Depuis la fin des travaux d’installation du réseau d’assainissement en juillet par BCEG-Sotravic dans son quartier, une septuagénaire a perdu le sommeil. Pour cause : cette Quatrebornaise a découvert de profondes fissures dans les murs intérieurs et extérieurs de sa maison, occasionnées selon elle par les vibrations provoquées par de puissants excavateurs utilisés lors de ces travaux. Les préposés du consortium et de la Wastewater Management Authority se renvoient la balle quant à la nécessité des réparations.
« On me passe d’un préposé à l’autre comme si j’étais un ballon. J’en ai même perdu le sommeil », s’insurge T.C. qui par peur de représailles a souhaité garder l’anonymat. « Ces gens-là brassent des milliards et n’ont que faire des problèmes d’une personne comme moi », explique la septuagénaire en parlant du consortium BCEG-Sotravic et de la Wastewater Management Authority (WMA). Et de poursuivre : « Je dois avouer que j’ai honte quand je vois combien ils ont dégradé la maison que mon époux a léguée à mon fils et à moi. »
Les tribulations de T.C. débutent en juillet 2012 après les travaux de tout-à-l’égout dans la région de l’Avenue Stylet à Quatre-Bornes. Ceux-ci font partie du Lot 2 du Plaines-Wilhems Sewerage Project qui devrait raccorder 13 000 foyers de Quatre-Bornes, Sodnac et Belle-Rose au réseau de tout-à-l’égout (voir encadré).
Lors de ces travaux, poursuit la septuagénaire, de puissants excavateurs ont été déployés dans le quartier. « Dans la maison, je ressentais les fortes vibrations que causaient ces grosses machines. Quand je suis sortie dire aux ouvriers de faire attention, ils m’ont répondu “Nou pe fer nou travay, madam”, sans vraiment se préoccuper de mes appréhensions », raconte-t-elle.
C’est toutefois à la fin des travaux que T.C. a observé de profondes lézardes (fissures) dans les murs à l’intérieur comme à l’extérieur de sa maison. « Certes ma maison date de plusieurs décennies, mais je la connais parfaitement et quand j’affirme qu’il n’y avait aucune fissure dans les murs avant ces travaux je sais de quoi je parle », insiste-t-elle.
Ses démarches auprès du consortium BCEG-Sotravic et de la WMA pour chercher réparation, avance cette Quatrebornaise, se sont heurtées jusqu’ici à un mur d’indifférence et d’arrogance. « Au début, ils ont osé dire qu’avant les travaux je leur avais interdit l’accès à l’intérieur de la maison et qu’ils ne pouvaient par conséquent être assurés quant à la véracité de mes doléances », explique-t-elle.
Heureusement pour la septuagénaire, son fils a eu la présence d’esprit de prendre des photos du préposé du consortium BCEG-Sotravic photographiant l’intérieur et l’extérieur de leur maison. « Quand je leur ai montré les photos, ils ont promis de s’occuper des réparations », raconte-t-elle.
Or, T.C. n’est pas au bout de ses peines. Les préposés du consortium BCEG-Sotravic et de la WMA prendront plus de trois mois pour venir constater les dégâts. « Lors de leur visite, ils ont colmaté les fissures en les remplissant avec un peu de pâte “alabastine”. Et c’est tout ! » s’insurge le septuagénaire. « Ce n’est que lorsque mon fils les a harcelés qu’ils lui ont dit d’acheter un peu peinture et d’engager un peintre, et qu’ils nous rembourserons ensuite. En attendant, nous avons entassé nos affaires les unes sur les autres dans le couloir… Et c’est dans ce désordre que j’ai dû recevoir des proches pour les fêtes de fin d’année », lance-t-elle.
Mais, poursuit notre interlocutrice, c’était mal connaître l’indifférence, l’arrogance et la bureaucratie des responsables des firmes concernées. « Jusqu’ici rien. Quand j’ai enfin pu avoir un préposé à la communication de la WMA, j’ai menacé de poursuivre cette instance… Et il a eu le culot de me dire que je pouvais le faire et que malgré tout, cela prendra encore trois ans », tempête-t-elle. « Comment a-t-il pu oser parler ainsi à une personne âgée dans la détresse ? »
Mais le pire allait venir. En effet lors d’une visite d’un de ses proches, T.C. apprend quelque chose qui bouleversera davantage la vie paisible qu’elle menait depuis sa retraite : les profondes lézardes sur les murs intérieurs et extérieurs indiqueraient une dégradation irréversible de la maison. « Il m’a informé que seuls des ingénieurs qualifiés pouvaient certifier l’étendue des dommages que le consortium BCEG-Sotravic et la WMA ont faits à ma maison ! Et que notre maison pouvait désormais nous tomber sur la tête à n’importe quel moment. »
Et sur ce point, selon T.C., il y a un problème de taille. Le consortium BCEG-Sotravic et la WMA sont à la fois juges et parties. « C’est le contracteur BCEG-Sotravic qui fait une évaluation de l’état des maisons avant les travaux et qui vérifie également l’étendue des dégâts après ! Ne serait-il pas plus juste qu’une instance indépendante s’occupe de ça ? » se demande la septuagénaire. « Entre-temps des centaines d’autres Mauriciens se retrouveront dans la même situation que nous et seront aucun recours », s’indigne-t-elle.