Dans une évaluation des retombées du 4e « dialogue politique » entre Maurice et l’Union européenne (UE), qui s’est tenu en début de semaine au Maritim Hotel, à Balaclava, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international, Étienne Sinatambou, estime qu’un « partenariat fort entre l’UE et Maurice est plus nécessaire que jamais ». Selon  l’article 8 de l’accord de Cotonou, le « dialogue politique » entre les pays des ACP, dont Maurice fait partie, et de l’UE exige que les parties mènent, de façon régulière, un dialogue politique global, équilibré et approfondi conduisant à des engagements mutuels.
« Nous sommes dans un partenariat riche avec l’Union européenne (UE) et nous faisons face à des enjeux stratégiques partagés. Le contexte international conduit à penser qu’un partenariat fort entre l’UE et Maurice est plus nécessaire que jamais », a confié au Mauricien le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international Étienne Sinatambou dans une analyse des retombées du 4e « dialogue politique » entre Maurice et l’UE, qui s’est tenu en début de semaine au Maritim Hotel, à Balaclava. Le ministre s’est félicité du soutien bilatéral accordé par l’UE à Maurice dans le contexte de ce 4e dialogue politique, dans les domaines de l’éducation tertiaire, de la recherche et de l’innovation.
« Ensuite, les deux délégations ont souligné la qualité de leur partenariat et de leurs liens économiques et culturels. De plus, des questions d’intérêt commun, telles les accords de partenariat économique, la paix et la sécurité, la lutte contre le terrorisme, le combat contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance, ont fait partie intégrante des échanges entre les deux délégations », a indiqué Étienne Sinatambou. Les conséquences du changement climatique, les objectifs de développement durable et l’intégration économique régionale sont les autres sujets qui ont également été évoqués. « Par ailleurs, la participation de Maurice au sein du Switch Africa Green Programme a été positivement accueillie par l’UE, qui a fait savoir qu’elle continuera à soutenir nos efforts dans ce domaine », s’est encore félicité le ministre.
En effet, Maurice compte parmi les six pays africains pilotes choisis pour la mise en oeuvre du Switch Africa Green Programme, un programme conçu et financé par l’UE et dont l’objectif est d’aider ces pays africains à faire leur transition vers une économie verte. « Et finalement, l’UE a aussi annoncé que la paix, la sécurité et la stabilité dans la région figurent parmi ses priorités dans le cadre de la coopération régionale », a poursuivi Étienne Sinatambou.
De cette rencontre Maurice-UE en début de semaine, le ministre a rappelé que, conformément aux dispositions de l’article 8 de l’accord de Cotonou, le « dialogue politique » entre les pays ACP (Afrique, Caraïbe et Pacifique, dont Maurice fait partie) et l’UE exige que les parties se rencontrent, de façon régulière, pour mener un échange sur l’évolution politique, pour améliorer l’entente mutuelle et la coopération ou tout autre sujet d’intérêt mutuel dans nos relations bilatérales. « C’est ainsi que ce 4e dialogue politique a eu pour ambition de rationaliser et d’optimiser les performances de la coopération entre l’UE et Maurice en matière politique, et plus largement en matière de coopération au développement, ainsi que dans la promotion des échanges commerciaux entre Maurice et l’UE », a poursuivi notre interlocuteur.
Analysant l’état actuel de nos relations avec l’UE, Étienne Sinatambou estime que Maurice et l’UE « partagent de très bonnes relations ». Il élabore : « Maurice a bénéficié d’un soutien bilatéral conséquent de l’UE dans plusieurs domaines. L’UE est le partenaire de développement le plus important de Maurice et le seul partenaire fournissant un soutien budgétaire direct. Forte d’une population de 511 millions de personnes, l’UE demeure le marché le plus important de Maurice. Le maintien de l’accès au marché européen demeure par conséquent une priorité pour le gouvernement mauricien. »
Cependant, a poursuivi Étienne Sinatambou, tout n’est pas rose dans ces relations Maurice-UE : « Il y a un certain nombre de problèmes qui nous préoccupent », a-t-il lancé. Parmi ceux-ci, il a d’abord cité le “blacklisting” de Maurice par certains pays européens, c’est-à-dire l’inclusion de Maurice sur la liste de pays non coopératifs en matière d’échange de renseignements fiscaux et de transparence. Puis, les  difficultés liées à l’aboutissement des négociations portant sur un accord de Partenariat économique (APE) entre les pays de l’Afrique orientale et australe (ESA) et l’UE. La décision unilatérale de l’UE d’abolir le quota sucre d’ici 2017 est un autre sujet de grande préoccupation pour Maurice, a affirmé Étienne Sinatambou.
Les conséquences néfastes sur nos exportations de longes de thon vers le marché européen, qui sont liées à l’extension à des pays tiers du contingent tarifaire autonome sur certains produits de pêche, pour la période 2016-2018, constituent un autre défi que Maurice devrait pouvoir relever ensemble avec ses partenaires européens, estime le ministre. Abordant le thème de l’abolition du système de quota sur le sucre à partir de 2017, le ministre a estimé que cela entraînera une perte considérable représentant 600 millions d’euros entre la période 2017-2024. « Cependant, il est important de soutenir l’agriculture et l’industrie sucrière à Maurice pour la sécurité alimentaire et énergétique de notre pays, en sachant qu’un investissement de 300 millions d’euros sera nécessaire. Pour cela, Maurice a demandé à l’UE l’introduction d’un mécanisme de soutien financier afin de fournir une aide supplémentaire dans le secteur de l’industrie sucrière. De plus, Maurice a demandé à l’UE l’extension du programme de recherche sur le secteur de l’industrie sucrière au-delà de 2015 », a poursuivi Étienne Sinatambou.
Quoi qu’il en soit, a poursuivi notre interlocuteur, « les relations entre l’UE et le groupe des pays ACP sont à la croisée des chemins ». Et de conclure : « Au sein de l’UE, la réflexion est en cours sur l’après-Cotonou. Une large consultation a été lancée. Nous ne sommes qu’au début du processus et les positions doivent encore être arrêtées, mais il apparaît clairement que certains facteurs influeront l’architecture post-2020. »