Les événements peu glorieux du début de semaine dans le monde du travail – avec de graves incidents survenus à La Tour Koenig et 93 ouvriers de Real Garments contraints à faire leurs valises – entraînent dans leur sillage une série de conséquences. À peine le calme revenu dans l’usine textile mercredi après-midi que l’État annonçait sa décision, par le truchement du ministre du Travail, de geler tout recrutement dans le secteur de la construction. Même si Shakeel Mohamed donne la garantie que cette mesure n’est pas une séquelle de l’affaire des grévistes bangladais, syndicalistes et patronat affirment que le gouvernement a voulu donner un signal fort après ces dérapages. D’autre part, l’épisode Real Garments pourrait éventuellement être prolongé sur le plan international, le syndicaliste Faizal Ally Beegun tentant d’interpeller les « gros clients » de cette usine textile après le traitement accordé aux Bangladais.
Dans la conjoncture, la Mauritius Employers Federation (MEF), par la voix de son Acting Director Pradeep Dursun, exprime son étonnement et, surtout, son inquiétude devant la décision du gouvernement interdisant aux sociétés engagées dans le secteur de la construction de recruter des étrangers jusqu’à la mi-octobre. « Dans sa déclaration, le ministre a fait état d’une mesure temporaire. Il a ses propres raisons, mais nous sommes surpris et inquiets quant à cette décision. D’autant que nous n’avons pas été consultés à cet effet, et nos membres encore moins », déclare Pradeep Dursun. « De nombreux secteurs, y compris celui de la construction, ont recours à la main-d’oeuvre étrangère car il y a un manque cruel de travailleurs mauriciens pour certains métiers. C’est un signal un peu fort de la part du ministre, et il ne va pas dans le bon sens. Il ne faut pas généraliser les choses. Certaines entreprises dans le secteur de la construction peuvent être confrontées à des difficultés. Exemple : si une entreprise doit honorer des contrats et respecter ses délais, comment fait-elle si elle ne peut recruter des Mauriciens et qu’il lui est interdit de recourir à des étrangers. Ce sera donc un problème », poursuit-il, tout en faisant ressortir que l’économie mauricienne s’ouvrant, il lui faut par conséquent un marché du travail « ouvert ».
De son coté, dans une déclaration au Mauricien hier après-midi, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, affirme que le gel du recrutement des ouvriers étrangers dans le secteur de la construction n’est pas une suite directe des incidents survenus à Real Garments. Selon lui, cette mesure est le résultat d’une réunion avec le ministère des Finances et d’autres partenaires du secteur la semaine dernière. « Cette mesure n’a absolument rien à voir avec les incidents de La Tour Koenig. Elle découle d’une réunion tenue la semaine dernière. Au cours de ces consultations avec le ministère des Finances – en présence des représentants de la MEF, des entrepreneurs et la Building and Civil Engineering Contractors Association (BACECA) –, l’objectif était de créer des wider opportunities pour les jeunes et les moins jeunes dans le secteur de la construction. Il était surtout question de mieux aider la population à profiter de ce secteur et d’investir de manière massive pour les formations. Certaines entreprises étaient engagées dans la formation, mais elles le faisaient timidement. Nous avons donc voulu donner un coup de fouet en vue d’un sudden wake up », explique Shakeel Mohamed.
D’autre part, malgré le retour au calme dans l’usine Real Garments, après le départ de 93 ouvriers bangladais vers leur pays, cette affaire pourrait bien faire l’objet de dénonciations à l’échelle internationale. En effet, Faizal Ally Beegun, syndicaliste militant en faveur des travailleurs étrangers, dresse actuellement la liste des « gros clients » de Real Garments en vue de leur révéler le traitement réservé aux grévistes bangladais. D’autant plus, selon lui, qu’il s’agit là d’une « déportation pure et simple » de ces Bangladais à la suite de leurs protestations contre les salaires et les conditions de vie dans les dortoirs. « Je suis ici pour dénoncer les injustices. Il est inconcevable que des étrangers, venus gagner leur vie à Maurice, soient forcés de prendre l’avion en catastrophe, avec leurs vêtements empilés dans des draps comme de vulgaires criminels. J’ai entrepris des initiatives pour alerter les clients de Real Garments afin qu’ils puissent rappeler à l’ordre cette compagnie », explique-t-il.