La Ligue ouvrière d’action catholique (LOAC) entreprend depuis quelques jours une enquête sur les salaires des ménages au bas de l’échelle afin de déterminer si les familles disposent des moyens adéquats pour subvenir à leurs besoins. Ce sondage s’inscrit dans une « campagne internationale pour le travail digne et un revenu de base universel » lancée en octobre dernier par le Mouvement mondial des travailleurs chrétiens (MMTC), auquel est affiliée la LOAC. L’enquête à Maurice touchera au moins un millier de personnes dans différents milieux à travers l’île et durera pendant deux mois. La LOAC soumettra le rapport de son enquête à l’évêque de Port-Louis en août prochain et envisage d’en envoyer une copie aux syndicats et aux autorités gouvernementales.
À un moment où le ministre du Travail arrive avec un projet de loi visant la création d’un « Wages Council », dont un des objectifs sera de déterminer un salaire minimum, cette enquête de la LOAC a toute son importance et arrive à point nommé. Et la Fête du Travail, célébrée demain, ravive les revendications en faveur d’un salaire minimum.  
L’enquête de la LOAC en cours depuis quelques jours se décline sous différentes formes : distribution des questionnaires, micro-trottoir, rencontres des personnes en groupe ou en interview individuel… Et Voici quelques-unes des questions qui seront posées aux sondés : « Eski ou lapey permet ou viv kouma ou anvi ? »; « Eski ou faire enn bidze familial ? »; « Eski ou arive economize tou lemwa ? », « Eski ou lapey permet ou ena bann aktivite ek lwazir, kouma par examp al sinema e fer bann lezot sorti ? »; « Ki ou envi dire lor ou lapey ? ».
Soulignons que ce n’est pas la première fois que la LOAC fait entendre sa voix sur la question des salaires, particulièrement de ceux se trouvant au bas de l’échelle. En effet, cette organisation, fondée en 1957 par le père Eugène Dethise, a été pendant plusieurs dizaines d’années le porte-voix de la classe ouvrière et cette organisation diocésaine a entrepris plusieurs études sociales afin de sensibiliser l’opinion publique et les autorités sur les conditions de vie des travailleurs et de leurs familles. Leur constat sur plusieurs sujets touchant directement la vie quotidienne des Mauriciens n’a pas laissé indifférentes les autorités concernées.
Mais à l’instar de beaucoup d’organisations oeuvrant dans le social qui ont perdu de leur punch face aux nouvelles réalités, la LOAC avait perdu elle aussi de son dynamisme d’antan pendant une longue période par manque d’adhésions à leur cause. Robert Bac, secrétaire de la coordination nationale de la LOAC, ne dira pas le contraire, mais l’organisation « a repris son élan », dit-il. « Les changements profonds dans la vie économique du pays et dans la société mauricienne ont eu aussi une incidence sur l’organisation. Nou finn pass par bann siklone… Il y a eu certes quelques secousses et la LOAC a été affaiblie par manque de membres. Mais la fondation est très solide et c’est ce qui nous a permis de rebondir. La LOAC a revisité sa mission afin de s’ajuster au nouveau mode de vie des familles. Il y a des nouveaux problèmes dans le monde du travail et les travailleurs reviennent vers nous pour obtenir un soutien. La LOAC a fait une belle remontée et nous avons ainsi de nouvelles équipes à travers le pays. Il y a un regain de dynamisme », affirme, sur un ton catégorique, Robert Bac. Parmi leurs membres, il y a des ouvriers de la construction, des laboureurs, des “self-employed”, des employés de centres d’appels,  de bureaux, des supermarchés, des agents de sécurité, des travailleurs de la Fonction publique…
Robert Bac affirme que l’équipe dirigeante de la   LOAC est déterminée à concrétiser les projets figurant au programme de travail. À l’agenda pour 2015-2016 se trouvent quatre questions spécifiques que les animateurs considèrent « urgentes », à savoir le minimum vital, la nécessité du salaire minimum, le travail décent et, enfin, la situation des travailleurs étrangers dans notre pays. L’ensemble des membres de la LOAC sont mobilisés en ce moment sur la réalisation de l’enquête sur les revenus des familles et le minimum vital. « Ce projet est en chantier depuis l’année dernière. La coordination nationale et les équipes ont d’abord entrepris un travail de réflexion pour mieux cerner les différents aspects du sujet et, avec l’enquête que nous avons débuté il y a quelques jours, nous sommes dans la deuxième phase du projet », explique Robert Bac. Et parallèlement à leur exercice de réflexion, la LOAC a commencé à sensibiliser la population à cette enquête par la distribution, en octobre dernier, d’un millier de tracts aux travailleurs dans différentes régions du pays. Un millier de personnes seront ainsi sondées dans les semaines à venir. Cette enquête sur le terrain devrait être bouclée fin juin au plus tard. Le mois de juillet, lui, sera consacré à l’analyse des données et à la rédaction du rapport.
Par ailleurs, le secrétaire de la coordination nationale de la LOAC tient à souligner que cette enquête est menée dans le cadre d’une campagne internationale du Mouvement mondial des travailleurs chrétiens (à laquelle est affiliée l’organisation mauricienne), axée sur « un travail digne et un revenu de base universel ». Cette organisation internationale fait part, dit-elle, « de sa profonde inquiétude à propos de la remise en cause des droits du travail et sociaux des travailleurs dans le monde entier » et que ses membres sont témoins d’une « réalité de souffrance » pour de nombreuses familles sur tous les continents. « Nous constatons que cette crise économique et financière a provoqué une augmentation du chômage et de la précarité de millions de personnes, notamment des travailleuses domestiques, avec des salaires de misère et des heures de travail interminables, des travailleurs immigrés en situation d’esclavage, des jeunes qui ne peuvent pas se construire un avenir, faute d’emploi stable », dit encore cette organisation dans un communiqué lors du lancement de la campagne, en octobre 2015.