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Jouera-t-il la carte du rassemblement ou soufflera-t-il sur les braises de la discorde? Donald Trump prononce mardi soir son traditionnel discours sur l’état de l’Union face à un Congrès divisé comme jamais par son procès en destitution.

Le président américain aurait voulu se présenter blanchi devant les parlementaires, réunis au grand complet pour ce grand rendez-vous politique, au cours duquel les élus baissent d’ordinaire les armes pour se concentrer sur les chantiers de l’année.

Il devra toutefois attendre mercredi pour être, selon toute vraisemblance, acquitté des chefs d’abus de pouvoir et d’entrave à la bonne marche du Congrès retenus le 18 décembre par la majorité démocrate de la Chambre des représentants.

La Constitution impose en effet une majorité des deux tiers (67 sièges sur 100) pour le déclarer coupable, mais il peut compter sur le soutien sans faille des 53 sénateurs républicains.

S’il ne peut pas crier victoire sur ce front dès mardi soir, Donald Trump devrait en revanche profiter de cette grand-messe pour vanter son bilan économique à moins de 300 jours de la prochaine présidentielle.

Le discours, prévu à partir de 21H00 (02H00 GMT mercredi) « aura un ton très optimiste », a déclaré à la presse un haut responsable du gouvernement sous couvert d’anonymat.

Le président, qui brigue un second mandat, doit notamment revenir sur le « boom des cols bleus » et vanter son bilan en matière migratoire, a précisé cette source, sans pouvoir dire si Donald Trump évoquerait le procès qui assombrit sa campagne.

– « Frontal » –

Le sénateur républicain Roy Blunt a estimé dans les pages du New York Times que le tempétueux président devrait se garder d’en parler. « C’est une occasion pour aller de l’avant », a-t-il plaidé.

En 1999, le président démocrate Bill Clinton, jugé au Sénat pour avoir menti sur sa liaison avec la stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinsky, avait fait profil bas dans son discours sur l’état de l’Union.

Mais, de l’aveu même de M. Blunt, Donald Trump est « plutôt du genre à adopter une position frontale ».

Il pourrait donc se déchaîner sur les parlementaires démocrates qui l’accusent d’avoir essayé de forcer l’Ukraine à « salir » son possible adversaire à la présidentielle Joe Biden, notamment en gelant une aide militaire cruciale pour ce pays en guerre.

Depuis que le scandale a éclaté, l’hôte de la Maison Blanche se dit victime d’un « coup monté » orchestré par ses opposants pour l’empêcher de figurer sur les bulletins de vote.

Lundi encore, il a dénoncé sur Twitter une « mascarade » ourdie par « les démocrates-qui-ne-font-rien ».

Les élus de l’opposition l’écouteront-ils d’une oreille attentive mardi soir ou manifesteront-ils leur désaccord? L’an dernier, leur chef à la Chambre, Nancy Pelosi, assise légèrement au-dessus et dans le dos du président, avait surjoué ses applaudissements pour marquer sa différence.

– « Pas de boussole » –

Avant de se retrouver chez leurs confrères et consoeurs de la Chambre, les sénateurs défileront toute la journée dans leur hémicycle pour expliquer comment ils entendent voter lors du verdict. A cette occasion, les démocrates devraient étaler leurs griefs contre le président.

Lors de son réquisitoire lundi, l’élu démocrate Adam Schiff, qui a fait office de procureur en chef au procès, a estimé que l’ancien homme d’affaires n’avait « pas de boussole morale ». « La vérité lui importe peu, le bien encore moins et la décence pas du tout », a-t-il assené.

Les avocats du président ont estimé qu’il n’avait « rien fait de mal » et ont appelé les sénateurs à le déclarer non coupable.

Une fois cette page sombre tournée, Donald Trump pourra se tourner résolument vers sa campagne de réélection, à l’heure où les démocrates cherchent encore leur candidat.

Après les premiers votes de la primaire lundi dans l’Iowa, la course se poursuivra dans une semaine dans le New Hampshire. Plusieurs candidats, dont les sénateurs Bernie Sanders, Elizabeth Warren et Amy Klobuchar, seront dans l’audience mardi.

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