Le moment du concert live a toujours été très ludique, plein de vie et d’humour pour le bluesman Eric Triton. Mais le samedi 3 mars au Sapin Café Culture à Camp Levieux, le concert est devenu oeuvre en soi avec le lancement de Project One.
Tritonik ouvre une nouvelle page avec Eric Triton (voix, guitare), Norbert Planel (percussions), Shakti Shane Ramchurn (tabla, choeur) et de Chouk (percussions, bruitages). Après une plongée dans le son et la réflexion, un temps de rodage, l’ensemble nous offre une musique totalement personnelle et immédiatement reconnaissable, puisque les dix chansons enregistrées ont déjà été interprétées en live mais n’existaient pas sur CD. Ce quatuor souple, résolument ancré dans le blues, les sonorités africaines ou indiennes, se singularise tant sur le plan de l’orchestration que du langage harmonique. Résultat : une musique chaude et charnue, chair et sang.
Eric Triton a toujours écrit la musique, héritée des traditions musicales insulaires, qu’il entendait en lui et qu’il allait interpréter en fonction d’une personnalité forte qui, librement, pousse un cri d’espoir dans Zis Ameliore : « Seki nou kapav fer ansam / Se zis ameliore / Aret asize krwar / Ki to lavi pou dan dife / Zame li tro tar / Pou repran enn meyer sime… » Dans son répertoire, Triton s’est davantage concentré sur l’alternance écrit/chant dans une mise en scène constante. Cette obsession du chant, ce combat musical en langue kreol au nom de l’unité, se trouvent au coeur de Project One.
Apportant dans un contexte métissé l’expérience acquise au sein du Kreol Jazz Band, entre autres, Triton poursuit dans son projet fusionnel son hymne à l’unité, sa dénonciation des injustices sociales (Pou pa mor couyon, Bwar Rom, Zenn…). Et toujours avec sa science de l’improvisation et du lyrisme. Il y a aussi sa foi dans l’art : « L’Art vaincra / Tou mo lavi mo pou kriye / L’Art vaincra / Mem kan mo mor li pou kontinye / L’Art vaincra / Se enn langaz iniversel… »
Project One, à l’orchestration exquise (une guitare, un tabla, baguettes, tambours, cajóns, chimes) assure un alliage atypique de voix en liberté mêlées à des sonorités originales. Des formes mouvantes donc, là un quatuor, ailleurs de l’improvisation collective. Il y a beaucoup plus de combinaisons rythmiques, de nouvelles mélodies et de recherches d’énergies dans ce nouvel album. Tritonik semble avoir assimilé son temps de rodage pour faire entendre une montée en unisson, de belles séquences énergiques, des plages mélodiques plongeant le public toujours plus loin dans le son et la méditation, au-delà de la verve musicale.