Comme il fallait s’y attendre, le budget 2019-2020 présenté cette semaine est dans la norme de ceux généralement présentés en fin de législature avant que le gouvernement n’aille affronter le verdict des urnes. Une flopée de mesures populaires touchant en gros l’éventail de la population la moins bien lotie, avec une pointe marquée sur des électorats cibles comme les fonctionnaires et les personnes âgées en particulier. Pour le reste, c’est de l’ingénierie financière pour trouver des équilibres qui sont, en fait, bien instables, au point de fragiliser la Banque centrale, mais nous laissons le soin aux spécialistes de donner leur avis sur la question.

Par contre, ce qui était moins attendu, c’est le long volet associé aux courses de chevaux, leurs réglementations et le monde des paris mauriciens. On pensait vraiment que le gouvernement avait des priorités plus impérieuses, mais il apparaît que pour les magnats du monde du pari qui arpentent les arcannes du pouvoir, il y avait urgence en la matière parce qu’ils ont obtenu ce qu’ils voulaient depuis le début de l’année : la tête des bookmakers off-course et un pas supplémentaire vers la mise à mort du Mauritus Turf Club (MTC), en train de devenir une succursale de la Gambling Regulatory Authority (GRA), menée par des nominés politiques animés d’intentions interventionnistes à outrance.

Comme attendu et promis par un potentat de la GRA, la triple victoire des bookmakers off-course en Cour suprême contre la décision scélérate et unilatérale de la GRA de leur interdire de continuer leurs activités hors du Champ de Mars sera annulée dans les jours qui viennent par un amendement à la GRA Act abrogeant « les articles relatifs aux licences des bookmakers menant des cotes fixes sur des courses locales en dehors de l’hippodrome » et « modifier la troisième annexe de la loi GRA afin de retirer les licences de bookmaker à une cote fixe en pariant sur des courses locales en dehors de l’hippodrome ».

D’un trait de plume, sur la base de la bien commode mais vague affirmation, puisque sans preuve aucune jusqu’ici, que cette activité de betting est source d’Anti Money Laundering (AML) — ce qui est fort possible, mais pas plus ni moins que les autres activités de betting et de gaming —, le gouvernement retourne un jugement en sa défaveur en modifiant la loi. Non seulement ce n’est pas fair-play, mais c’est un véritable coup de canif dans l’esprit même d’une démocratie. Et cela est extrêmement inquiétant pour l’avenir du judicaire dans ce pays… Botter les bookmakers hors de leurs bases d’opération en dehors du Champ de Mars ouvre la voie royale à la conquête des Rs 27 milllions du turnover hebdomadaire que les des bookmakers off-course généraient jusque-là et qui étaient sous le contrôle stricte des serveurs de la Mauritius Revenue Authority (MRA).

Il faut se rendre à l’évidence. Ces changements annoncés dans le discours du budget — par le pur des hasards sans doute, comment voulez-vous que ce soit autement — favorise largement un groupe d’organisateurs de paris proches du pouvoir. L’objectif est de s’approprier cette manne. D’abord, par ces machines à sous, les Limited Paying Machines (LPM), qui sont installées peu à peu à travers l’île — elles sont déjà plus de 60 dans 12 des facility centers et devraient atteindre les 500 à terme — qui se trouvent dans les 650 facillity centers, où trônent également les sweepstakes operators, les agents de foreign and local pool promoters, qui ne sont eux pas connectés au serveur de la MRA et qui bénéficient en termes de licences et de taxation d’un taux extrêmement favorable par rapport à la concurrence. Ils bénéficient même, ce qui est confirmé par les nouvelles dispositions de la loi, de l’exemption de l’obligation de contrôle de police pour l’obtention d’une licence contrairement aux autres compétiteurs.

Cette affirmation qu’il y ait un favoritisme évident dans le monde des paris est confirmée par un rapport sur le cash-less betting effectué pour le compte de la GRA en février dernier, mais dont les éléments incriminants son restés dans les tiroirs pour des raisons évidentes : « To an external observer there is a perception that the current system appears to favour specific activities over others. » Il existe selon ce rapport une disparité entre les coûts d’exploitation et les opportunités commerciales par type d’activité de licence. Le rapport démontre clairement que les facility centers, les foreign pool promoters et les LPM operators bénéficient d’une licence plus faible, d’une faible taxation et d’un plus grand nombre d’outlets. Ce rapport explique que c’est justement ce type d’activité qui engendre le plus grand risque pour le money laundering, beaucoup plus que les bookmakers, dont le niveau de risque de détournement de fonds est considéré dans la fourchette faible à moyen… En tout cas, les conclusions de ce rapport montrent que les mesures budgétaires ne sont pas « on target » pour la lutte contre le détournement de fonds et que c’est le favoritisme qui prime.

Le deuxième objectif de ces amendements est l’étatisation des courses, car à chaque évolution de la GRA Act, les pouvoirs de la GRA se sont étendus au détriment du MTC et cette fois, le mouvement est encore plus important et rend tout recours à la cour pratiquement impossible vu que le Parlement va donner force de loi aux directives, au comité d’appel, à l’obligation du MTC de chercher l’approbation de la GRA, de faire preuve de fair-play dans l’attribution du programme officiel à la presse et de traiter tous les licenciés de la GRA sur un pied d’égalité. On ne sait si c’est pour se donner bonne conscience que la GRA a accédé à la demande du MTC d’avoir une neuvième épreuve à son programme cette semaine, mais l’organisme montre par là même son inconstance puisque les directives qui auront force de loi sous peu interdisent pour l’instant plus de huit courses par journée.

En tout cas, la marge de manœuvre du MTC se rétrécit comme une peau de chagrin et il ne peut que s’en prendre à lui-même de n’avoir pas, dès les prémisses des velléités de phagocytage de la part de la GRA, cherché le redressement judiciaire approprié. Cela dit, cette ingérence dans les affaires d’un club privé, quoi qu’un volet de son activité soit du domaine public, est un autre élément d’inquiétude grandissant dans le cadre d’un pays qui se dit démocratique.

Il y a une mesure qui a dû faire sourire ceux qui fréquentent assidûment le Champ de Mars, c’est celle de permettre à un officier de la GRA ou à un inspecteur de la Police des Jeux de placer des paris au cours d’une enquête afin de réunir des preuves requises. Cette permission est un joke pusique cet acte est régulièrement réalisé par des policiers en uniforme chaque semaine. Dommage qu’ils n’aient pas jusqu’ici trouvé les preuves nécessaires de maldonne, car ils auraient pu eux-mêmes se retrouver dans une situation fort embarrassante !