Elle fait la fierté du village de Triolet. Aleefa Mungar est l’une des personnes les plus âgées de Maurice. Elle souffle aujourd’hui ses 107 bougies en compagnie de sa famille. Si elle ne s’exprime que rarement, elle jouit en revanche d’une parfaite santé.
Ce n’est pas tous les jours qu’un membre de la famille fête ses 107 ans. Et les Mungar ont toutes les raisons de se réjouir de cette « bénédiction » qui leur a été accordée. D’autant qu’il y a trente ans, la famille a connu une autre grâce divine avec le décès du père de famille à la Mecque à l’âge de 80 ans. Et les rares fois qu’elle s’exprime, Aleefa Mungar répète sans cesse elle aussi : « Mo pou al Madina. »
En ce jour spécial, les membres de la famille se réunissent pour une session de prière, avant de couper le gâteau traditionnel. Comme chaque matin, Bibi Soormah, la benjamine des huit enfants d’Aleefa, s’est occupée d’elle, en lui donnant ses céréales, sans oublier ses morceaux de fruits. « Ma mère est en parfaite santé. Elle n’a pas de diabète, ne porte pas de verres et mange encore son riz. Mais à chaque repas, il faut lui donner ses morceaux de fruits et le soir, avant de s’endormir, une petite cuillerée de miel dans son lait. »
Cette hygiène de vie est selon ses proches, le secret de longévité d’Aleefa. Née Moosoody, elle a épousé Abdool Raman Mungar alors qu’elle n’avait que 14 ans. Quatre ans plus tard, elle met au monde son premier enfant, une fille, aujourd’hui âgée de 89 ans. « Mon père était tailleur et ma mère couturière. Parallèlement, ils cultivaient des légumes et du tabac. Chaque jour, ils marchaient au moins quatre à cinq milles pour aller à la plantation », raconte Noudine Mungar, un de ses fils.
Allongée sur son lit, la centenaire scrute du regard les personnes autour d’elle. « Elle entend tout et comprend, mais ne s’exprime que rarement », confie Soormah. Ainsi, lorsqu’on lui demande de tourner la tête pour se faire prendre en photo, elle réagit tout de suite. Mais la plus grande satisfaction de la famille est son apparente absence de souffrance. « Elle ne se plaint jamais de douleurs ou de quoi que ce soit. Nous avons l’impression qu’elle est en paix. Je ne sais pas s’il y a une explication médicale à cela ou si c’est la volonté divine », ajoute Gulzar Ahmad Mungar.
Ce dernier dit garder de sa grand-mère de bons souvenirs. De l’époque où elle s’occupait de lui, alors qu’il était enfant, aux petites histoires pour lui faire la morale. « Elle parlait souvent d’une chanson qui dit : si tu as une piastre dans ta poche, ne bois pas pour deux piastres. Puis elle nous expliquait l’importance de vivre simplement, et non au-dessus de nos moyens. »
La simplicité, Aleefa Mungar l’a vécue. Il n’était pas rare, dans sa famille, que le dîner se compose de patate, de manioc ou d’arouille. « Le saumon en boîte était un luxe qu’elle réservait pour le week-end », confie Noudine Mungar. Pour pouvoir accomplir son devoir de se rendre un jour à la Mecque, elle économisait pièce par pièce dans une boîte en fer blanc. « Quand nous l’avons ouverte un jour, il y avait Rs 6 000. » C’est ainsi qu’elle a pu faire le hadj en deux occasions.
À 107 ans – sa carte d’identité précise bien sa date de naissance – Aleefa Mungar est toujours entourée de trois filles et deux garçons. Elle compte 61 petits enfants et 24 arrières petits enfants.