La région de Roche-Bois a été un véritable flashpoint le week-end dernier avec des événements peu glorieux constituant un début d’émeute (voir hors-texte). Devant les rapports sociaux entre des ressortissants du Bangladesh et des habitants de la région, qui se sont déchirés brutalement en quelques heures, ils sont plus d’un à monter au créneau pour éviter des escalades pareilles à l’avenir. Sylvio Lodoiska, curé à la paroisse de Roche-Bois, mise sur la carte de l’intégration, qu’il juge primordiale dans la conjoncture. De son côté, Faizal Ally Beegun, syndicaliste militant en faveur des travailleurs étrangers, fait part de ses appréhensions compte tenu, selon lui, de la « méfiance » qui s’est installée entres les travailleurs étrangers et les Mauriciens depuis le week-end dernier.
Des citoyens ainsi que des éléments de la Special Support Unit blessés, trois véhicules utilitaires de la police endommagés par lapidation, de même qu’un véhicule privé circulant sur l’autoroute, les dortoirs saccagés avec les vitres volant en éclats, plusieurs arrestations et des cartouches de Gaz lacrymogène utilisés pour disperser la foule hostile. Les affrontements du week-end dernier à Roche-Bois auront incontestablement laissés des traces, bien que la tension s’est grandement apaisée depuis et avec l’ordre et la paix rétablis dans cette agglomération de la capitale. Au-delà des dégâts physiques, c’est le relationnel, le tissu social, et précisément le voisinage mauriciens/travailleurs étrangers qui en ont pris un sérieux coup après ces violentes échauffourées.
Toutefois, force est de constater que depuis un certain temps les rapports sociaux entre les habitants de la région de Roche-Bois et les ouvriers bangladeshis n’étaient pas au beau fixe. D’un côté, les habitués de la région allèguent que le présence des ouvriers étrangers incarne un élément déstabilisateur et ils sont du coup accusés d’importuner les enfants et les femmes sur la voie publique. D’autre part, les Bangladeshis affirment être souvent victimes de cambriolages à répétitions perpétrés par les habitués de la région et sont considérés comme des « souffre douleur ».
« Depuis quelques temps, les travailleurs étrangers, en général, sont la proie de vols à l’arraché et subissent des vols avec violence dans divers endroits du pays. De peur de représailles, ils refusaient, dans la plupart des cas, de porter plainte à la police. Le week-end dernier a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et depuis les échauffourées de Roche-Bois une méfiance s’est installée entres les travailleurs étrangers et les Mauriciens… », concède le syndicaliste Faizal Ally Beegun, dont le combat en faveur des travailleurs étrangers est connu.
Dans un entretien accordé à Week-End, le père Sylvio Lodoiska remet d’abord en question le système de l’intégration s’agissant des habitants de la région de Roche-Bois, mais aussi bien des travailleurs étrangers venus s’installer dans le coin. « Il est primordial de repenser à la question de l’intégration. Les Rocheboisiens doivent sentir qu’ils ont leur place au sein de la société et qu’ils font partie des avancées de celle-ci. La même chose devrait s’appliquer pour les Bangladais », nous explique le père Sylvio Lodoiska. D’ailleurs, dans son éditorial pour le numéro de la Vie Catholique de cette semaine, il affirme que pour éviter des dérapages pareils à l’avenir, « il faut travailler en amont, à la racine » .
« On ne peut pas parquer un groupe d’hommes étrangers, avec des moeurs et coutumes si différents dans un dortoir au milieu d’un quartier sans veiller à un minimum d’intégration. Déjà entre voisins, quand on ne se connaît pas, on ne se fréquente pas, la méfiance s’installe. D’autant plus que l’on se trouve dans un quartier réputé délicat. Délicatesse qui s’explique par le fait que — à Roche Bois — on a le sentiment d’être des citoyens de grade inférieur. Ici, on doit constamment se battre pour obtenir ce que nous revient de droit », écrit le prêtre de la paroisse de Roche-Bois, qui a contribué grandement dimanche dernier à ramener la paix dans cette région devenue une zone sous haute tension des heures durant.
Faizal Ally Beegun abonde aussi dans le même sens en ce qu’il s’agit d’une meilleure intégration et rappel, une fois de plus, aux directeurs d’entreprises à leurs responsabilités. « Selon les lois internationales, les étrangers ont le droit de circuler librement et de vivre normalement dans le pays où ils travaillent. Mais il ne faut pas les héberger dans des secteurs chauds en raison de leur sécurité. Nous ne disons pas non plus de les mettre à l’écart dans un seul endroit. Il faut simplement trouver la meilleure emplacement afin qu’ils puissent s’intégrer dans la société… », conclut Faizal Ally Beegun.