Chère Ameenah,
Je ne me sens pas irrespectueuse de m’adresser à vous sur ce ton qui ne se veut nullement familier. Vous avez été à d’autres stades de votre vie, une citoyenne ordinaire, une femme tout simplement ; sans doute, une étudiante bosseuse jusqu’à être reconnue comme scientifique de haute facture. Vous avez dû vous battre dans un monde professionnel où souvent l’éclat, les idées innovantes, bref les « têtes qui dépassent » dérangent, surtout quand on est femme !
Envers et contre tout et tous, vous avez atteint la position que vous tenez aujourd’hui.
La photo ci-dessus que je partage avec vous représente l’image même de l’achèvement personnel. Celui qui s’acquiert dans la dignité, libérant de l’assistanat stérile pour atteindre une forme de liberté.
Cette femme, qui s’appelle peut-être Tiwonge, Lea ou Ameenah, vit quelque part au Malawi. Elle est peut-être une maman qui a dû sans doute lutter pour nourrir ses gamins…bref une citoyenne ordinaire à qui des gens tout aussi ordinaires ou une organisation bien intentionnée auront donné les moyens de « vivre autrement ».
Ici, chez nous, qu’en est-il ? J’ai vu de mes propres yeux ahuris, ces composteurs gracieusement distribués par nos responsables, finir en poubelles à déchets ou dépôt de bouteilles vides, dans plusieurs cas. Ce n’est certes pas une formation occasionnelle qui fait des bénéficiaires de composteurs, des  jardiniers passionnés, ceux qui retirent des bienfaits du jardinage, le bonheur de mettre en terre, voir pousser, bichonner, récolter pour ensuite nourrir les leurs et partager avec leurs voisins et familles.
Chaque agglomération résidentielle, chaque village, chaque cité pourrait abriter des jardins communautaires organisés par des gens de l’endroit. Des légumes bien sûr mais aussi des plantes aromatiques ET médicinales – à usage familial.
 Les produits pourraient être vendus sur place ou échangés – tu me donnes des carottes et je te refile mes haricots…
Par où commence-t-on ? Il ne s’agit que d’une réelle volonté politique, pas celle qui vise à obtenir des voix ou de la notoriété flatteuse ; d’une sincère conviction que se prendre en main dans sa famille, dans son espace communautaire, relève du soutien mutuel, essentiel à l’amélioration du « vivre en groupe ».
Pour information, chère Ameenah, je ne suis pas une « écolo-super bio-naturo » en addiction pathologique, mais juste une citoyenne ordinaire qui a vu ailleurs l’agriculture raisonnable devenir source de bienfaits inestimables.
Pour tout vous avouer, je cherche une « catalyseuse » de projet.
Une femme de préférence ?  Encore mieux si elle est passionnée de plantes. Si d’aventure elle est concernée par la famille et ses besoins vitaux, cette personne devra être capable de mobiliser les acteurs nécessaires mais aussi les décideurs.
Madame la Présidente, mobiliser les personnes-ressources pour ce genre de projet n’est pas impossible, mais conscientiser nos responsables gouvernementaux en ce sens relève d’un exercice acrobatique hallucinant. Le ‘pa moi ki okip sa’ fait office de mur infranchissable.
Alors que les terrains en friche, dont les propriétaires sont à l’étranger depuis 40 ans, existent bel et bien dans toutes les régions de l’île ; alors qu’il y a des personnes qui sont plus que disposées à donner de leur savoir-faire et de leur énergie ; alors que nous disposons d’un organisme public pour promouvoir l’agriculture, cela devient une question d’y croire.
 Ce ne sont pas des ingrédients qui manquent mais bien de la recette, de l’alchimie qui fera prendre la mayonnaise.
C’est vrai que cela demande de bousculer tant soit peu les énergies de ceux qui, bien calés dans leur confortable situation, n’ont aucune envie de se réveiller. Mais vous avez, je pense, la ténacité nécessaire pour y parvenir.
Dans l’état actuel des choses, dans la position que vous occupez, si votre tête dépassait encore un peu, ce serait sans conséquences fâcheuses…. Enfin, je pense.