Trois ans après le meurtre encore non élucidé de Michaela Harte, une jeune institutrice irlandaise retrouvée morte dans la chambre 1025 de l’ancien hôtel Legends, des rebondissements quasi spectaculaires sont encore possibles. Mais tout développement est sujet au feu vert du Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, agissant sous les nouvelles dispositions de la loi au sujet de la réouverture de toute enquête criminelle, texte de loi déjà voté par l’Assemblée nationale mais qui attend d’être promulgué par le président de la République, Kailash Purryag. Entre-temps, la Special Squad au Central CID, menée par le surintendant Yashdev Callee, le chef inspecteur Seeballuck et l’inspecteur Roland Dabeedin, a déjà amorcé une nouvelle étape dans cette enquête revue et corrigée de la Major Crime Investigation Team (MCIT). La priorité, dans l’immédiat, porte sur des compléments d’informations sur la journée du 10 janvier 2011 avec une nouvelle audition de l’époux de la victime John McAreavey avec, subséquemment, l’ex-Security Officer de l’ex-Legends Hotel, Dassen Narayanen, et les employés Avinash Treebhowoon et Sandip Mooneea, entendus au sujet de leurs versions des faits déjà consignées en 2011.
Depuis la fin de l’année dernière, l’escouade spéciale du surintendant Callee a établi des contacts officiels en Irlande du Nord en vue de sonder John McAreavey au sujet d’un éventuel nouveau déplacement à Maurice pour un exercice de Revisiting de ses dépositions consignées au poste de police de Piton dans la soirée du 10 janvier et, subséquemment, par des limiers du Central CID. Mais les dernières indications, glanées par Le Mauricien de sources bien informées aux Casernes centrales en fin de semaine, indiquent que l’époux de la victime serait réfractaire à cette initiative de la police mauricienne. Selon les informations, John McAreavey aurait privilégié l’option que cette nouvelle séance d’interrogatoire, à titre de témoin, soit menée par des éléments du Police Service of Northern Ireland (PSNI) sur la base d’un questionnaire établi par le trio Callee–Seeballuck–Dabeesing. « Même si John McAreavey est disposé à collaborer dans cette nouvelle étape de l’enquête, il n’est, semble-t-il, pas très chaud à l’idée d’un nouveau déplacement à Maurice », confirme-t-on officiellement, alors que des échanges se poursuivent pour tenter de trouver un Modus Operandi.
Même si les enquêteurs de la Special Squad du Central CID affirment être disposés à effectuer le voyage en Irlande pour recueillir ces informations complémentaires, un hic majeur se présente car un volet conséquent consistera en une nouvelle reconstitution des faits avec la participation de John McAreavey dans l’enceinte de l’ex-Legends Hotel à Grand-Gaube, notamment par rapport à l’emploi du jeune couple irlandais, qui était en lune de miel le lundi 10 janvier 2011.
Les membres de l’escouade spéciale prévoient d’enregistrer et de chronométrer tous les mouvements, fais et gestes de la victime et de son époux juste avant la découverte du corps sans vie de Michaela Harte dans la baignoire de la chambre 1025. Ils sont également intéressés à obtenir confirmation de John McAreavey à propos des vêtements que portait la jeune Irlandaise alors qu’elle était à table au restaurant avant de se rendre dans sa chambre d’hôtel pour se procurer ses biscuits préférés pour l’Afternoon Tea. Il sera également appelé à donner des indications sur l’endroit où se trouvait le porte-monnaie du couple, de même que d’autres détails en vue de corroborer les prélèvements effectués par des membres du Scene of Crime Office (SOCO).
Interrogé par le quotidien Irish Mirror, l’inspecteur Dabeesing remet en perspective la pertinence de la présence de John McAreavey à Maurice au lieu d’un déplacement des Mauriciens en Irlande. « Coming to Ireland does not depend on me but I would like instead Mr McAreavey to come to Mauritius because there are certain matters that need to be clarified and he might have to take us to the hotel so he can show us a few things. If I travel to Ireland he won’t be able to show me anything », a fait comprendre l’officier de police au quotidien irlandais. A ce stade, les autorités mauriciennes tiennent à préciser que cette nouvelle audition de John McAreavey ne veut nullement dire qu’il sera traité en tant que suspect. L’une des preuves irréfutables écartant l’époux de la victime de la liste des suspects reste la confirmation, de manière scientifique, que la porte de la chambre 1025 de l’ex-Legends Hotel avait été ouverte peu avant le meurtre par la fausse carte magnétique, qui ne pouvait être en possession de John McAreavey.
Jusqu’ici, les membres de la Special Squad du Central CID ont déjà procédé à la ré-audition de presque tous les membres du personnel en poste à l’hôtel le jour du meurtre, de même que des témoins susceptibles d’éclairer les enquêteurs sur des zones d’ombre dans cette affaire. Dans cette perspective, l’inspecteur Dabeesing souligne que « there are certain matters that I need to rule out in order to find out the real culprit or culprits ». Les autorités ne comptent nullement céder à des pressions en vue d’abandonner les procédures pour la réouverture formelle de cette enquête, même si 18 mois après, aucune nouvelle arrestation n’a été opérée.
Dans des milieux autorisés aux Casernes centrales, l’on s’accorde à dire que l’étape déterminante sera abordée avec l’audition de Dassen Narayanen, Security Officer, et d’Avinash Treebhowoon et Sandip Moneea, qui ont déjà été blanchis lors du procès aux Assises, avec leur acquittement en juillet 2012. Toute décision relative à la convocation de ces trois anciens employés de l’ex-Legends devra obtenir au préalable l’aval du DPP, compte tenu du caractère délicat de l’orientation de la nouvelle enquête policière.
Dassen Narayanen est davantage concerné par la fausse clé magnétique en vue de faciliter l’accès aux chambres d’hôtel en l’absence des clients et les deux autres vu qu’ils ont déjà fait l’objet de poursuites au pénal aux Assises. Toutefois, leurs nouvelles auditions par les enquêteurs sont données comme une quasi certitude dans la conjoncture actuelle.
Pour sa part, l’inspecteur Dabeesing est allé plus loin, car dans l’édition de vendredi de l’Irish Mirror, il avance : « While Moneea and Treebhoowoon were found innocent of Michaela’s murder they may still face charges in relation to her killing. At the end of last year a law was passed in Mauritius whereby people can be tried for the same crime more than once. It means that if someone has been acquitted of a crime, they can still be brought to court again. » A ce jour, le texte n’a pas encore été promulgué pour avoir force de loi…