« Hope for the best but prepare for the worst. » Tel est le sentiment qui prévaut actuellement dans le pays alors que le Judicial Committee du Privy Council – ultime instance à laquelle tous ceux qui ne sont pas satisfaits d’un jugement prononcé par notre Cour suprême peuvent avoir recours – s’apprête à entendre l’appel interjeté par le DPP contre le jugement de la Cour suprême, qui avait exonéré Pravind Jugnauth de tout blâme dans l’affaire MedPoint après qu’il ait été condamné par la Cour intermédiaire. La coïncidence a voulu que le même sentiment prévaudra au Parlement britannique, qui doit se prononcer ce jour-là sur l’accord technique fixant les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, présentées par la Première ministre britannique, Theresa May.

À Maurice, le chef du gouvernement affiche la confiance et refuse de laisser transparaître la moindre appréhension concernant le jugement qui pourrait être prononcé par les Law Lords. Il continue ses activités “as usual”, comme cela a été le cas cette semaine, et prépare sa prochaine visite en Inde, prévue le 21 janvier. Il sera à cette occasion l’invité d’honneur du Premier ministre indien au Pravassi Bharatiya Divas, qui aura lieu cette année à Varanasi, dans l’Uttar Pradesh, et devrait également participer au Republic Day à Delhi le 26 janvier. Cette visite est d’autant plus importante qu’elle pourrait être marquée par la signature de l’accord de coopération économique et de partenariat,  l’équivalent d’un accord historique de libre-échange, avec l’Inde.

À la lumière de la session de travail qu’a eue cette semaine le nouveau haut-commissaire indien avec le ministre mauricien des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, il semblerait qu’il existe encore quelques problèmes à résoudre. Mais tout le monde sait que tenant en compte la qualité des relations entretenues entre Delhi et Port-Louis, certains problèmes sont souvent résolus au niveau politique, en particulier entre les chefs de gouvernement de nos deux pays. Donc, il n’y a pas trop de souci à se faire à ce sujet. Il pourra toujours se flatter par la suite d’avoir porté le partenariat indo-mauricien à un niveau encore plus haut. Reste toutefois à savoir s’il pourra, comme il l’avait laissé entendre, obtenir une extension de la période de transition avant l’entrée en vigueur des amendements apportés au traité de non-double imposition, qui a affecté les activités du secteur des services financiers à Maurice.

Mais tout ceci n’empêche pas les travaux du Judicial Committee du Privy Council, qui auront lieu à Londres mardi, de garder tout le pays en haleine. Quel que soit le jugement prononcé par les Law Lords, le dossier MedPoint fera date dans les annales de l’histoire politique et judiciaire du pays. Il constitue une épée de Damoclès sur la tête du Premier ministre et l’issue de cette affaire sera capitale pour son avenir politique. Pravind Jugnauth a déjà payé le prix fort pour avoir été obligé de démissionner de ses fonctions ministérielles entre la condamnation de la Cour intermédiaire et son acquittement par la Cour suprême. Cette affaire continue d’être son talon d’Achille en politique. Les partis de l’opposition n’hésitent pas à en faire leurs choux gras. Le leader du MMM affirmait d’ailleurs récemment que c’est la première fois qu’un Premier ministre en fonction du Commonwealth se retrouvait devant le Judicial Committee du Privy Council.

À l’instar du ministre mentor, les membres du gouvernement, eux, affichent l’optimisme quant à l’issue de l’affaire. Bien que comme le faisait ressortir cette semaine Shakeel Mohamed, une éventuelle victoire serait entachée par des manœuvres peu louable de l’ICAC, dont la volte-face a largement été commentée dans la presse cette semaine et qui devrait l’être à nouveau par les différents leaders politiques durant le week-end.

La fête de Makar Sankranti, fête des moissons, marque normalement le début d’une période de bon augure dans la culture indienne. Reste à savoir si elle en sera de même pour les principaux concernés. Happy Sankranti à tous les Mauriciens de foi hindoue.

Jean Marc Poche