle des négociations, Ashok Subron, négociateur de l’UBIW, a résumé les principales revendications des employés de la CNT. « D’emblée, nous constatons que la détermination des employés de la CNT en entamant cette grève est à la mesure des pressions subies dans le travail jusqu’ici. Les employés ont entamé une action pacifique pour appuyer leurs revendications. La situation qui prévaut à la CNT est la conséquence de la maladministration et de la mauvaise politique dans le transport en commun. Des fonds insuffisants et inadéquats font qu’aujourd’hui la CNT fait face à un grave problème de bus jusqu’à n’étant nullement capable d’assurer le service normal », déclare le négociateur de l’UBIW.
« Les demandes des employés de la CNT sont simples. Le retour des dessertes qui ont été allouées depuis lundi à d’autres opérateurs. Lors des discussions, nous allons faire la démonstration du caractère irrationnel, injustifié et préjudiciable de l’avenir de la CNT. Cette demande est primordiale. La CNT doit pourvoir des moyens financiers nécessaires pour maintenir le service au public voyageur. Les employés de la CNT, et en général ceux du transport en commun, réclament un mécanisme de révision salariale car la pratique démontre qu’avec le National Remuneration Board, ils pourront attendre encore des années », a ajouté Ashok Subron.
« Nous lançons un appel à Navin Ramgoolam pour qu’il se mette dans la peau d’Emmanuel Anquetil et de Pandit Sahadeo en ce genre de circonstances », fait-il également comprendre.
D’autre part, l’ambiance était survoltée lors de l’assemblée convoquée d’urgence par Platform Travayer Transport, hier soir, au Tamil Hall, à La Caverne, Vacoas. Le mot d’ordre est que « okenn bis napa pou sorti dan garaz. Nou pou solider ek Sam Gérard ». Des représentants des instances syndicales de la CNT et du pays, notamment la National Trade Union Congress (NTUC), la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) et ceux de Rezistans ek Alternativ apportent leur soutien au mot d’ordre de grève.
« Ariv seki ariv. Enn vag pe vini. Volkan pou eklate. » Ce sont en ces termes que chauffeurs, receveurs, Traffic Officers, mécaniciens, membres du Workshop des dépôts de la CNT (Forest-Side, Bonne-Terre, Rivière-du-Rempart, entre autres) se sont exprimés hier soir. La colère et la déception des employés de la CNT étaient palpables et à l’heure du vote, ils étaient unanimes : « Pas de go-slow, nou pou fer lagrev. »
Cette action symbolique, en hommage à Deepchand Gunness « pour son courage et sa détermination de sauver l’image de la CNT », a pour but de faire pression auprès de la direction de la compagnie de transport et des autorités compétentes. « Mem si lalwa ki interdi nou fer lagrev finn rant en viger yer (ndlr : lundi), nou pou fer lagrev. Mem nou bizin perdi nou travay, nou pou menn nou konba », lance-t-il. Ils redoutent la privatisation des dessertes ouvertes à d’autres opérateurs de transport.
Ce mouvement de grève a également pour objectif de soutenir l’action de grève de la faim entamée lundi par Sam Anthony. « Nou pe desid par sa mobilizasion ek sa laksion-la soutenir nou kamarad Sam Gérard dan so konba », soutiennent les intervenants.
« Kifer napa finn aste bann bis ki ti bizin. Kifer travayer bizin pey lepo kase. Nou kapav kontign deservi nou lalign parski lor enn lalign ki dimann 14 bis nou pe met 16, kot pe dimann 20 nou pe met 24. Dan ki konpani bis oun trouv sa ou », a fustigé hier Alain Kistnen, de l’UBIW.
Selon les employés de la CNT, qui souhaitent rétablir un climat de confiance avec la population, seule la direction de la CNT est en mesure de débloquer la situation en achetant la soixantaine d’autobus promise depuis plusieurs mois. Ils réclament également la démission d’Anil Bachoo, vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, et de Robin Soonarane, directeur de la CNT.
Étaient également présents à cette mobilisation des représentants de différents syndicats, dont ceux regroupant les employés de la CNT notamment l’United Bus Industry Workers (UBIW), la Transport Corporation Employees Union (TCEU), la Transport Industry Workers Union (TIWU), la National Transport Corporation Employees Union (NTCEU) et la Bus Industry Traffic Officer Union (BITOU) mais également les principales instances syndicales du pays, soit la National Trade Union Congress (NTUC), avec la présence de Deepak Benydin, Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo pour la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), et Ashok Subron, pour Rezistans ek Alternativ.