Comment ne pas être choqué par cette succession de faits troublants qui frappent la force policière? Le palmarès est tout simplement glaçant. Sur les 157 kilos d’héroïne saisis en mars 2017, il n’en resterait que 141 kg, le reste de la cargaison, qui était supposée être sous bonne garde policière, s’étant mystérieusement volatilisé.

Comme si cela n’était pas assez scandaleux, voilà que notre confrère Le Mauricien est venu nous apprendre, hier, que la came saisie en mars dernier dans le garage de Triolet, qui servait de “laboratoire” à Kusraj Lutchigadoo, ne serait pas de la drogue synthétique. Un peu comme-ci cette saisie de drogue s’était transformée en “mousse noire” ou en pétards, sans jeu de mots, il y a quelques années, alors que les pièces à conviction étaient produites en Cour.

Lorsqu’on sait que, dans ce même dossier de Kusraj Lutchigadoo, il y a eu la fameuse escapade nocturne du prévenu organisée par ses geôliers, les agents du poste de Vacoas, et que les données de son téléphone portable ont disparu comme par enchantement, on ne peut qu’entretenir les pires soupçons quant à l’infiltration de la police par une véritable mafia.

On a connu des policiers assassins, voleurs, violeurs, harceleurs sexuels, trafiquants de drogue, planteurs de gandia, auteurs de propos sectaires, mauvais plaisantins qui annoncent l’imminence de l’éclatement de fausses bombes à l’ICAC, mais chaque semaine semble apporter son nouveau lot de surprises en terme de pratiques incongrues au sein de la police.

Une policière fait son travail et verbalise un conducteur pour non-port de la ceinture de sécurité, alors qu’il était au volant de sa voiture. La policière est transférée peu de temps après de vieux Grand-Port à Plaine Magnien. Le chauffeur n’est autre que le président du Conseil de village de Bois des Amourettes, un petit baron local sur qui doivent sûrement compter les trois élus du No 11, Mahen Seeruttun, Sandhya Boygah et Prem Koonjoo, et qui, fort de ce triple parapluie protecteur, doit se croire tout permis. C’est lorsque le scandale de ce transfert punitif  s’ébruite que la policière est rétablie illico presto à son ancienne affectation de Vieux Grand-Port.

Et si on croyait avoir tout vu, on se trompe allègrement puisqu’il y a une autre affaire qui est aussi burlesque qu’invraisemblable, aussi scandaleuse que dégoûtante. Un conseiller de village de Sébastopol dont le vote était crucial pour faire destituer le président du Conseil de la même localité est, coïncidence, invité par un agent du CID, au moment même du déroulement du scrutin, à donner sa version des faits dans une histoire de vol de bijoux  — dans un champ de cannes et avec ordre d’éteindre téléphone portable. C’est après avoir découvert la triste manœuvre qui a consisté à l’empêcher de voter que le conseiller a consigné une déposition au poste de Montagne Blanche contre le comploteur en uniforme, un ami du président du Conseil de Sébastopol.

Si la série des gendarmes de Louis de Funès suscite le rire, les pitreries de notre force policière n’amusent plus personne. Même pas, apparemment, le ministre de tutelle, le mentor Sir Anerood Jugnauth qui semblait tout aussi ébahi que la population mauricienne des comportements étranges des forces de l’ordre et qui a annoncé à l’Assemblée nationale, cette semaine, des enquêtes dans le cas du transfert de la policière et dans celui de la disparition d’une partie de l’héroïne saisie.

En espérant qu’elle ne se termine pas comme celle initiée sur le rôle joué ou pas par le DCP Seerungen dans le déroulement de l’enquête sur son fils qui avait pour activité particulière la chasse nocturne de filles de joie dans la région de Beau-Bassin/Rose-Hill dans la voiture de fonction de son père! Parce qu’il y a enquête et enquête.

Qui fournira les dossiers aux enquêteurs qui seraient – allons l’accepter pour une minute – indépendants? Si ce n’est les policiers eux-mêmes? Incluront-ils les éléments qui les confondent et qui les incriminent? Si la drogue peut disparaître, si les données du portable d’un présumé trafiquant de drogues synthétiques sont effacées, tout peut disparaître avec la police médiocre que l’on a. Pourquoi lorsqu’on annonce une enquête, les dossiers ne sont pas immédiatement récupérés et mis sous scellés?

Il n’y a rien à attendre de cette police gangrenée de la base au sommet. On virera le commissaire de police aux incantations creuses pour offrir probablement une tête à ce peuple qui désespère de sa police en espérant le calmer, mais on le remplacera par le cousin d’un pilier du Sun Trust avec les résultats que l’on peut deviner.

On aurait pu envisager le recrutement d’un Shattock du nom du policier britannique que Navin Ramgoolam avait fait venir pour conseiller la police, mais son passage avait été désastreux. La police est dans une impasse dans la mesure où elle est devenue un outil politique qui favorise les puissants et qui persécute les opposants. Le système est pourri à tous les étages. Le Mauricien sera manipulé par le pouvoir du jour et l’étranger, lui, sera vite dépassé par le système. Les exemples de Bert Cunningham à la douane et du pauvre Duffy au service pénitentiaire sont assez éloquents à ce chapitre.

Il n’y a qu’à voir comment fonctionnent les postes de police. Comme ils sont souvent affectés dans des régions où ils ont vécu, les agents connaissent tout le monde, ferment les yeux sur toutes les dérives, ne voient jamais un autobus individuel faire un excès de vitesse ni le chauffeur qui s’arrête toujours en dehors des arrêts et qui prend des passagers partout où il peut.

Et ce n’est qu’un exemple de la manière dont la force policière opère. Et lorsqu’on sait que l’on nous annonce, bon an mal an, le recrutement de 1,000 policiers supplémentaires et que ceux qui recherchent cet emploi considérablement dévalué ne cherchent qu’à endosser l’uniforme pour se transformer en petits shérifs locaux. Il faut tout revoir. Qui le fera?