PATRICK PHILOGÈNE

Président Nou Repiblik 2018-2019

J’ai assisté récemment à un forum du club de la transition énergétique tenu par Business Mauritius à Ébène.

L’invité de Raj Makoond, le Dr Soonarane, éminent technicien dans le domaine énergétique et employé du ministère de l’Energie et président par intérim du Mauritius Renewal Energy Agency (MARENA), nous présenta un tableau sur la projection de la production de l’énergie jusqu’en 2035 qui démontre que Maurice respectera son engagement signé en 2009 de passer à 35% de production énergétique soutenable.

Trois chiffres attirèrent l’attention de tous les participants :

a. La production d’électricité waste to energy de 20MW à partir de 2020.

b. L’augmentation de la production d’énergie de la bagasse de 40% dans 5 ans.

c. La production de 20MW d’électricité à partir de vagues et de 22MW à partir des éoliennes en haute mer à compter de 2030.

La production d’électricité à partir de déchets est un must, je l’ai déjà mentionné dans un de mes posts antérieurs. On ne peut plus continuer impunément à enterrer tous nos déchets à Mare Chicose.

Dans le mémento des priorités de Nou Repiblik, 5 Pôles 15 Axes, au chapitre de l’écologie, l’économie circulaire figure comme une priorité nationale. Le tri des déchets, le recyclage, l’élimination du ‘single used plastic’ et le compostage doivent être organisés et mis en place en urgence dans notre pays au risque de crouler sous les déchets.

Le waste to energy est considéré comme étant une source d’énergie soutenable, même si philosophiquement on pourrait en débattre puisqu’elle est loin d’être propre.

Quand il fut questionné sur l’augmentation de 40% de la production de l’énergie électrique à partir de la bagasse, le docteur botta en touche, le chiffre aurait, paraît-il, été fourni par un autre ministère ! Comment peut-on produire 40% d’électricité bagasse en plus dans 10 ans alors que la production de sucre est en nette diminution et la surface des terres cultivées en canne est en chute libre.

On pourrait importer la bagasse produite en Afrique par nos sucriers mauriciens mais bon, est-ce rentable cela ? De plus, le transport par cargo en augmenterait significativement l’empreinte carbone.

Les deux dernières mesures furent un peu la cerise sur le gâteau…la production d’électricité à partir des vagues et les éoliennes en haute mer pour 22MW et 20 MW respectivement font sourire.  Pour peu que l’on s’intéresse aux alternatives de production d’énergie, la production de l’électricité à partir des vagues est encore au stade expérimental, et tabler sur une telle technologie est plutôt aléatoire et risqué. Quant à produire de l’électricité en haute mer dans une région cyclonique il faudra voir les implications financières et convaincre les bailleurs de fonds des risques.

Il y a d’autres technologies qui, semble-t-il plus prouvées, ne sont pas ou pas assez favorisées dans la projection du ministère de l’énergie :

Le bois comme combustible ; l’Arundo Donax a été testé avec succès comme substitut de la bagasse qui, elle, est saisonnière, voire du charbon qui lui est importé. Pourquoi favorise-t-on l’importation du charbon ? Le nettoyage de nos forêts de plantes invasives pourrait également être un bon combustible.

En même temps si vous voulez installer un captage photovoltaïque chez vous aujourd’hui, ce n’est pas possible, car le dernier scheme offert au public est épuisé et personne ne sait quand il y aura la possibilité de le faire. Je ne vous explique pas le désarroi des fournisseurs, installateurs de station individuelle de captage photovoltaïque. Comment dans ce cas faire évoluer un business plan dans ce marché instable et à la merci d’un organisme qui, lui-même, fixe les tenants et les aboutissants.

Pas grand-chose également concernant d’éventuelles incitations pour une consommation moins chère pendant la nuit. On pourrait recharger les voitures électriques la nuit à un taux réduit !

Un organisme l’URA (Utility Regulatory Authority) dont la création a été décidée depuis 2004 existe pour réguler ce domaine mais ne fonctionne qu’à demi que depuis 2016, l’URA peine à être constituée. L’on subit dès lors les lois et l’humeur de l’omniprésente CEB qui décide ou fait décider à qui donner et à quel prix !