Imaginez le Mauritius Turf Club (MTC) organisant une neuvième course, malgré une interdiction formelle de la Gambling Regulatory Authority (GRA). Quel scandale ! Quel crime de lèse-majesté ! Le président du MTC et son CEO auraient été convoqués comme de vulgaires criminels et sommés d’annuler une épreuve, évidemment là où la protected stable de la GRA n’aurait aucune chance. Ensuite, les dirigeants du club auraient eu à expliquer pourquoi le MTC ne devrait pas être sanctionné d’une forte amende pour cet acte gravissime de désobéissance civile.

Il ne faut écarter que les lumières déclarées de la GRA aillent aussi loin dans la foulée de prononcer une réduction du nombre de journées comme punition et pourquoi pas initier un procès pour avoir osé bafouer la réglementation. Évidemment, la grande majorité des médias, friands des malheurs du MTC et caressant dans le sens du poil les pouvoiristes, auraient accouru aux trousses du plus important des board members mauriciens pour lui demander son avis. Et on aurait appris : « Ki zot kroire, ki nou ankor lépok kolonial ? Zot fer séki zot anvi. Pou le moman, nou pé aplik zis 10% nou prérogativ. Si bizin nou a pran kontrol MTC ek redonn lékours so lettre de noblesse. »

Pourtant, ceux qui ont ne serait-ce que 10% de jugeote et une connaissance minimum de l’hippisme auraient compris qu’augmenter le nombre de courses par journée ces derniers temps est d’une nécessité absolue, car le nombre de chevaux inscrits aux entrées, donc aptes à courir, se multiplie. Et huit courses ne suffisent pas à satisfaire cette demande qui dépasse l’offre bloquée de la GRA. Bloquée sur la base d’une board decision digne de l’Union soviétique de Staline. Bloquée sur une obsession maladive à exprimer son autorité à tout prix. Même à celui de la bêtise humaine qui, comme le dit Henry de Montherlant, consiste à avoir beaucoup d’idées, mais des idées bêtes.

Une attitude négative qui fait comme première victime le gouvernement, que la GRA est censée servir et qu’il poignarde dans le dos en lui privant de revenus supplémentaires, faciles à acquérir et sans protestation de ceux qui y contribuent. Toute course supplémentaire augmente les revenus de l’État à travers les diverses taxes imposées dans la chaîne hippique. Il y a surtout comme perdants, non victimes, ces nombreux propriétaires qui ont investi gros dans des équidés de qualité, qui payent au prix fort leur nourriture, leur entraînement et leur soin… pour les voir rester à l’écurie. Quelle frustration pour ces entraîneurs et ces jockeys qui piaffent d’impatience d’en découdre autant de fois qu’il en faut, sans compter ce public avide de plus de confrontations et de spectacles additionnels.

La motivation de la GRA — pardon ! de certains de ses animateurs les plus radicaux, nous insistons sur certains —, c’est de punir, que dire, asservir le Mauritius Turf Club et ses dirigeants, des Mauriciens de tous horizons mais toujours qualifiés de bann blan-la, et assouvir le plaisir malsain de les faire quémander chaque semaine pour mieux refuser et humilier. Certains, une minorité qui s’appuie de sa proximité avec le pouvoir face à une majorité, malheureusement silencieuse, pour garder jobs et privilèges, au point d’accepter de perdre son âme et son amour propre. Mais ils n’en pensent pas moins…

Ce qui aurait été un scandale s’il était le fait du MTC a bien eu lieu lors de la dernière journée hippique. Et il est le fait de la compagnie qui gère « loterie blanc » aujourd’hui vendue à Rs 5. « Loterie blanc », qui a rejoint la galaxie des compagnies de paris et de jeux de hasard inspirée par Jean-Michel Lee Shim, a passé outre une interdiction formelle de la GRA de vendre la semaine dernière des billets imprimés en sus des billets électroniques vendus au comptoir du réseau SMSPariaz et ses compagnies associées. Pire, avant même d’avoir ce sésame de la GRA, les billets avaient été imprimés et une promotion était déjà en cours.

Ce non-respect de la loi, qui n’a de force légale que s’il est autorisé par l’autorité, n’a pas entraîné la foudre de l’autorité du gambling à Maurice. Ce n’est pas scandaleux pour les autorités. Au lieu de sanctions et d’interdiction logiques en la circonstance, la GRA, quoique bafouée au plus haut degré, n’a pas trouvé mieux que d’effectuer le tirage au sort pour désigner les gagnants, sur l’autel qu’il ne voulait pas sanctionner le public parieur. En vérité, par cet acte, la GRA a rendu légal un acte illégal, quitte à jeter un discrédit honteux sur son autorité.

S’il fallait une nouvelle preuve que la GRA n’est pas un organisme qui prône le fairness mais le favoritisme des amis du régime, cet exemple du dérapage non sanctionné de “loterie blanc” est patent. Malgré cette interdiction, cette compagnie a déjà fait la publicité pour samedi prochain et personne, à part le board de la GRA, ne sait au moment où ces lignes sont écrites quelle sera la ligne de conduite de l’autorité. Se faire respecter et sanctionner ou s’écraser devant “loterie blanc” et laisser faire comme bon lui semble ? C’est la seconde option qui paraît avoir tête et corde pour l’heure, comme en jargon hippique.

En tout cas, à mercredi soir, aucun signal de sanction pour le non-respect de la loi. Aucune sanction pour avoir ridiculisé la GRA. Dans n’importe quelle circonstance, une telle humiliation, un discrédit de cette envergure auraient dû entraîner la démission de l’ensemble du conseil d’administration qui se trouve incapable sur l’autel de la politique de petits copains de soutenir l’exécutif qui, selon la pratique, certes désuète, en cours de la GRA d’interdire en attendant l’avis du board… Et ce, selon nos confrères Week-End et Le Mauricien, malgré d’insoutenables pressions. De qui ? Des acteurs de « loterie blanc » eux-mêmes ? De leurs soutiens à l’hôtel du gouvernement ? Ou des planqués qui jouissent aux yeux du public de seconds rôles mais jouent dans l’ombre en toute impunité aux marionnettistes ? Il ne faut pas écarter que « loterie blanc » ait été encouragée à aller de l’avant malgré l’interdiction.

Rien que sur la base des informations disponibles et puisqu’il n’y a eu aucune action punitive a posteriori à l’encontre des defaulters, il appartient à l’ICAC d’aller voir de plus près les raisons de cet immobilisme suspect… pour ne pas dire complice. Un immobilisme qui ne semble pas intéresser outre mesure ces médias frappés d’une léthargie inexplicable dès que la nébuleuse Lee Shim est au cœur de l’orage.

Chacun mesure l’acte, contraint mais assumé, du gouvernement d’avoir institué une commission d’enquête sur le trafic de drogue, alors que des membres qui sont ou se réclament de son entourage y étaient mêlés. S’il ne veut pas se retrouver avec un encombrant « Benalla à la Macron » qui pourrait lui coûter bien des désagréments, il serait sans doute bien avisé de diligenter une enquête indépendante sur l’affaire « loterie blanc » pour mieux comprendre tous les tenants et aboutissants de cette affaire. La GRA dans sa formulation actuelle, à la merci d’un « Benalla », est une bombe à retardement qui risque fort de lui valoir des gifles électorales… à la Sesungkur !