Le Mouvement Solidarité de Trou-aux-Biches (MSTB) fustige le rétrécissement « une fois de plus » de la plage publique avec l’installation de commerces d’agents politiques proches du pouvoir. C’est la présence d’arpenteurs sur l’aire de stationnement, située à côté de la National Coast Guard (NCG) durant cette semaine, qui a alerté les habitants d’un potentiel projet de construction sur cette partie de la plage, hautement convoitée par plusieurs agents du PTr. Bien que Michael Momine, président du village, dit ne pas détenir plus d’informations à ce sujet, la Beach Authority affirme que « cela n’est pas de notre ressort », expliquant d’emblée que l’allocation des terres de l’État concerne le ministère des Terres et du Logement.
Les habitants fustigent le compartimentage d’un segment de la plage publique au profit d’agents politiques rouges et au détriment des habitants. C’est la présence d’un arpenteur au cours de la semaine qui a attiré l’attention des membres du MSTB. Selon nos informations, cette aire de stationnement d’une superficie de sept arpents, située à proximité du QG de la National Coast Guard a été alloué à un agent du Parti travailliste (PTr). Ce dernier aurait prévu de mettre en place un café ciblant ceux qui viennent sur la plage. Cet homme d’affaires possédant d’autres commerces dans cette région n’est pas le seul à convoiter cet espace. D’autres agents politiques ont exprimé leurs souhait pour que le compartimentage de cette aire de stationnement soit fait équitablement car sa proximité avec la plage offre un espace de choix pour les développements.
Le MSTB refuse que d’autres roulottes soient placées sur la plage publique « et surtout pas sur l’aire de stationnement ». Mais ce qui agace principalement les habitants de cette région, c’est particulièrement ce manque de transparence quant à l’allocation de ce lopin de terre. Les forces vives souhaitent la révocation du permis de ces agents politiques. De plus, soutiennent certains habitants, « une personne qui est déjà détentrice de terres de l’État ne peut bénéficier d’un autre lopin de terre ». « Nous assistons ici à la braderie des terres publiques », soutiennent-ils.
Sollicité pour une réaction, Michael Momine, président du village, affirme être au courant de la situation. « Nous avons appris par les habitants de la région que des développements sont prévus sur la plage de Trou-aux-Biches », dit-il. Se montrant évasif sur la véritable nature des travaux de développement, il a toutefois fait comprendre que le Conseil du village compte prendre position contre d’éventuels travaux. M. Momine laisse entendre que le Conseil du village a souhaité avoir des détails de cet éventuel projet lors d’une réunion avec l’Assistant Chief Executive du District Council le 28 août. « Nous obtiendrons certainement plus d’informations d’ici la semaine prochaine. C’est un dossier que je surveille de près », a-t-il précisé.
Contacté, Subhas Seeruttun, le président de la Beach Authority (BA), a indiqué au Mauricien que son organisme n’était pas concerné par ce type de transaction. « Nous sommes la Beach Authority mais nous ne sommes pas concernés par l’allocation de terrain même s’ils se trouvent sur la plage », a-t-il lancé au Mauricien, refusant de répondre si son organisme est au courant d’une telle transaction.
Une réaction qui choque certains habitants de cette région qui s’interrogent sur le véritable rôle de la Beach Authority. Pointant du doigt le laxisme de cet organisme, la MSTB fustige l’incompétence de son directeur. Celui-ci revient sur les objectifs principaux de sa création : « La BA a pour but d’assurer the proper control and management of public beaches both in Mauritius and Rodrigues in making provisions for appropriate infrastructures and facilities for the benefit of the public ».
Bien que certaines personnes à l’instar du beach hawker Cyril Fangamar pensent que ce type de développement représente un avantage pour ceux qui fréquenteront la plage, les habitants regroupés au sein des forces vives de la région ne le voient pas sous cet oeil.
Rétrécissement de la plage
Pour le MSTB, ce développement menace à nouveau de rétrécir la plage publique. Durant ces quinze dernières années, avec les divers développements dans cette partie du pays, les habitants de Trou-aux-Biches ont assisté « impuissants » à la diminution de la plage publique. Avec l’installation de l’hôtel Trou-aux-Biches d’une part et la construction de bâtiments, notamment de la NCG ou du Fisheries Post de l’autre, l’espace dédié aux activités du public est désormais restreint, non seulement en termes de superficie mais également concernant l’accès au lagon. La plage qui s’étend désormais en large ne dispose que de quelques mètres de sable, actuellement occupés par des transats. « Ce qui empêche les familles mauriciennes de profiter de la plage puisqu’ils n’ont pas le droit de déranger les touristes qui les louent », explique un habitant de cette région. Vivian Marie-Jeanne, membre des forces vives, lance : « Si tou lotel pran laplaz piblik pou zot, kot nou pou al fer piknik ? » Le reste de la plage est occupé par les aires de stationnements et quelques kiosques, une superficie limitée pour les familles qui souhaitent y faire un pique-nique. Ce sont toutes les restrictions sur cette partie de la plage qui découragent de nombreuses familles de cette région à venir y passer la journée. Selon Jackie Alexandre, vice-président du MSTB, l’implantation de diverses structures sur cette partie de la plage donne l’impression que les autorités souhaitent que les Mauriciens désertent les plages du pays. « Avant, c’était un plaisir de venir à la plage. Les parents pouvaient surveiller les enfants qui jouaient sur la plage. Désormais ce n’est plus possible », déplore Cyril Fangamar. Le MSTB fustige également l’exiguïté du périmètre défini dans le lagon pour les baignades, le reste étant attribué à l’amarrage des bateaux de plaisanciers.
Lutte contre les commerces
Le MSTB, déplorant l’incompétence des institutions concernées, souhaite que les autorités préconisent de nouveaux règlements quant aux permis délivrés aux commerçants qui souhaitent écouler leurs produits sur les plages publiques. Pour notre interlocuteur, il est souhaitable que tous les commerces soient situés à au moins 150 mètres des plages afin de ne pas les rendre encore plus exiguës. C’est pourquoi le MSTB s’élève vivement contre la livraison de permis à d’autres opérateurs. Il propose que les marchands de nourriture travaillant dans des roulottes sur cette plage soient déplacés dans le premier espace à l’entrée de la plage publique. « Li lwin avek laplaz, li pou donn plas piblik pou relax in pe », soutient M. Alexandre.
Les forces vives ne comptent pas baisser les bras. Des manifestations ainsi que des meetings sont prévus si jamais les projets se concrétisent sur cette partie de la plage.
Nous n’avons pu avoir d’informations supplémentaires du ministère des Terres et du Logement.