Dans le cadre de la commémoration des 20 ans de l’implantation du Global Environment Facility –  Small Grants Programme (GEF-SGP) à Maurice, les animateurs d’ELI Africa font état du succès de leur projet de culture de coraux à Trou-aux-Biches, qu’ils ont réalisé en collaboration avec le GEF-SGP et le Mauritius Oceanography Institute. ELI Africa est une organisation fondée en 2009 qui s’est donnée pour mission de promouvoir l’éducation des enfants défavorisés à Maurice.
« Nous avons cultivé “in situ” sur un site dans le lagon de Trou-aux-Biches (TAB) 7 500 fragments de coraux que nous avons amenés à maturité et nous en avons transplanté avec succès 5 795 de ces fragments dans le cadre d’un projet de restauration du récif corallien dégradé à Trou-aux-Biches », se félicite Nadeem Nazurally, le responsable de ce projet à ELI Africa (EA). Élaborant sur les impacts de la dégradation des récifs coralliens, Nadeem Nazurally, explique que ceux-ci jouent un rôle critique dans la croissance et la stabilité des écosystèmes aquatiques locaux qui sont, rappelle-t-il, les habitats d’une vaste gamme d’espèces de la biodiversité marine. À leur tour, ces habitats sont les moteurs même du bien-être socio-économique de ceux qui en dépendent. « À Maurice, des récifs coralliens sains contribuent significativement au tourisme, à la pêche et à la protection du littoral, tous trois étant des éléments vitaux pour la prospérité du pays. Ainsi, les récifs contribuent plus de USD 700 millions de revenus annuellement à travers le tourisme et la pêche, et le coût à payer pour remplacer ces récifs pour la protection côtière se chiffrerait à environ USD 1,5 milliard, somme que Maurice ne pourra jamais pouvoir payer ! », explique-t-il.
Selon des chercheurs, poursuit notre interlocuteur, les lagons du Maurice sont considérés comme étant environnementalement sensibles à cause de la vulnérabilité des récifs coralliens, des herbes marines et des lits d’algues. «À Maurice, les récifs se sont dégradés très sérieusement à cause des blanchiments récurrents causés par le changement climatique. C’est comme ça que ces dernières années, certains récifs de nos lagons ont perdu plus de 50 à 60% de leur couverture corallienne vivante. Si cette perte n’est pas stoppée et même renversée, la survie des industries mauriciennes et la subsistance des citoyens qui en dépendent seront en danger ! » s’alarme-t-il.
Face à ces dangers, ajoute le responsable de projet, EA a décidé, en 2012, de construire des pépinières de coraux afin de cultiver des fragments de coraux pour faciliter la croissance et l’expansion de la couverture corallienne des endroits à risques de Maurice, plus particulièrement dans les parties les plus profondes du lagon de TAB. « Un site a été identifié par le Mauritius Oceanography Institute (MOI) suivant des critères scientifiques ! » précise-t-il.
Pour justifier le choix de cette station balnéaire du Nord-Ouest de Maurice, Nadeem Nazurally explique que TAB est non seulement une destination touristique populaire, dont les revenus dérivent des activités d’écotourisme – comme la plongée sous-marine –, mais il y a également une population importante de pêcheurs artisanaux et de restaurants qui dépendent, pour leurs menus, des produits frais de la pêche. « TAB était l’endroit idéal pour mettre en oeuvre ce projet de restauration communautaire des récifs coralliens. Établir dans ce lagon nos pépinières de coraux était crucial pour, d’une part, promouvoir une pêche durable et un écosystème marin sain, et, d’autre part, pour augmenter la couverture corallienne comme un puis de carbone, protéger la biodiversité locale et soutenir et améliorer l’économie et la subsistance économique locales. Car EA voulait également que la communauté locale – dont une grande partie dépende des récifs – ait une sécurité économique et alimentaire pour l’avenir », élabore-t-il.
C’est ainsi que le projet a été approuvé en novembre par le GEF-SGP 2012 et a débuté en janvier 2013. « La GEF-SGP a financé le projet. EA a pris la responsabilité de conscientiser la communauté de TAB et d’en assurer leur implication, tandis que la MOI s’occupait des aspects techniques et scientifiques ainsi que le suivi du projet », indique notre interlocuteur. « Impliquer la communauté locale dans la conception, la mise en oeuvre, le suivi et l’évaluation était crucial pour la réussite du projet. Il fallait que la communauté s’approprie ce projet. C’est ce qui explique pourquoi nous n’avons eu à regretter aucun cas de vandalisme ni de destruction des pépinières. Ayant compris l’importance du projet, les pêcheurs travaillaient à côté du site, jamais “dans” le site », se réjouit Nadeem Nazurally.
Une fois les structures des pépinières (en tuyaux PVC attachés par des cordes), avance notre interlocuteur, les fragments de coraux y étaient collés pour leur repousse. « Les repousses étaient inspectées, nettoyées et les parasites retirés régulièrement par les volontaires EA ou ceux d’autres partenaires », explique-t-il. « On a estimé que 10 000 coraux réclamaient environ 30 heures de nettoyages par mois par deux personnes. En outre, les volontaires nettoyaient chaque corail et fragment individuellement tous les 6 mois », ajoute-t-il, pour démontrer l’ampleur de ce travail de restauration.
« À travers ce travail de culture de corail avec le GEF-SGP et le MOI, nous voulions protéger et rehausser le bien-être socio-économique de la communauté de TAB en restaurant la santé et la biodiversité des écosystèmes marins locaux. Nous souhaitons maintenant utiliser ce projet pour démontrer aux autres résidents de TAB et à nos élèves d’ELI Africa la valeur de leur environnement marin ! » conclut Nadeem Nazurally.