En décembre 2011, l’assemblée générale des Nations unies a officiellement désigné le 15 juin comme jour dédié à la sensibilisation mondiale contre les abus et maltraitances infligées aux personnes âgées. Cette question est au coeur des préoccupations des adhérents de la Fédération internationale des associations des personnes âgées (FIAPA), qui dénoncent les maltraitances dans les instances internationales depuis des décennies et oeuvrent pour un réel accès aux droits des aînés. La lutte contre la maltraitance est une priorité et une convention internationale des droits des personnes âgées à l’Onu est nécessaire.
À Maurice, il existe une bonne espérance de vie à la naissance pour les aînés mauriciens, un accès aux services de santé privé et public, un système de protection sociale présent, mais des défis importants sont à relever pour les prochaines années avec l’accélération démographique des personnes âgées. Le ratio personne âgée/personne jeune active augmente très vite et on risque de ne plus avoir de remplacement efficace des aînés par les jeunes actifs avec une inversion de la pyramide démographique. Ces défis à relever sont d’ordre socio-économique, médical, politique, humain, mais aussi infrastructurel et environnemental. La cellule familiale est encore bien présente dans certains cas mais que faire en cas d’isolement et de perte d’autonomie ?? De solitude ?? De négligence de la part de l’entourage ?? Avons-nous suffisamment de maisons de retraite ?? Le personnel soignant y est-il suffisamment formé pour être bien traitant ?? L’architecture de nos villes et villages est-elle adaptée aux personnes vieillissantes ?? Quel est l’état des trottoirs, des toilettes ? Quelle est la disponibilité d’ascenseurs ou de rampes adaptés dans lieux publics pour les fauteuils roulants, les mains courantes ??
En termes de prévention des maltraitances et d’accompagnement de personnes vulnérables, les objectifs prioritaires au niveau du pays sont la mise en place ou l’amélioration :
– de systèmes d’alerte pertinents qui permettent d’alerter et d’agir en cas de repérage de maltraitance;
– de stratégies et de législations adaptées, les lois étant des outils puissants pour appliquer les politiques publiques;
– de formations spécifiques pour le personnel travaillant avec les aînés, car les lois ne suffisent pas. L’expérience montre que la formation couplée aux lois adaptées est plus efficace pour majorer la bientraitance que le seul aspect législatif;
– de changement de regard sur la citoyenneté des aînés, fussent-ils vulnérables, de lutte contre la discrimination liée l’âge qu’on nomme l’âgisme;
– de prévention et d’accompagnement des souffrances des aidants professionnels et familiaux;
– proposer des solutions de répit aux aidants des personnes âgées (accueils de jour, hébergement temporaire dans des lieux adaptés). Les aidants sont les proches qui viennent en aide de manière régulière à titre non professionnel aux aînés dans la vie quotidienne. Ce peut être le conjoint, un parent, un ami, un voisin;
– Il faut aussi un langage commun sur la définition de la maltraitance.
Selon la définition de l’OMS en 2002, on parle de maltraitance quand un geste singulier ou répétitif, ou une absence d’action appropriée, se produit dans une relation où il devrait y avoir de la confiance et que cela cause du tort ou de la détresse à une personne âgée. Elle peut être physique, psychologique, financière, ou encore une négligence dans la prise en charge de cette personne.
On peut aussi développer la gérontotechnologie pour améliorer la qualité de vie des aînés au domicile ou en institution. Par exemple imaginer un pilulier électronique, des bornes sécuritaires pour les personnes errantes ayant des problèmes cognitifs, des lits médicalisés adaptés pour les couples âgés (car oui on a le droit d’être amoureux à tout âge et d’avoir sa vie de couple, même dans une maison de retraite !), des caméras de surveillance (mais ici se pose la question éthique du respect des droits et libertés de la personne âgée), des systèmes de géolocalisation pour personnes déambulant… Il y a aussi la possibilité de développer la télémédecine en cas de pénurie de personnel de santé, mais se pose ici aussi la question de déshumanisation, d’isolement social et relationnel. La télémédecine peut être très intéressante pour développer des partenariats avec un médecin spécialisé des plaies et de la cicatrisation via un ordinateur pour un médecin effectuant une visite au domicile au chevet du patient. Elle servirait à avoir des conseils et une conduite adaptée sans déplacer le malade.
Il faut continuer à sensibiliser les aînés, la société civile, les pouvoirs publics sur la notion de bientraitance de nos aînés. Il faut faire connaître aux aînés leurs droits. Et pour prévenir la maltraitance, il  faut aussi animer des formations pour les personnels soignants. À Maurice, le groupement FIAPA Océan Indien a organisé, en collaboration avec le ministère de la Sécurité sociale, un colloque régional en 2014, au cours duquel nous avons développé une charte sur les droits et la bientraitance des personnes âgées dans la région de l’océan Indien. Cette charte a été diffusée aux pays participants (Maurice, Rodrigues, La Réunion, les Seychelles, Mayotte et Madagascar) et à nos pouvoirs publics. Les documents de travail ont été élaborés suite à des ateliers avec des personnalités du domaine gérontologique et juridique. Une des mesures évoquées à mettre en place est celle d’un Ombudsperson pour les personnes âgées, tout comme cela existe pour les enfants.
Nous avons poursuivi notre travail de plaidoyer dans la région en participant aux premières assises de la bientraitance à La Réunion en 2015. Et nous avons participé en 2017 à un colloque international sur les droits de nos aînés dans le monde. La prise de conscience de ce phénomène est mondiale et le temps est aujourd’hui à l’action avec la participation des différents acteurs.