Une nouvelle injonction a été déposée hier en Cour suprême par la Plateform Pou Sov Laplaz, qui s’oppose au projet de construction d’une cafétéria sur la plage de Trou-aux-Biches. Elle a, lors d’un point de presse à Port-Louis dans la matinée, dénoncé l’accaparement de la plage au profit des proches du gouvernement. Ses membres se questionnent sur les conditions entourant l’octroi des permis destinés à ce projet et le rôle joué par les diverses autorités dans l’aboutissement de ce projet, en particulier le ministère de l’Environnement. La juge Saheeda Peeroo se prononcera cet après-midi sur l’injonction.
Les associations, s’opposant au projet de construction située sur l’aire de stationnement de la plage, se sont regroupées il y a quelques jours en la Plateform Pou Sov Laplaz. Celle-ci comprend le Forum des Citoyens Libre (FCL), les forces vives de Trou-aux-Biches, le Mouvement Solidarité de Trou-aux-Biches (MSTB) ainsi que la Beach Traders Association.
Cette nouvelle formation compte mener auprès de la population une campagne de sensibilisation à l’importance de nos plages, mais pour l’heure, elle espère sauver la plage de Trou-aux-Biches qui, depuis quelques jours, est témoin de travaux importants sur l’aire de stationnement située à proximité des locaux de la National Coast Guard (NCG). Ces travaux, effectués pour le compte de Subash Sungkur, aussi connu comme Pandit Sungkur, ont débuté samedi malgré la résistance des habitants regroupés sur la plage.  Ces derniers déplorent principalement l’absence de transparence autour de l’octroi de cette partie de la plage publique, déjà réduite par les divers projets de développements entrepris dans cette région depuis quelques années.
La plateforme attendait ce matin la décision du juge Peeroo concernant la demande d’injonction qu’elle a déposée hier en Cour suprême. Il s’agit en fait de la deuxième demande déposée par les habitants en trois jours ; la première avait été rejetée lundi après-midi par le juge Asraf Caunhye.
Dans l’affidavit juré hier, Adnath Jagurnauth et Vivian Marie-Jeanne, habitant Triolet et Trou-aux-Biches respectivement, ont expliqué que la plage publique de Trou-aux-Biches, qui s’avère être une des plages des plus populaires du pays, « has become one of the most congested, overcrowded beaches of the country » à la suite de travaux dans le cadre de la reconstruction de l’hôtel Trou-aux-Biches ainsi que le relogement des quartiers de la NCG. Quant au projet de construction d’une cafétéria sur le parking de la plage publique, les habitants soutiennent qu’il se tient « on grounds of clear violations of several key statutory requirements of the Outline Scheme and Building and Land Use Permits criteria ». D’abord, disent-ils, aucun Notice Board informant de la nature des travaux n’a été placé sur le site des travaux ; ce qui aurait privé les habitants de leur droit fondamental d’opposition. Ensuite, les habitants de cette région soutiennent que « a serious and grave overcrowding, congestion and parking related nuisance likely to be generated by the said project in a sensitive marine coastal environment ». Mais ce qui intrigue encore plus les habitants, c’est l’absence de transparence autour de la délivrance des permis nécessaires pour tout type de travaux et de commerces — Environmental Impact Assessment (EIA licence) — ou encore de l’autorisation de l’integrated Coastal Zone Management Committee du ministère de l’Environnement.
« Nous ne détenons aucune information à ce sujet. Ce projet de construction a lieu sur une zone extrêmement sensible. La santé de l’environnement marin est en jeu », a soutenu par ailleurs ce matin Georges Ah-Yan, à un point de presse au centre social Marie Reine de la Paix, Port-Louis. Le porte-parole la Plateform pou Sov Nou Laplaz s’interroge de plus sur ce qu’il adviendra des eaux usées. « Quel est la profondeur à laquelle le promoteur fouillera-t-il ? Est-ce qu’il a bénéficié du soutien d’un expert pour ce faire ? », se demande-t-il. Georges Ah-Yan a également décrié le rôle de la Beach Authority dans l’accaparement des plages.
La plateforme s’engagera à partir de ce week-end dans une série de meetings sur les plages de l’île, en commençant par Trou-aux-Biches, pour dénoncer ce qu’elle qualifie de braderie des plages. À la suite de la décision de la juge Peeroo, « nous pourrons décider de la marche à suivre… », a-t-il indiqué ce matin. « Les autorités auront à répondre de leurs actes », prévient la plateforme.