Le Premier ministre Navin Ramgoolam, qui est également premier député de la circonscription de Pamplemousses/Triolet, est en présence depuis peu d’une pétition d’un groupe d’habitants de la Cité EDC (ex-CHA) à Trou-aux-Biches dans laquelle ils expriment leur opposition contre le comblement d’un marécage pour aménager un morcellement résidentiel. Le projet d’une route qui traverserait leur hameau de pêcher soulève également leur colère.
« Navin Ramgoolam, qui est Premier ministre de Maurice, doit comprendre qu’il est avant tout le député de la circonscription de Pamplemousses/Triolet, dont les électeurs ont voté pour qu’il les représente à l’Assemblée nationale. C’est pourquoi, en toute logique, c’est vers lui que nous nous tournons quand nous avons un problème. Nous ne nous attendons pas à ce qu’il nous laisse tomber », affirme le porte-parole de la Force unitaire de Trou-aux-Biches (FUTAB), Jacky Alexandre, pour expliquer les démarches auprès du PM.
Le souci de ces habitants, pour la plupart d’humbles pêcheurs, débute quand ils constatent qu’un promoteur immobilier et grand propriétaire terrien de l’endroit, en l’occurrence la famille Jhuboo (voir encadré), met en chantier un projet de morcellement résidentiel sur le dernier lot d’un site qu’il a commencé à exploiter depuis quelques années.
« Ce terrain d’une superficie de 10 arpents est situé en face de nos maisons. Or, une partie d’environ deux arpents est marécageuse (voir encadré) », explique Jacky Alexandre.
Selon le porte-parole de la FUTAB ce site est caractérisé par de fréquentes inondations. « En période pluviale, plus particulièrement lors de pluies diluviennes, ce site est inondé à hauteur de quatre à cinq mètres. Nous sommes des pêcheurs et nous connaissons tous l’importance des marécages et des zones humides en général dans la protection des écosystèmes et la prévention des inondations », explique-t-il.
C’est pour cela, poursuit notre interlocuteur, que le comblement de ce marécage pour des travaux de “sites and services” dans le cadre de l’aménagement de ce morcellement suscite la colère des habitants, poursuit Jacky Alexandre. « Une fois le comblement terminé, toute l’eau du marécage par temps de pluies se déversera vers nous pour gagner la côte. Nous allons être inondés », s’indigne-t-il.
Autre souci des habitants : l’aménagement d’une route, qui traversera le marécage comblé pour aboutir devant leurs portes. « Cette nouvelle route de 30 pieds sera reliée à la route qui traverse notre village pour gagner la route côtière. Ce qui veut dire que d’un coup toute cette circulation va s’engouffrer dans notre ruelle. Ce qui constituera un danger certains pour nous tous ! Depi plis ki 60 ans, nou dan nou trankilite ek nou viv en sekirite. Nou finn aksepte tou developma, nou finn res trankil. Me la enn kout, zot pe kas nou trankilite ek zot pe met nou la vi ek la vi nou zanfan en danze. Li inakseptab ! »
Dans leur pétition au PM, les habitants l’invitent à venir constater de visu la situation sur le terrain. « Si ou pa vini, nou riske pa konpran » affirme Jacky Alexandre.
« Nou kone ki kan apel minis ek depite zot zame vini. Nou pa pou less zot fini nou lavi kom sa, alor ki nou paran finn fer sakrifis pour ki nou viv en paix. Me nou nou pa pou res trankil. Si bizin lor lari, nou pou lor lari ! » prévient le porte-parole des habitants.
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Prévenir les inondations
Marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves, marécages… entre terre et eau, les zones humides (“wetlands” en anglais) présentent de multiples facettes et se caractérisent par une biodiversité exceptionnelle. Elles abritent en effet de nombreuses espèces végétales et animales. Par leurs différentes fonctions, ils jouent un rôle primordial dans la régulation de la ressource en eau, l’épuration et la prévention des crues (inondations).
On distingue généralement les zones humides côtières et marines différenciées par la proximité de la mer plus que par la salinité (des lacs salés peuvent exister à l’intérieur des terres). La Convention de Ramsar a retenu dans sa définition les zones littorales « où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ».
Menacé par les activités humaines et les changements globaux, ce patrimoine naturel fait l’objet depuis 1971 d’une attention et d’une protection toute particulière à travers la Convention de Ramsar.
Selon l’article premier de la Convention de Ramsar en 1971, « les zones humides sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ».
Sa préservation représente des enjeux environnementaux, économiques et sociaux importants.
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Un peu d’histoire
Assad Bhuglah, un correspondant de la page Forum du Mauricien, a jeté récemment une lumière nouvelle sur l’histoire de Trou-aux-Biches. Extraits :
« Trou aux Biches, traditionally a fishing village on the North West coast of Mauritius, derives its name from a pond where deer used to drink water. The pond, which was a marshy strip of about one kilometer in the vicinity of the current Trou aux Biches Village Hotel, still exists but in a substantially reduced size due to landfill and property development (…)
Prior to the independence of Mauritius, Trou aux Biches was almost a neglected and undeveloped area. It was like a little forest, populated by wild vegetation. Very often, it was visited by hunters of hares and birds. The small aloe factory at Allée Jacques and artisanal fishing were the only avenues to earn bread for the handful of families living at Trou aux Biches. The first Indian immigrants, who settled in the village of Triolet, used to bury their dead. There is at least one documentary evidence from the MGI archives that one Indian immigrant, Imambacus (a substitute name), was buried at Trou aux Biches. Until recently, most of the houses were of dingy and shabby type, except for the campement Khadaroo and campement Piat (…)
However, very little light has been shed on the fact that one of the early processes of democratisation in land-ownership has been largely due to the métissage between a Franco-Mauritian and an Indo-Mauritian. The large extent of land at Trou aux Biches starting from the boundary of Pointe aux Piments and ending up at the frontier of Mon Choisy estate belonged to the Colin family. It was inherited by Dr Seewsunkur Jhubboo through his marriage with Ms Rian Colin. Much of the land was, over time, sold to the villagers of Triolet and Trou aux Biches in the subsequent “morcellement”. From the perspective of sugar-cultivation, these partitioned lands were considered as marginal and were, therefore, sold at “prix dipain dibeurre” (at rock bottom prices) ».