En reconnaissant la ville de Jérusalem comme la capitale d’Israël, Donald Trump donne un magistral coup de poignard au processus de paix au Proche-Orient. Mais il ne faut pas se leurrer. Sur ce dossier, les Palestiniens ont toujours été menés en bateau par la Maison-Blanche. C’est effectivement l’absence d’une relation équidistante de Washington à l’égard de deux parties concernées qui constitue l’obstacle majeur à l’établissement d’une paix durable dans la région.

Barack Obama, dont l’arrivée aux affaires en janvier 2009 était perçue comme une lueur d’espoir, avait pourtant affirmé dans son discours d’investiture qu’il « ne se détournerait pas des aspirations légitimes du peuple palestinien pour la dignité et la stabilité dans un État libre et indépendant ». État qui, toujours selon l’ex-président américain, serait établi sur la base des lignes d’armistice après un retrait graduel mais complet des forces israéliennes des territoires occupés après la guerre des Six Jours. Or, le naturel revenant toujours au galop, la vague d’espérance soulevée s’était promptement dissipée dans l’échec des négociations relancées en septembre 2010 à la Maison-Blanche après qu’Israël a refusé de prolonger le gel de la colonisation juive en Cisjordanie, une condition cautionnée d’ailleurs par Washington.

Ce qui fit Mahmoud Abbas sortir de ses gonds et l’incita à changer son fusil d’épaule. Ainsi, en décidant en septembre 2011 de soumettre la destinée du peuple palestinien entre les mains de l’Assemblée générale et du Conseil de Sécurité pour la reconnaissance de son pays comme membre à part entière de l’ONU, il se voyait alors contraint de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Mais c’était sans compter sur la réaction abrupte de Washington qui ne s’était pas fait prier pour brandir la menace de son veto arguant que cette démarche du président de l’Autorité palestinienne constituait « une diversion qui ne résoudrait en aucun cas la crise israélo-palestinienne ».

Dans la politique de la Maison-Blanche par rapport au Proche-Orient, il ne faut surtout pas perdre de vue le puissant lobby juif, l’AIPAC, qui exerce une influence significative non seulement sur les élections présidentielles mais également sur l’orientation de la politique générale de l’administration américaine. C’est pourquoi tous les présidents des États-Unis, depuis le démocrate Harry S. Truman qui avait salué l’indépendance proclamée unilatéralement par Israël en 1948, occupant 77% du territoire de la Palestine au républicain Donald Trump, ont démontré leur soutien indéfectible à l’État hébreu.

                       Le président Donald Trump était devant le Mur des Lamentations

Au-delà des apparences, Barack Obama avait même persuadé le Congrès d’approuver une donation de USD 205 millions à Israël pour la construction d’un système de défense des missiles à courte portée pour le protéger des roquettes tirées de la bande de Gaza et du Sud Liban. En outre, les États-Unis ont apposé leur veto à pas moins d’une quarantaine de résolutions du Conseil de Sécurité condamnant l’État hébreu pour des activités viles et répréhensibles contre le peuple palestinien.

C’est pourquoi des décennies de pourparlers n’ont jamais pu suffire pour aborder de front les questions de fond : les résolutions 242 et 338 de l’ONU appelant le retrait israélien des territoires occupés en 1967, la délimitation des frontières de l’État palestinien, les colonies juives, les réfugiés, le statut de Jérusalem, entre autres. Et la déclaration de Donald Trump, sans négociation aucune, proclamant la ville sainte capitale d’Israël – déclaration que son secrétaire d’État, Rex Tillerson, avait vainement tenté de tempérer le lendemain à Paris en affirmant que le statut de Jérusalem dépendra finalement des pourparlers entre Juifs et Palestiniens eux-mêmes – fut immédiatement suivie d’une éruption de violence dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et dans de nombreux pays arabo-musulmans. Ferait-il finalement amende honorable avant qu’il ne soit trop tard ?

DIPLAL MAROAM