Pas moins de 75 Bangladais, jusque-là travaillant pour le compte de l’usine Real Garments à La Tour-Koenig, sont depuis ce matin sous le coup d’un retour forcé dans leur pays. Ce développement devrait intervenir dès cet après-midi selon la disponibilité des places sur les vols en partance de Maurice. De ces 75 ouvriers étrangers en situation de délicatesse, 15 ont été appréhendés et devront comparaître en Cour aujourd’hui suite aux violents incidents survenus à La Tour-Koenig dans la soirée d’hier. Pour les autorités, les 60 autres ont signifié leur intention de quitter le pays de leur propre gré. Cette version est contestée par le syndicaliste Fayçal Ali Beegun, un spécialiste de la protection des droits des travailleurs étrangers. Il n’hésite pas à parler de déportation pure et simple de ces 75 Bangladais suite à des protestations contre les salaires et les conditions de vie dans les dortoirs. Toujours est-il que les forces de l’ordre, en particulier des éléments de la Special Supporting Unit (SSU) ont dû intervenir de manière forte pour rétablir l’ordre, hier soir, à La Tour-Koenig.
Des problèmes ont surgi au sein de Real Garments depuis le début de la semaine. Des travailleurs venus du Bangladesh ont organisé des protestations, dont un mouvement de grève, pour attirer l’attention sur leurs salaires et les conditions de vie dans les dortoirs. Hier matin, plus de 400 étaient descendus à pied à Port-Louis pour dénoncer ces problèmes au ministère du Travail et des Relations industrielles.
Mais la situation devait connaître une nette détérioration dans la soirée d’hier lors des négociations avec le patronat en vue d’une reprise du travail. De violents incidents ont éclaté quand une partie des ouvriers étrangers mécontents devaient décider de rompre les rangs des grévistes pour reprendre le travail à la demande de la direction de Real Garments. Les premières échauffourées sont enregistrées avec l’intervention musclée de la SSU.
La principale revendication des Bangladais porte sur les salaires et ils n’étaient nullement satisfaits des montants qui furent versés dans leurs comptes respectifs à la fin du mois dernier. « Avec les heures supplémentaires, des ouvriers étrangers obtiennent entre Rs 9 500 et Rs 10 500 par mois. Or, pour le mois dernier, le montant a été inférieur car durant le mois du Ramadan, ils avaient participé à deux jours de grève pour protester contre la qualité de la nourriture et aussi les conditions d’hébergement », fait comprendre le syndicaliste Ali Beegun, très remonté contre les conditions prévalant dans ce contexte.
« Je me demande comment des dortoirs-poulailler peuvent être considérés comme respectant des normes internationales. De par mon expérience et mes contacts avec le monde des ouvriers étrangers à Maurice, je peux vous affirmer qu’ils n’ont pas encouru des dettes dans leurs pays pour venir faire la grève ou des manifestations à Maurice. Ils viennent de milieux extrêmement pauvres et sont ici pour un meilleur avenir. S’ils ont décidé de protester c’est que les conditions sont insupportables car il y a une limite à tout », soutient le syndicaliste, qui dénonce le départ forcé de ces Bangladais.
De son côté, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, ne partage pas cet avis. « Les inspecteurs du ministère du Travail ont établi des constats des lieux. Saviez-vous qu’en date du 2 août dernier, un accord avait été signé avec le patronat portant sur une révision salariale, représentant au moins le double des salaires et que l’une des clauses de cet accord était que les travailleurs ne devaient avoir recours à des actions industrielles. Or que voyons-nous à peine un mois après ? » s’est-il demandé.
« Tou bann dimounn ki pa anvi travay, ou ki anvi fer lagrev, go-slow, ki servi violans, ki menas zot bann kamarad, pena zot plas dan nou sosiete. Zot pou oblize kit pei ale et zot pas Welcome dan Maurice », a ajouté le ministre du Travail et des Relations industrielles. Il a confirmé que les 15 meneurs devront être expulsés du pays dans les meilleurs délais alors que 60 autres ont signalé leur intention de rentrer au Bangladesh de leur propre gré.
Les derniers développements par rapport au traitement infligé aux travailleurs étrangers, en particulier ceux du Bangladesh dans le cas présent, préoccupent le leader du MMM, Paul Bérenger. A la demande de ce dernier, les trois députés de la circonscription n°1, Veda Baloomoody, Ariane Navarre-Marie et Jean-Claude Barbier, ont été appelés à faire le suivi sur le terrain.
« Hier après-midi, nous avions eu des contacts avec le responsable des ressources humaines de Real Garments au sujet du traitement des Bangladais. Malgré les assurances, nous ne pouvons que constater que les promesses n’ont pas été tenues. Nous ne pouvons que déplorer l’usage de la force par les autorités pour réprimer la voix de ces travailleurs étrangers. Nombre d’entre eux portent des traces de violence physique. Les autorités ont pris fait et cause en faveur du patronat. Tout cela projette une image négative de Maurice sur le plan international », déclare Veda Baloomoody.
D’autre part, depuis ce matin, les 14 « ringleaders » du mouvement de grève et des affrontements survenus au cours des dernières 48 heures ont été appréhendés par la police. Leurs Work Permits ont été résiliés. Ils sont sous le contrôle de la police au poste de Petite-Rivière. Les 60 autres ouvriers, ayant fait part de leur intention de retourner au bercail au vu des conditions de travail « déplorables », ont été placés dans un dortoir à Petite-Rivière en attendant leur retour au Bangladesh.
Ayant déjà fait leurs valises, ces Bangladais avaient pris place à bord de deux autobus croyant qu’ils allaient être transférés dans un autre dortoir. Mais les autobus devaient prendre la direction du poste de police de Petite-Rivière où une opération a été montée, avec la collaboration des éléments de la Special Support Unit (SSU), en vue de procéder à l’arrestation des « troublemakers » bangladais pour « illegal stay ».
Sans faire preuve de résistance, les douze travailleurs étrangers ont été sommés de descendre des autobus avant d’être conduits à l’intérieur du poste de police sous escorte des membres de la SSU. A ce stade, 14 Bangladais ont été placés en détention policière alors qu’un 15e était recherché. Il se trouvait parmi les 327 autres étrangers ayant décidé de reprendre le travail après cinq jours de grève.
Une enquête policière a été diligentée en vue de faire la lumière sur les incidents d’hier soir. Le calme est revenu ce matin avec la reprise du travail à l’usine.