« Pas question de favoriser la popularité gouvernementale en hypothéquant le pays », a affirmé le VPM et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval ce matin. Il se préparait à présider sa première réunion tripartite qui s’ouvrira à 14 h 30 cet après-midi. À pratiquement un mois de la présentation du budget le vendredi 4 novembre, cette réunion porte sur la situation économique du pays et la compensation salariale. S’agissant de la compensation salariale le ministre des Finances a reconnu que ce sera un véritable exercice d’équilibriste : une compensation trop forte pénalisera les PMEs et les entreprises en difficulté alors qu’une compensation trop basse pénalisera les plus faibles et les plus vulnérables de la société.
En présidant au comité tripartite gouvernement-secteur privé-syndicat, Xavier-Luc Duval renoue avec une tradition qui n’avait plus cours depuis quelque cinq ans. En juin 2006, le discours du budget avait fait mention de l’abolition du mécanisme du comité tripartite qui devait être remplacé par le National Wage Council. Ce dernier devait s’inscrire dans l’esprit du tripartisme et assurer un niveau de salaire et de compensation tenant compte de la productivité et la capacité des entreprises à payer. En octobre de l’année dernière, le National Wage Council a été remplacé par le National Tripartite Forum regroupant les représentants du gouvernement, des employeurs et des travailleurs sous la présidence du ministre du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi. Institué en tant que forum permanent, il vise à promouvoir le dialogue social et le consensus sur les questions d’importance nationale surtout celles concernant le monde du travail. Plusieurs comités techniques avaient été institués dont un concernant le quantum de la compensation annuelle des salaires.
Cette année dans le cadre du processus de consultations en vue de déterminer le quantum de compensation à être payée aux employés à partir du 1er janvier 2012, le VPM et ministre des Finances et du Développement économique, Xavier-Luc Duval a décidé de présider la réunion tripartite. Celle-ci s’ouvrira à 14 h 30 cet après-midi.
Au ministère des Finances ce matin les préparatifs en vue de la réunion tripartite allaient bon train avec en tête la nécessité que, dans le contexte actuel, l’accent soit mis sur l’amélioration de la productivité aussi bien du capital que de la main-d’oeuvre. D’ailleurs, une des priorités du budget, comme souligné récemment par le ministre des Finances, est la croissance qui passe par l’augmentation de la productivité de l’entreprise. « Tout sera fait pour favoriser l’augmentation de la richesse du pays. L’accélération de la croissance économique passe par la productivité », entendait-on ce matin au ministère des Finances. Tout porte à croire que le ministère des Finances viendra avec la proposition d’une compensation uniforme pour les employés du secteur public et du secteur privé. « De par nature cette compensation doit permettre de combattre le chômage en encourageant la création d’emplois », fait-on ressortir. À ce propos, on s’attend à ce que le ministre des Finances lance un appel aux entreprises profitables du public et du privé de faire un effort spécial en faveur des employés qui le méritent. La compensation doit surtout permettre de protéger les employés se trouvant au bas de l’échelle. « Une chose est certaine, le gouvernement ne favorisera pas sa popularité en hypothéquant l’avenir de ce pays », a insisté pour sa part le ministre des Finances.
Sur le plan international, les analystes financiers reconnaissent qu’il y a eu une reprise du marché extérieur durant les six premiers mois de cette année. Cependant, la confiance a été mise à mal ces derniers temps avec la volatilité extrême de la situation économique en raison de la dette excessive d’un grand nombre de pays européens menaçant ainsi la stabilité des banques, notamment en France. Sur les places financières, on craint un nouveau crash bancaire. On observe le retour d’une politique d’austérité du fait que les gouvernements ne disposent plus d’espace fiscal pour manoeuvrer. Aux États Unis le problème de la dette semble perdurer.
À Maurice, deux tiers de nos exportations (incluant le sucre) dépendent de l’Europe ainsi que deux tiers de nos arrivées touristiques et 50% de nos investissements directs étrangers (IDE). La vulnérabilité du pays vis-à-vis de l’Europe est réelle. Par ailleurs, quelque 10% de nos exportations dépendent des États Unis et la diversification vers l’Inde et la Chine n’est qu’à ses débuts.
Dans les milieux des finances on observe que la situation est raisonnable en ce qui concerne certains secteurs majeurs mais c’est au niveau des investissements que le bât blesse. En effet, les investissements privés et les investissements étrangers dégringolent. De même, le secteur de la construction accuse une baisse de 11%. Cependant, l’augmentation du nombre de vols d’Emirates, passant de 9 à 11 par semaine, appportera un soulagement au tourisme. C’est avec tout cela en tête que le ministre des Finances abordera les tripartites cet après-midi.