Le leader de l’opposition “ne souhaite pas que le Parlement continue dans ce désordre dont on a témoigné mardi dernier”. Un désordre qui découle, selon lui, de “l’incompétence” du Deputy Speaker, Sanjiv Teeluckdharry, pas préparé pour la session. C’est ce qu’a déclaré Xavier Duval lors de sa conférence de presse vendredi, tout en s’attardant sur la PNQ relative à Alvaro Sobrinho.
Xavier Duval suggère que Sanjiv Teeluckdharry “ait recours à un coaching sur ses responsabilités afin de savoir quand il doit parler et quand il doit rester tranquille”. Il ajoute qu’en dépit de l’issue de la session de mardi dernier concernant la motion de blâme contre la Speaker, les parlementaires ont tout de même exprimé leurs ressentiments. Il plaide donc pour que le Parlement prenne “un nouveau départ” afin que les travaux puissent se dérouler normalement dans le respect des standing orders.
Il indique que les parlementaires du PMSD, qui avaient choisi de boycotter la Speaker à son arrivée dans l’hémicycle depuis la rentrée parlementaire, se mettront dès ce mardi debout en début de session. Les questions parlementaires ne manquent pas, dit le leader de l’opposition. Il estime que les réponses données par le Premier ministre “ont permis de faire la lumière” sur ce dossier brûlant dans lequel, selon lui, “la responsabilité de la présidente est engagée.”
Un simple recherche sur Google permet de constater que de le nom d’Alvaro Sobrinho est associé à plusieurs articles et documents qui démontrent que l’homme d’affaires angolais est accusé ou suspecté depuis longtemps de plusieurs maldonnes en Afrique et au Portugal ainsi qu’en Suisse. Xavier Duval dit avoir constitué un dossier en ce sens qu’il a déposé à l’Assemblée nationale.
La Financial Services Commission (FSC) a failli dans sa tâche, selon le leader de l’opposition, qui réitère que le régulateur n’a pas considéré les sections 18 et 20 de la Financial Services Act dans le cadre de l’octroi de permis à Alvaro Sobrinho. Insistant qu’”il est du devoir et des responsabilités de la FSC de s’assurer que tout dossier soit fit and proper avant d’octroyer tout permis”, Xavier Duval s’étonne que l’instance “n’a pas respecté ces clauses essentielles de la Financial Services Act”.
Qui plus est, déplore-t-il, les permis d’opération ont été octroyés à ses compagnies “illico presto, en dix jours, incluant les week-ends, au lieu de deux mois comme c’est normalement le cas”. Autre constat du leader de l’opposition, qui est revenu à la charge avec l’affaire Sobrinho lors de sa conférence de presse vendredi, c’est que, dans le contexte, deux permis d’investment banking ont aussi été accordés à des “compagnies douteuses”. Et il semble, ajoute-t-il, que le Board of Investment (BoI) a dû, elle aussi, céder sous la pression
 Ce sont autant de raisons pour lesquelles il est nécessaire d’instituer une commission d’enquête sur toute cette affaire, dit le leader du PMSD, pour qui la FSC ne peut enquêter sur elle-même. Pour Xavier Duval, il y a eu en outre “tentative par une personne de réputation douteuse d’instrumentaliser les institutions mauriciennes, les hauts fonctionnaires mais également la présidente de la République. “ Si cela s’avère, ce sera un coup très dur pour le service financier, qui emploie quelque 20 000 personnes, déplore-t-il, avant de revenir sur le projet d’investissement d’un milliard de roupies d’Alvaro Sobrinho à Royal Park Mauritius.
Commission d’enquête
Il révèle, sous les termes de Contrat de réservation préliminaire (CRP), que l’homme d’affaire angolais a déjà effectué un dépôt de Rs 250 M pour ce projet, qui ne nécessite pas l’approbation du BoI à ce stade. L’institution bancaire, qui ne sera que par la suite informée, devra donner son aval seulement lorsque la vente en état de futur achèvement (VEFA) sera lancée, explique Xavier Duval. Le leader de l’opposition dit s’interroger sur cet investissement et se demande “si c’est cela les Rs 2 milliards d’investissements à Maurice dont parlait la présidente de la République. “
 Dans la foulée, il soutient que “la responsabilité de la présidente de la République est engagée”, du fait qu’Alvaro Sobrinho a utilisé “31 fois les salons VIP” à l’aéroport à la demande d’Ameenah Gurib-Fakim. Cette dernière devra prendre ses responsabilités face à cette affaire, dit-il, réitérant sa demande pour une commission d’enquête. “S’il n’a rien à cacher, pourquoi ne pas instituer cette commission d’enquête, au lieu de protéger un étranger dont la réputation est douteuse? ” dit-il.
Drogue : risque de cover-up
Dans un deuxième volet, le leader du PMSD a abordé la situation de la drogue à Maurice et les récentes saisies. “Les enquêtes se faisant dans l’opacité la plus totale”, Xavier Duval estime qu’il existe “des risques de cover-up” dans le cadre des dernières arrestations effectuées. Il rappelle avoir dévoilé récemment que Geanchand Dewdanee et Sibi Thomas, arrêtés dans le sillage de la saisie de Rs 2 milliards d’héroïne, sont des business partners de plusieurs ministres. Il souhaite savoir si les téléphones de ces individus ont été saisis et un relevé de leurs coups de fil effectué.
Il s’interroge également sur la raison du départ “troublant” de deux hauts gradés de la police, affectés au service de renseignement, au Mozambique. Et de se demander aussi si le présumé cerveau, “Navin Kistnah, pourra remettre les pieds à Maurice ou il disparaîtra dans la nature. “ Pour des raisons d’expérience et pour la transparence, il réclame que les autorités mauriciennes sollicitent l’aide d’enquêteurs chevronnés de pays amis, dont la France, ou de Scotland Yard pour élucider cette affaire.
 L’affaire du salaire de Rs 323 200 continue également de retenir l’attention du PMSD pour qui, outre l’affaire Sobrinho, ce dernier scandale impliquant Vijaya Sumputh empoisonne les relations entre le ML et le MSM. Pour Xavier Duval, se basant sur la Trust Fund for Specialised Care Fund Act, notamment la section 7, une allocation de Rs 100 000 n’a pu être obtenue sans l’approbation du ministre de tutelle, soit à l’époque, Anil Gayan. Selon lui, aujourd’hui avec ces scandales, il est évident que “le ML est devenu un partenaire encombrant pour le MSM. “
Le leader de l’opposition s’est par ailleurs réjoui qu’à la suite de sa PNQ sur le Métro Express, un répit a été accordé aux personnes qui devaient évacuer leur maison dans les prochains jours. Il estime toutefois qu’il est “très probable que le projet de Métro Express n’aille pas de l’avant”. S’agissant des questions parlementaires pour la prochaine session, il explique qu’il y a eu confusion et qu’une solution sera trouvée avant mardi. Satisfait, dit-il, que l’opposition a retrouvé son dynamisme, et que tous les députés sont présents et restent jusqu’à fort tard pour suivre les débats, il espère en tout cas que le Parlement retrouve sa sérénité.