Trianon/Phoenix: un corridor décidément compliqué. On dirait que ce n’est pas que pour les automobilistes que cette région est problématique. Les projets qui se sont succédé sur ce tracé semblent avoir peu de chances d’être concrétisés.
A côté du rond-point de Phoenix, il y eut, a quelques années de cela le Toys R us, le spécialiste du jouet pour enfants et pré-adolescents qui n’avait pas rencontré l’engouement escompté. Propriétaire des terres, le Groupe Currimjee songea en 2006 à donner une autre vocation à ce coin, pourtant stratégique en le convertissant en complexe commercial.
C’est ainsi que Phoenix les Halles sortit des terres avec un complexe qui comprenait restaurants, boutiques et même un supermarché, ce qui, sur papier, constitue une garantie de fréquentation populaire. Mais ce projet ne rencontra pas plus de succès puisque le supermarché Kaddy Plus fut le premier à déserter les lieux faute de clientèle suffisamment importante pour se maintenir à flot. Il sera suivi par d’autres enseignes tellement en manque d’activités qu’elles aussi finiront par mettre la clé sous le paillasson.
Le site a attiré l’attention, du British Americain Investment, qui n’était pas très satisfait de son emplacement à Castel où il y avait d’abord eu le Quality Living Centre avant de devenir une antenne partielle des activités d’Iframac s’est, pour une somme de Rs 225 millions, rendu acquéreur d’une partie de Phoenix Les Halles pour développer de nouveaux showrooms pour les marques qu’il commercialise, Mercedes Benz, Peugeot, Mitsubishi et Jeep, ce qui a contribué à insuffler une nouvelle ambiance à ce coin devenu un peu morose.
Plus loin, sur le même alignement de l’autoroute vers Trianon, le complexe résidentiel Dreamton Park qui, avec beaucoup de difficultés, parvient, petit à petit, à vendre ses appartements même si, comme tout le monde peut le constater en passant devant la construction, il n’y a que quelques résidents seulement qui y ont élu domicile.
Plus prés de l’échangeur de Trianon et juste à côté de la nouvelle bretelle qui relie cette partie du centre à Sodnac, le complexe White Tulip de sept étages entièrement dédié à des espaces bureaux et qui se veut aussi résolument écologique. Ce chantier de la firme Soproges connaît un petit retard puisqu’annoncé pour être livré en mars, les travaux ne devraient être complétés qu’en mai-juin.
De l’autre côté de la route, en partant du rond-point de Phoenix, des entreprises dites historiques et qui s’y sont implantées depuis l’indépendance : le Mauritius Breweries, Panagora Marketing, Phoenix Beverages et des entités de plus petite taille jusqu’à l’entrée du lieu dit Pellegrin, là où se trouve le chantier du grand projet Le Meritt Elipsis, complexe résidentiel haut de gamme qui comprend pas moins de cinq tours.  
Un chantier de Rs 3,3 milliards
Or, le chantier qui a démarré sur les chapeaux de roue il y a deux ans, est à l’arrêt, victime du climat morose dans le secteur de la construction que connaît le pays, de la saturation des projets résidentiels en hauteur à prix élevés qui se multiplient et qui réduit fortement la demande pour ce type de logements.
Le Meritt Holding, promoteur du projet et qui a été un des premiers dans sa catégorie à avoir choisi d’être côté en Bourse depuis janvier 2013, rencontre des problèmes de trésorerie en ce moment mais il assure que le problème n’est que temporaire et que les travaux devraient redémarrer sous peu.
Les investissements dans ce projet sont colossaux, soit de Rs 3,3 milliards. Rien que pour la première phase de ce projet, c’est un somme de Rs 1,8 milliards qui est prévue pour la réalisation des cinq tours de 11 étages et 250 appartements. Le coût de la seconde phase est de Rs 1,5 milliards.
Vu la proximité avec le fameux CentrePoint laissé à l’abandon à l’entrée de l’échangeur de Trianon, certains ne manquent pas d’établir un parallèle entre les deux projets. Une comparaison que rejettent totalement les promoteurs du Meritt Elipsis qui insistent sur la levée imminente de capitaux frais pour terminer le chantier.
Contrairement à l’échec de Centrepoint, Le Meritt Holdings a quelques arguments plus convaincants dont celui d’avoir réalisé le Meritt Genesis sur le tronçon Sodnac/Phoenix et d’avoir réussi à vendre une bonne partie des appartements construits en 2012 pour un coût total de Rs 700 millions.
Quant à CentrePoint, le chantier abandonné est resté en l’état depuis plus de trois ans. Malgré les assurances répétées données par ses initiateurs — la firme Comaprim des frères Timol également impliqués dans plusieurs autres projets foireux — à l’effet que “les travaux vont reprendre incessamment et en grande pompe”.
Les seuls travaux qui y ont été effectués sont l’enlèvement des pans d’échafaudage métalliques qui représentaient un danger pour la sécurité publique. Pour le reste, même spectacle de désolation à ce carrefour important et stratégique de Trianon d’autant que la Cour a, en avril 2013, demandé au liquidateur nommé, Mushtaq Osman, d’arrêter les procédures de la vente du chantier et, ce, à la demande des promoteurs.
Toujours est-il que leeyesoreest toujours là pour que les Mauriciens et les touristes l’admirent et que certains ont même suggéré que le gouvernement qui, dépense à tort et à travers l’argent public sur des projets suspects qui se fissurent avant même leur réalisation, fasse l’acquisition obligatoire de ce chantier à l’abandon en vue de redessiner les plans de la circulation dans cette région qui est difficile aux heures de pointe.
Au-delà des pannes de construction et de chantiers abandonnés, reste la question fondamentale, celle de la bulle immobilière et l’endettement de ce secteur au sujet desquels le gouverneur de la Banque de Maurice vient tout juste et, une nouvelle fois, tiré la sonnette d’alarme.