Image d'illustration Source Internet
  • La multinationale prévoit le prélèvement d’une commission de 25% pour les taxis opérant dans son réseau
  • Une première manifestation prévue le 18 octobre

Les négociations en marge de l’arrivée d’Uber dans le circuit des taxis à Maurice avancent à grands pas. Après des consultations avec les autorités, les représentants de cette société internationale ont rencontré les associations de chauffeurs de taxi cette semaine. Ceux qui y étaient se disent peu convaincus des propositions qui ont été présentées. Il est prévu notamment que la compagnie applique le prelèvementd ‘une commission de 25% pour les taxis opérant dans son réseau.

S’ils avaient des doutes, ils sont confirmés. Uber ne sera pas « dans l’avantage des chauffeurs de taxi », comme affirment les autorités, mais leur causera «bien des ennuis ». Tel est l’avis de Raffick Bahadoor, de la Taxi Propietors Union, qui a eu une réunion avec les représentants de la multinationale dans le courant de cette semaine. Alors que d’autres fédérations de taxi ont refusé l’invitation, Raffick Bahadoor dit s’y être rendu pour obtenir les explications « noir sur blanc ».

Le document remis à cette occasion revèle, entre autres, qu’une commission de 25% sera appliquée pour les taxis opérant dans le réseau. Une condition que rejette Raffick Bahadoor. « On a mentionné 25%, mais nous ne savons pas encore comment cela s’appliquera. Si c’est nous qui devons déduire de notre tarif ou si ce sera le client qui paiera. » 

De toutes les façons, le président de la Taxi Proprietors Union conteste l’implantation d’Uber à Maurice. « On a peut-être mis des règlements, mais c’est une multinationale. Qui va la contrôler ? La NTA ? Le ministre du Transport que nous avons actuellement ? On nous a dit que nous aurons plus d’argent, mais sous quelles conditions ? »

Raffick Bahadoor fait remarquer que contrairement aux grandes villes où Uber opère, Maurice est une petite île comptant 1,2 million d’habitants. « Comment va-t-on départager le marché avec Uber, le métro, les vans et les taxis marron ? » se demande-t-il. Il affirme que de nos jours, la plupart des chauffeurs de taxi en ville travaillent autant avec des bureaux qu’avec des particuliers. « Or, ils ont dit qu’ils proposeront des contrats aux entreprises. Ce qui veut dire que demain, il ne nous restera plus rien. »

Il ajoute que Maurice a également sa spécificité, la moitié du pays étant en zone rurale, où les activités s’arrêtent vers 18h-18h30. Qui plus est, le système est tel que chaque taxi a sa base d’opération. Raffick Bahadoor est d’avis que même les tour-opérateurs seront affectés par l’arrivée d’Uber. Il est prévu que les opérations de la multinationale débutent incessamment. Le recrutement des cadres se fait d’ailleurs en ce moment. « Nous avons objecté à ce que le réseau comprenne des “private cars”. Mais si demain ils décident de le faire, qui pourra les arrêter ? »

La Taxi Proprietors Union tiendra une réunion avec le ministre du Tourisme, Anil Gayan, la semaine prochaine. « C’est le seul ministre qui nous a écoutés jusqu’ici. Ni Yogida Sawmynaden, qui soutient le projet, ni Nando Bodha, ministre du Transport, n’a voulu discuter avec nous. » Du côté de la Federation of Hotels and Taxis Associations, on est remonté contre Anil Gayan. Yash Murrakhun, le président, rappelle que ce dernier avait promis la création d’un site internet pour les taxis, mais que rien n’a été fait. « Au contraire, on vient aujourd’hui nous imposer Uber. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas accepté de rencontrer les représentants d’Uber. Car pour nous, ce sont nos élus qui nous doivent des comptes. Pas les multinationales. »

La FHTA prévoit une manifestation devant le ministère du Tourisme le 18 octobre. « J’invite toutes les associations concernées à se joindre à nous. » La fédération prévoit une autre action « d’envergure » si la situation n’évolue pas. Elle fait également ressortir qu’Uber étant une multinationale, l’argent généré de ses activités seront transférés à l’étranger. « L’économie mauricienne ne va pas en profiter. Après 50 ans d’indépendance, c’est un grand retour en arrière. C’est un virus qu’on est en train d’introduire dans notre économie. » Yash Murrakhun réclame également une enquête pour savoir pourquoi les recommandations du comité ministériel et du cabinet sur les taxis d’hôtels n’ont pas été appliquées jusqu’ici. Il se demande si « certains peuvent se permettre aujourd’hui d’outrepasser les directives » des autorités.

Rappelons qu’Uber fonctionne à travers une application mobile basée sur la géolocalisation des chauffeurs et des clients. La multinationale, fondée par deux jeunes entrepreneurs américains en 2008, est aujourd’hui présente à travers la planète, allant de New York à New Delhi en passant par Bruxelles, Sao Paulo, Paris et Londres, entre autres. On lui reproche souvent son développement « tentaculaire ». Il y a eu des protestations partout où elle s’est implantée.