Les autobus des sociétés coopératives de transport, connus aussi comme « autobus individuels », ont trouvé les moyens pour s’adapter sur nos routes. Très présents dans le paysage routier du pays, ces autobus offrent un grand service à la population, soutient Rajesh Seeburrun, dirigeant de la Moka-Flacq Bus Owners Coop Society. Incursion dans une des douze sociétés coopératives de transport que compte Maurice, sociétés qui regroupent 800 des 2 100 autobus qui roulent sur nos routes. Ces sociétés coopératives ont été créées de force dans les années 80, suite à la menace du gouvernement visant à nationaliser le secteur du transport à Maurice. Quelques années plus tôt, c’est le gouvernement lui-même qui avait octroyé des permis d’opération à tout individu qui pouvait investir et faire rouler un autobus sur certaines routes du pays. Ces dernières étaient toutes dans une situation difficile après la fermeture de certaines compagnies d’autobus qui avaient jusque-là assuré ce service. « C’était la loi de la jungle et le gouvernement a aidé à y mettre bon ordre. Nous avons eu les résultats très vite », déclare M. Seeburrun. La Moka-Flacq Bus Owners Coop Society a été la première à regrouper les propriétaires d’autobus individuels dans sa région. Elle dessert aujourd’hui une vingtaine de lignes. « Aujourd’hui, la société fonctionne plus ou moins sur les mêmes bases que les autres sociétés. La seule différence pour nous est que nous sommes maintenant plus structurés, plus organisés », dit-il. M. Seeburrun soutient que les sociétés coopératives d’autobus n’ont rien obtenu comme avantage de l’État en se regroupant mais qu’elles ont dû le faire par crainte de la nationalisation. Trente ans après, l’on constate que la loi de la jungle sur les routes du pays a été éliminée et que le service est bien structuré, discipliné et que la rigueur est de mise, soutient M. Seeburrun : « Aujourd’hui, il n’y a aucun autobus individuel qui laisse ses passagers sur la route. Si un passager monte dans un autobus, il est sûr d’arriver à sa destination. » S’agissant du service offert aux voyageurs, M. Seeburrun estime qu’on ne peut comparer ce qui était offert dans les années 80 à ce qui existe actuellement. « Nou finn ameliyor nou servis boukou », dit-il, en rappelant que le service quotidien démarre avant 5 h le matin pour se terminer vers les 20 h. Annabelle, qui voyage tous les jours du Sud vers Port-Louis, estime que les autobus individuels ont rendu un grand service aux voyageurs, en l’absence de compagnies privées qui ne desservent pas certaines régions du pays. « Il faut, cependant, admettre que parfois ce service laisse à désirer. Lorsque les autobus tombent en panne, il n’y en a pas d’autres pour les remplacer. Mais de manière générale, on peut dire que ces autobus aident beaucoup les voyageurs », dit-elle. « Nous essayons toujours de faire mieux mais les mentalités ont changé, tant du côté des voyageurs que de nos employés, les chauffeurs et les contrôleurs », souligne M. Seeburrun. Certains contrôleurs sont rabroués par la National Transport Authority (NTA) pour mauvais comportements, alors que des voyageurs agressent les employés, refusent de payer leur ticket ou volent la recette des contrôleurs et sont rapportés à la police. Pour Dharamjeet Bucktowar, un ancien de la Mauritius Cooperative Union (MCU), les sociétés coopératives de transport ont aidé à résoudre les problèmes du transport mieux que les compagnies privées. « S’il n’y avait pas les autobus individuels, les travailleurs auraient été pénalisés en arrivant en retard à leur travail et les élèves aussi », fait-il ressortir. M. Seeburrun n’est pas inquiet pour l’avenir des sociétés coopératives de transport, si ce n’est que pour le transport illégal, qui pose un véritable problème dans ce secteur. « Celui-ci est devenu un fléau qui affecte nos revenus d’au moins 30 %. Malheureusement, on ne trouve pas de solution », dit-il. Plus tard, estime-t-il, ce problème deviendra plus grand et posera un plus grand défi aux autorités.