Au dixième jour du carême, les Tamouls de Maurice rejoints par des compatriotes d’autres communautés ont célébré le Thaipoosam Cavadee dans la ferveur et dans un esprit de sacrifice. Les célébrations se sont déroulées un peu partout à travers l’île hier et ont été marquées par les processions et des offrandes faites au dieu Muruga dans la rue comme aux kovils. La journée a pris fin par un repas végétarien entre parents et amis. Aujourd’hui, tous les kovils de l’île accueilleront la dernière cérémonie, soit la descente du drapeau qui marquait la période de carême.
Le Thaipoosam Cavadee est célébré tous les ans au début de l’année, à la pleine lune, durant le mois de « Thai » et est dédié au dieu Muruga lorsque son étoile le « Poosam » apparaît dans le ciel. Cette année, exceptionnellement, le Thaipoosam Cavadee est célébré au lendemain de la pleine lune puisque l’étoile de Muruga a pris naissance jeudi peu après la mi-journée. Ainsi, très tôt le matin, les prières ont débuté dans les Kovils.
Au Arulmigu Draupadee Ammen Tirukkovil de Stanley, la journée a démarré à 4 h du matin avec des louanges faites au dieu Muruga et la préparation du Koyil Cavadee (le cavadee principal du Kovil), « l’Idumban » soit le bâton en possession de Muruga qui symbolise son fidèle serviteur et le « vel » qui symbolise sa puissance. Des offrandes lui ont été faites avant la venue des dévots vers 7 h du matin. Après l’imploration de la grâce de Muruga, les dévots succédant au « Koyil cavadee » ont convergé vers la rivière d’Ébène pour poursuivre les rituels.
La rivière d’Ébène comme celle de Trianon est un point névralgique accueillant des centaines de dévots venus des quatre coins de l’île et non seulement de la région. Une fois arrivée sur place, les dévots y déposent leur cavadee et vont prendre le bain sacré en plongeant complètement dans l’eau. Ils poursuivent ensuite les prières alors que leurs proches préparent leur cavadee, parfument leur samba de lait avant de l’accrocher à la structure qu’ils porteront sur les épaules jusqu’au Kovil. Après le bain, l’on attend son tour pour se faire transpercer le corps, la bouche et la langue. Certains, notamment les femmes, s’attachent la bouche, pour un voeu de silence. Si le Kovil de Stanley proscrit l’utilisation des grosses aiguilles et privilégie les petits vels et les hameçons, et interdit aussi qu’on se transperce les jambes, ou qu’on marche sur des savates recouvertes de clous, les pointes orientés vers le haut, d’autres kovils permettent ces pratiques.
Prière exaucée
Parvesh Appadoo a 17 ans et en est à sa cinquième année de cavadee. « Mais c’est la première fois qu’il se pique », nous précise sa mère Premila Appadoo. Cet habitant de Palma, élève au Collège St-Esprit, y a été initié par son père Mahen Appadoo qui estime que « trop de compatriotes de foi tamoule quittent la religion pour en rejoindre d’autres ». Au bord de la rivière Trianon, sous une toile de couleur rose, il lui transperce le corps et la bouche avec des aiguilles, avant de faire purifier son cavadee avec l’eau de coco et de compléter les prières sur place. Par moment, de grands cris se font entendre.
Les raisons motivant les dévots à porter le cavadee varient d’une personne à une autre. Cela peut être pour dire merci à Muruga d’avoir exaucé une prière, une promesse de sacrifice pour avoir quelque chose ou tout simplement pour lui montrer son amour.
Selvina Seechurn porte le samba pour la deuxième année. Âgée de 22 ans, elle remercie Muruga pour avoir exaucé sa prière. Son jeune frère porte aussi le cavadee, ce qui fait la fierté et la joie de leurs parents. Gowshal, de foi hindoue, pratique le cavadee depuis 7 ans. A 20 ans, le jeune homme découvre sa foi et pour montrer son amour et sa dévotion à Muruga, fils de Shiva, il porte son premier cavadee et se pique également. Alors que certains commencent très jeunes, Gowshal fait ressortir qu’il faut avoir la foi et être prêt à la pratiquer. « Si on n’est pas prêt, on risque de se faire mal et de ne pas pouvoir l’accomplir comme il se doit ». Sa soeur Madvi devait porter le samba de lait sur sa tête. Elle nous indique que « le jour du cavadee revêt un caractère sacré, en outre, parce que c’est l’occasion pour tous les membres de la famille et les proches de se retrouver autour de la spiritualité, qui tend à se perdre ». Devi, une habitante de Rose-Belle, abonde dans le même sens. Âgée de 64 ans, de foi hindoue aussi, elle affirme : « Auparavant on ne regardait pas, on avait peur. Ma fille a épousé un Tamoul et mon gendre porte le cavadee ; depuis, chaque année, je viens ».
Gowshal et Madvi, en compagnie de leurs cousins et cousines qui portent le cavadee, se rendent à l’église de la Montagne au Corps de Garde. Un trajet qui leur prendra environ quatre heures à pied. Ils y étaient attendus pour 14 h 30.
Offrande dans la rue
Entre-temps, ceux qui sont prêts commencent à quitter la rivière pour se rendre dans leurs kovils respectifs ou les kovils d’accueil. Les Mauriciens étaient nombreux à s’être massés au bord de la route principale et latérale de Rose-Hill pour attendre les cavadees, certains par curiosité, d’autres attendant le passage de Murugan pour faire leur offrande. On notait aussi la présence de nombreux touristes. Ceux croisés par Le Mauricien trouvent dans cette pratique « la profondeur de la foi ». « Ils méritent le respect », laissent-ils entendre.
Sous le soleil ardent de Rose-Hill hier, un camion citerne refroidit le passage pour les dévots en aspergeant de l’eau tout le long du parcours. Les fidèles de Stanley ont emprunté la route principale, puis la rue Hugnin pour rejoindre le kovil. Ils sont arrivés comme prévu à 12 h 05.
Le premier cavadee à faire son entrée était le Koyil Cavadee suivi du Idumban et du vèl cavadee. Les dévots les ont suivi. Après avoir remis leurs samboos de lait aux représentants du kovil pour être versé sur Murugan, ils en ont récupéré une partie qui a été partagée aux proches. Les aiguilles et les hameçons sont enlevés du corps du porteur de cavadee. Après la dernière cérémonie d’éloge à Murugan, à l’intérieur du kovil, chacun rentre chez soi.
« En arrivant à la maison, on est accueilli par l’eau safranée qu’on nous verse sur les pieds. On dépose nos aiguilles auprès de Muruga et on parfume la nourriture avant de servir le repas végétarien », souligne Madvi.
La période sacrée prend fin ce soir, le 11e jour, avec la descente du drapeau, le « Kodi errakkam ». Le dévot reprendra alors une vie normale.