Il y a toujours tant à découvrir. Sur toutes ces choses supposément passées qui ont non seulement façonné notre présent, mais qui continuent parfois à en faire partie d’une façon que nous ignorons totalement.

Aujourd’hui, nous sommes toujours confrontés à des affirmations selon lesquelles l’esclavage est une chose du passé, dont on devrait cesser de parler. Comme l’écrivain Junot Diaz dans une récente tribune dans le New Yorker, on pourrait dire que “trauma is not a dead body. It can’t be buried”. Mais il n’y a pas que cela. Non, concrètement, dans le monde, l’esclavage n’est pas chose du passé.

En novembre 2017, CNN a diffusé un reportage qui a choqué le monde entier. Des images récemment filmées, montrant la terrible réalité d’hommes réduits en esclavage en Libye. En Mauritanie, l’esclavage n’a été aboli qu’en…1981, et criminalisé en 2007. Mais suite au coup d’Etat d’août 2008, ces dispositions ne seront pas appliquées. C’est seulement en août 2015 que le Parlement mauritanien a adopté une nouvelle loi contre l’esclavage, prévoyant des peines de prison de 10 à 20 ans. Cela n’a pas tout résolu. En 16, Amnesty International a lancé une pétition demandant la libération de 13 militants anti-esclavage, qui ont été arrêtés, incarcérés et condamnés à des peines d’emprisonnement de 3 à 15 ans.

Le 29 mars 2018, Kris Manjapra, associate professor of History à la Tufts University, diplômé de Harvard University, a publié, dans le Guardian en Grande Bretagne, un fascinant article intitulé “When will Britain face up to its crimes against humanity?” Dans cet article, il rappelle que suite à la promulgation de la Slavery Abolition Act de 1833, la Grande Bretagne a payé des millions comme compensation, non aux ex-esclaves mais à ceux qui possédaient des esclaves. Pour financer cette compensation, le chancellor of the exchequer (ministre des Finances d’alors), a conclu un accord avec deux des banquiers européens les plus renommés. Nathan Mayer Rothschild et son beau-frère Moses Montefiore, qui ont accepté de prêter au gouvernement britannique la somme de £15 millions, le gouvernement rajoutant £5 millions par la suite. La somme totale représentait, à cette époque, 40% des revenus annuels du gouvernement, équivalant à £300 milliards aujourd’hui.

Plus de la moitié de la compensation totale est revenue à seulement 6% du nombre total de requérants. Les bénéfices de la compensation aux propriétaires d’esclaves ont été passés de génération en génération de l’élite britannique. Parmi les descendants de ces bénéficiaires, figure notamment le précédent Premier ministre David Cameron.

Cette révélation est intervenue le 9 février 2018, sous la forme d’un tweet émanant du HM Treasury: “Here’s today’s surprising #FridayFact. Millions of you have helped end the slave trade through your taxes. Did you know? In 1833, Britain used £20 million, 40% of its national budget, to buy freedom for all slaves in the Empire. The amount of money borrowed for the Slavery Abolition Act was so large that it wasn’t paid off until 2015. Which means that living British citizens helped pay to end the slave trade.”

D’après le HM Treasury, c’est une demande soumise en janvier sous la Freedom of Information Act qui a suscité cette révélation. Celle-ci a, à son tour, généré une tempête de colère, de controverses et de contradictions. Pourtant, commente Kris Manjapra, ce tweet n’était pas une aberration. Il était emblématique de la façon dont les séquelles de l’esclavage continuent à façonner la vie des descendants d’esclaves, mais aussi de tout un pays. “The legacies of slavery in Britain are not far off; they are in front of our eyes every single day.”

Maurice est, bien sûr, concernée par cette affaire, tout comme les îles britanniques des Caraïbes et la province du Cap. Ayant bénéficié de cette compensation versée aux propriétaires d’esclaves. De cela, nous ne parlons pas. Ou alors, si cela surgit en de rares occasions, c’est seulement de façon vindicative, comme une volonté de règlement de comptes, qui fait tout de suite enfouir la chose à nouveau.

Pourtant, il serait intéressant que des études établissent clairement ce qu’il en a été. Et qu’au-delà, l’on puisse enfin aborder de façon plus informée, plus éclairée, la fascinante histoire de ce pays construit par des migrations successives d’hommes et de femmes venus des quatre coins du monde pour réussir, malgré tout, une construction commune sur un confetti au milieu de l’océan.

Parce que c’est bien cela, notre richesse. Et qu’elle mérite bien d’être mieux partagée…