« Ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme. Mais elle prend pas la femme… », chantait Renaud. Laurence Grand Clément et Laurence de Rancourt, deux navigatrices françaises, ont donné raison au chanteur en parvenant à bout de leur traversée de 85 jours entamée le jeudi 19 avril à bord de Spirit of Ma, leur bateau. Elles sont arrivées au Grand Baie Yacht Club (GBYC) à 11h41 hier matin.
L’émotion est à son comble au moment où elles posent pied sur le ponton du GBYC. Les sourires, les embrassades, tout fait penser à des retrouvailles tant attendues avec famille et amis. « L’accueil est extraordinaire. On découvre l’île Maurice. Et ça fait plaisir de retrouver ses amis et sa famille après tout ce temps en mer », lance Laurence Grand Clément.
L’autre Laurence, de Rancourt cette fois, sourit elle aussi. Elle a raison, à les voir légèrement bronzées, on peine à croire qu’elles viennent de se tracter à la force de leurs bras. « En fait, il a fallu rester concentrées. On s’était dit que puisque nous y étions, on n’avait plus le choix. On devait avancer. »
Et pendant ces 85 jours, elles ont eu un ennemi commun : le doute. Ce sentiment qui leur a fait peur quand elles se retrouvaient littéralement au creux de la vague, avec des rouleaux de plusieurs mètres. « Pour éviter de douter, on démultipliait l’événement », explique Laurence de Rancourt.
L’exemple le plus criant vient d’une rame brisée par les flots. « Mais on a vu les événements autrement. Par exemple, en trouvant autre chose pour faire une attelle. Ce sont ce genre de petites choses qui nous ont aidées », poursuit Laurence de Rancourt.
Mais comment ont-elles décidé de tenter l’aventure ? Et là, c’est Laurence Grand Clément qui répond. « Avant, on ne se connaissait pas. Puis, on a fait l’Atlantique ensemble. C’est de là que ça a commencé. »
Et elles commencent l’aventure pour l’ONG “A chacun son Everest”. Le commandant René Sanson, directeur de la branche locale de la Mediteranean Shipping Company (MSC), souligne que le projet a été présenté à Genève. « Et ça représente beaucoup pour nous. »
Pour les deux femmes, ce voyage au milieu de l’océan représente avant tout un défi. « C’est une question de dépassement de soi. Tout est parti d’une rencontre à l’origine », note Laurence Grand Clément. Mais elles réaliseront après le sens de cette traversée, longue de 85 jours. « C’est sûr qu’on va trouver un sens profond et précis à cette traversée par la suite. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on a engrangé beaucoup d’expérience. »
Et pourquoi l’océan Indien ? Là encore, la réponse surprend. L’océan Indien n’est pas bordé de continents, comme l’Atlantique. « On s’est dit que ça allait être dur, plus exigeant. Et c’était ça aussi le défi qu’on voulait se lancer. »
Maintenant que la vague d’émotions est passée, il leur reste à établir leur programme. Inclus dans leurs plans respectifs : beaucoup de repos. « On verra bien. Mais on se posera quelque temps, histoire de récupérer. » Une perspective qui enchante leurs parents respectifs. « Là au moins, je suis contente qu’elles se décident à se poser quelque temps. Sinon, c’est toujours à gauche et à droite », sourit Mme. Grand Clément. Les deux femmes, elles, ont raison de se reposer. Comme l’association dont elles sont les marraines, elles ont trouvé leur Everest…