Photo illustration

L’événementiel est à l’arrêt. Le cinéma voit noir, les parcs d’attractions sont dans le flou et l’activité des bateaux de plaisance prend l’eau. Le secteur des loisirs fait aussi face aux bouleversements engendrés par cette crise du Covid-19. Entre inquiétude et désarroi, ces professionnels sont “réalistes” que la reprise sera lente. Car, même s’ils s’orientent vers le marché local, la priorité des Mauriciens a changé.

Le secteur des loisirs est à l’arrêt. De ce fait :, “L’inquiétude est inévitable dans notre secteur d’activité qui dépend en grande partie de l’industrie touristique”, indique Sandrine Marrier d’Unienville, Manager-Cultural Development & Communication à L’Aventure du Sucre. Ce qui est également le cas pour le Casela World of Adventures et La Vanille Nature Park. Dans l’immédiat, les acteurs dans le milieu élaborent des stratégies tournées vers le marché local. Mais ils disent rester réalistes  “Même après la reprise les Mauriciens ne sortiront tout de suite car ils auront d’autres priorités”, précise Anne Christine Herbst, responsable commerciale à La Vanille Nature Park.

Cout financier et économique

Face à la crise, la priorité pour d’autres est de combler les trous financiers. Au niveau du Caudan Arts Centre, très présent dans le secteur de l’événementiel avec l’organisation de spectacles et de concerts : “L’impact sera plus financier qu’économique. C’est notre plus grosse inquiétude. Nous sommes fermés depuis mars et il est clair que ce sera le cas pour les mois de mai et juin”, explique Ashish Beesoondial, Theatre Manager. C’est la même situation pour l’Aventure du sucre car l’événementiel représente aussi une grosse partie de ses activités avec la tenue de concerts, festivals, Corporate Events, mariages et autres. Hormis les côtés financier et économique, les pros de l’événementiel sont conscients que la reprise sera très lente. Peu importe ce que le gouvernement compte imposer comme mesures pour au niveau du Public gathering : “L’angoisse sociale prendra un peu de temps avant de s’estomper. L’impact sera donc long pour nous”, souligne Ashish Beesoondial.

Pas de projection à long terme

Les amateurs du grand bleu devront noyer leurs attentes

Le stress gagne aussi les rangs des plaisanciers. “Toutes les activités sont bloquées. Nous essayons de trouver des solutions à court et moyen termes, mais difficile de se focaliser sur le long terme”, déplore Marine Ferrat, directrice de Vitamin Sea, société spécialisée dans les excursions en mer depuis 2015. Avec une clientèle composée exclusivement de touristes, elle est consciente que ce secteur sera le dernier à reprendre. “C’est inquiétant et stressant comme situation, surtout pour les petites et moyennes entreprises comme nous, car c’est notre unique rentrée d’argent.” En attendant, les couts d’opérations restent les mêmes. Si le gouvernement a pris en charge les salaires et a offert des facilités, comme des moratoires sur les emprunts et leasing, “Qu’en sera-t-il dans les mois à venir ?”, s’interroge Marine Ferrat. Sandrine Marrier d’Unienville est d’avis qu’il faut au plus vite un plan de relance de la part des autorités pour aider ce secteur. “Chaque jour est difficile. Evidemment, nous avons revu tout notre budget de fonctionnement. Mais notre unique priorité c’est de payer le salaire de nos employés. Sans compter que nous ne savons pas si les aides se poursuivront et pour combien de temps du côté du gouvernement. Et surtout est-ce que le milieu culturel sera aidé également ?”

Marché local

Les centres commerciaux sont aussi dans le floue sur la reprise éventuelle. Saoud Deelawar, Marketing Manager de Grand Baie La Croisette explique que : “ Notre site reçoit de 15000 à 20000 personnes par jour. Nous avons des bureaux, des appartements, de grands espaces de loisirs, sans compter les traditionnels magasins, gyms, clinique, entre autres supermarchés et pharmacies. Nous avons déjà envisagé plusieurs scénarios, mais pour tout mettre en place nous attendons l’annonce officielle du gouvernement.”

Photo illustration

Pour l’heure, peu importe le secteur d’activités, tous s’adaptent en implémentant des normes sanitaires strictes dans leurs plans de réouverture. Distanciation sociale, port du masque, prise de température, gel hydro alcoolique à disposition des visiteurs et du personnel. Ils sont nombreux aussi à reconfigurer leurs offres avec une stratégie orientée vers un public local. “Nous préconisons qu’il n’y aura pas de clientèle touristique avant la fin de l’année. Bien que nous ne savons pas encore quand nous rouvriront nos portes, au niveau du Casela Nature Parks nous avons redéfinit notre plan pour offrir ce qu’il y a de mieux aux Mauriciens”, explique Natacha Mudhoo, Head of Communications and Marketing. Le parc de loisirs n’ouvrira plus sept jours sur sept et pour assurer la sécurité du public, plusieurs attractions et activités seront fermées dans un premier temps, tels que le Thrill Mountain, interactions avec les animaux, etc. Cependant, la tarification sera revue à la baisse. Du côté de l’Aventure du Sucre, la question est de savoir comment réagiront les Mauriciens après le déconfinement. “Certes, ils auront envie de sortir, mais ils risquent de réfléchir à deux fois avant.” Du côté des Plaisanciers, “Une de nos propositions serait également de convertir notre offre pour les locaux, mais il faut rester lucides, nous savons bien que le marché local ne sauvera pas l’industrie touristique. Les locaux ont aussi pris un gros coût financier en ce moment, et ont un pouvoir d’achat limité de par la crise”, souligne Marine Ferrat.

En attendant, le Caudan Arts Centre propose quelques activités en ligne comme la retransmission du spectacle O Re Piya. Tout en travaillant sur un plan de relance “Avec un soft opening composé de petits événements, avec un petit nombre de public. En même temps cela nous permettra de tâter le pouls.” En attendant l’ouverture des portes, La Vanille Nature Park et d’autres partenaires concentrent leurs efforts sur la communication digitale, via les réseaux sociaux. A l’Aventure du sucre, un audio-guide peut être téléchargé gratuitement pour visiter le musée en étant chez soi.

Cinéma : scénario catastrophe

La date de réouverture des salles de cinéma n’est pas connue. Par contre, une chose est sûre, “Ca prendra du temps pour que ce secteur redémarre à Maurice comme c’est aussi le cas ailleurs dans le monde. Ce ne sera pas la priorité des gens”, confie Rajesh Callicharan, directeur de MCine. Du côté des Cinémas Star, la direction préfère rester prudente et ne pas communiquer en attendant le mot d’ordre des autorités. Pour sa part, Rajesh Callicharan parle d’une perte considérable, alors que les loyers, le salaire des employés et autres couts d’entretien sont maintenus. “Nous venions aussi d’ouvrir un nouveau MCiné au Caudan, qui est un investissement considérable.” En attendant la réouverture, des mesures sanitaires strictes sont élaborées pour assurer la sécurité de tous. “Il nous faudra des blockbusters pour faire revenir les gens dans les salles”, avance le directeur de Mciné. Une chose compliquée dans l’avenir, “étant donné que les sociétés de distribution ont bloqué la sortie de leurs films jusqu’à nouvel ordre”.