Tous les jours, le village côtier de Trou d’Eau Douce est pris d’assaut par les tour-opérateurs ou les Mauriciens comme point de départ pour l’île aux Cerfs ou la cascade Grande Rivière Sud-Est. Le temps d’une journée, Scope a choisi de découvrir l’autre facette de ce village, à travers le regard et le vécu de quelques habitants. Tout en étant fiers des développements et des progrès rendus possibles grâce aux touristes, ces habitants veulent préserver le côté pittoresque de leur village et bâtir un avenir meilleur pour la jeune génération.
À peine arrivé à Trou d’Eau Douce, sur la route en direction de Bramstan, Scope repère un homme d’un âge très avancé, assis en haut d’un flanc rocheux, devant un bric-à-brac en tôle. Sur place, on répare et construit des pirogues en bois. Ti Lizé (c’est ainsi qu’il se fait appeler dans le village) est toujours actif à 80 ans. De son vrai nom Edouard Elizé Didier, il est le propriétaire d’un des derniers chantiers de ce genre, à Montagne Bastille. Il ne sait plus depuis quand il exerce le métier de charpentier de marine, que son père et son grand-père lui ont appris. Il laisse peu à peu la relève à son fils, Mico Didier. Avec un regard plein de tendresse, ce dernier raconte : “Tou lezour li la. Mem si li vie, li ankor met lame dan reparasion ek konstriksion bato. Li bien koni dan landrwa. Li dan bann dernie ki ankor fer sa metie la. Monn aprann boukou ar li. Li ena boukou lide ek linn fer boukou pirog dan so lavi.”
Cette première rencontre résume l’accueil chaleureux et la gentillesse extraordinaire des habitants de ce village de l’Est. Une certaine fierté peut se lire sur le visage de Ti Lizé. Ses mains sont marquées par des années de dur labeur, de rabotage et d’assemblage du bois. Il est conscient que ce métier risque de disparaître à jamais. “Li pa enn metie fasil. Li demann boukou kouraz ek lafors. Bann zenn pa pou le fer sa. Zot prefer metie dan biro ou dan lotel. Li domaz : nou vilaz pe perdi enn parti so kiltir.”