Elle était déjà une honte nationale. Avec son initiative dans l’affaire MedPoint, l’ICAC pourrait devenir une honte internationale. À ce titre, on a hâte de découvrir ce que les Law Lords auront à dire sur cet organisme qui à l’origine était dans cette affaire le procureur, qui s’est ensuite battu pour faire condamner celui sur qui il a longuement enquêté, qui a maintenu sa position devant la plus haute instance judiciaire du pays, qui s’est ensuite mué en spectateur, avant de finir carrément défendeur. Comme une manière de boucler la boucle.

Et ce n’est pas la première fois que les Law Lords auront l’occasion de commenter les positions, voire les postures de cette organisation qui se nomme l’ICAC. Parmi les Lords qui seront appelés à se prononcer dans l’affaire MedPoint, le mardi 15 janvier, celui qui présidera le comité n’est autre que Lord Kerr, celui-là même qui s’était signalé dans un jugement dans l’affaire Beezadhur contre l’ICAC en 2014.

Cette affaire concernait un Mauricien retraité des services hospitaliers britanniques qui, dans l’ignorance des provisions de la loi, avait fait des placements à la State Bank et qui était poursuivi pour blanchiment par l’ICAC. Condamné à tous les échelons de notre système judiciaire, Toolsy Beezadhur s’était tourné vers le Privy Council. Il avait perdu et les amendes qui lui avaient été infligées furent maintenues.

Mais comme les Lords ne sont jamais avares de quelques commentaires bien placés et acides, ils y ont été gaiement de leurs petites remarques et de leurs grandes piques. Dans leur arrêt rendu en 2014, ils avaient observé que “one might have expected that the bank which certainly would have known the law, would have drawn his attention and refused to accept his deposits (if not the first, then certainly the second, the third and the fourth times) or to pay out the cash.”

Ce n’est pas tout, les Law Lords avaient aussi opiné que “indeed, on the material before the Board, it is unclear why he alone is persecuted for the offence, which on the face of it was also committed by the bank. In response to questions from the Board, Counsel for ICAC was unable to explain why no prosecution had apparently been taken against the bank.” “Unable to explain”, une marque de fabrique pour l’ICAC, on dirait, un peu comme sa démarche de dernier recours pour se ranger dans le camp du Premier ministre, de son accusé d’origine dans l’affaire MedPoint.

Des cinq Law Lords qui avaient entendu l’appel de Toolsy Beezadhur, seul Lord Kerr avait prononcé un avis divergent, un “dissenting judgment.” Il avait, en effet, relevé que suivant la décision de la Cour suprême prise en juin 2013 dans l’affaire Beezadhur le condamnant à des amendes, l’Assemblée nationale avait aussitôt amendé la loi pour redéfinir le délit et faire que le terme business soit remplacé par celui d’activités illégales afin que le filet soit plus large.
Celui qui présidera le comité des Law Lords mardi prochain avait aussi ajouté une ultime remarque perfide en observant que “it seems to me to be wholly unrealistic to ignore the fact that the legislature moved so quickly to correct what it must have perceived as an unintended consequence of the original Act.” Celui de 2002 revu et corrigé en 2013. Lord Kerr en connaît visiblement un rayon sur nos méthodes et celles de l’ICAC.

Et comme s’il y avait un étrange et soudain alignement des planètes, voilà que juste après la révélation d’une démarche incongrue de l’ICAC auprès du Privy Council pour essayer de sauver le soldat Jugnauth, et qui est, on le comprend aisément, l’objet d’une réprobation générale, ses communicants aux méthodes grossières s’arrangent pour nous vendre une suractivité exceptionnelle en ce début d’année. Enquête par-ci, enquête par-là. En veux-tu en voilà.
Si ce n’est pas NMH et la saga des petits arrangements entre protagonistes intéressés, pour faciliter, peut-être, pourquoi pas, certaines acquisitions familiales aux Seychelles, c’est le NPCC qui, l’ICAC vient de le découvrir, apparemment, ne respecterait pas toutes les procédures établies en matière de recrutement.

Dans la série des enquêtes annoncées ces jours-ci, il y a aussi l’utilisation des voitures de l’État par les fonctionnaires qui bénéficient déjà de généreuses facilités pratiques et pécuniaires pour l’achat de véhicules personnels. Oh, quelle découverte! Pourquoi s’arrêter en si bon chemin?
On attend ainsi toujours un communiqué sur ce qu’il s’est passé depuis le gag du 19 novembre lorsque le dénommé Hansley Désiré Neptune a, à bord d’une pelleteuse, semé les enquêteurs de l’ICAC. Et depuis, rien sur quelqu’un qui est supposé être le blanchisseur attitré d’un trafiquant notoire! Ce n’est plus l’ICAC, c’est l’i-gag.

L’ICAC démarre 2019 sur les chapeaux de roue, à en croire certains, mais jusqu’ici, toujours rien sur les enquêtes Vijaya Sumputh ou Youshreen Choomka, des sortes de prima donna politiques du ML et du MSM à l’abri de toute inquiétude, tout comme Ravi Yerrigadoo et Alvaro Sobrinho. Tous blancs comme neige sous notre canicule tropicale.

Et lorsqu’on aura fini de rire de l’épisode Neptune et d’être révolté par ceux des protégés politiques, n’attendons aucune investigation sur l’implication frauduleuse des organismes comme le Duty Free, Mauritius Telecom et autres dans des activités régulières dans la circonscription de Pravind Jugnauth.
Cela n’intéresse jamais l’ICAC de voir de plus près les cas flagrants de favoritisme électoraliste et le détournement des deniers publics, les recrutements dans les organismes para-publics où ce sont les mandants privilégiés de la dynastie aux Nos 7 et 8 qui ont préséance sur tout.
Et dire que c’est à cette ICAC où sévissent des spécialistes qui nous assurent que mener des enquêtes, ce n’est pas comme cuire des gâteaux piment, que les élus et hauts cadres du public vont confier leurs avoirs! C’est le délire total.

Josie Lebrasse