Le rock mauricien est toujours vivant. Cette musique de révolte se dévoile sur des scènes underground devant un public restreint. Elle réussit parfois à exploser lors de concerts exceptionnels ou grâce à des groupes qui contribuent à asseoir sa popularité.

L’Underground Rock Festival, prévu le samedi 4 août à Tamarin, est une initiative visant à réveiller ce géant qui a tendance à s’endormir mais dont le réveil est souvent brutal.
“Le courant rock à Maurice a toujours existé et a toujours été très actif”, confie Stéphane Palmyre, chanteur du groupe A riot in heaven, créé au début des années 90. L’Underground Rock Festival proposera un aperçu de ce courant qui se décline en plusieurs genres. Heavy metal, metalcore, post-grunge, rock alternatif, séga rock, funk et slow rock seront au rendez-vous.

Ces formations ne représentent qu’une partie du rock mauricien. Trois fois l’an environ, la scène underground en voit défiler d’autres. Une tradition qui se perpétue depuis quelques années grâce aux groupes eux-mêmes qui savent pertinemment qu’ils ne se feront pas d’argent sur la vente de billets en raison du public restreint. “On ne peut pas se débarrasser de la vermine, le rock est toujours là”, dit Stéphane Palmyre en souriant. De temps en temps, un concert rock vient casser la baraque, comme ce fut le cas lors de l’hommage au groupe Pink Floyd à Casela. L’initiative de Thibault de Robillard et de ses amis avait réussi à attirer 1,800 personnes.

Présent dans d’autres genres.

Les anciens, qui ont porté le drapeau du rock, voient du potentiel dans les groupes d’aujourd’hui. “Il est clair qu’il y a un nouveau courant, de nouveaux groupes, de nouveaux sons. Je suis le premier ravi qu’il y ait toujours des concerts. Quant au public rock, il a toujours existé et il sera toujours là”, souligne Stéphane Palmyre. Même constat pour Jeff Lingaya, qui a joué dans plusieurs formations. “Quelques groupes d’aujourd’hui ont réussi à me surprendre positivement. Je pense à Divoltere, Apostrophe, K’fouyaz ou encore Skeptikal. Ils peuvent aller loin.”

D’autres considèrent que le rock est toujours présent dans d’autres genres musicaux. Une évolution qui montre que cette musique ne mourra jamais. “Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes qui font des choses assez bien. Ça grandit, ça change. Le rock est présent dans d’autres musiques. Du moins, les influences. Quand j’écoute des groupes comme Les Inconnus ou Flasbak, je le sens. Le rock, c’est un esprit : il s’est immiscé dans les autres styles. Chez Rihanna, même si ce n’est pas un très bon exemple, on peut retrouver du rock”, confie Vincent Brasse, de Crossbreed Supersoul.

L’esprit du rock.

Des formations ont rendu au rock sa popularité à certaines époques. Le premier groupe auquel on pense est Feedback. Dans les années 90, un concert réunissant quatre groupes de rock arrivait à réunir plus de 5,000 personnes au stade de Rose-Hill. “Le phénomène Feedback a donné un coup de fouet à tout le monde à travers l’album Poison or Cure. Il y a eu également Paranoid et Cobalt Fudge.” Dans les années 2000, Crossbreed Supersoul a pris le relais. Ce groupe, dont le quatrième album ne devrait pas tarder, a redoré le blason du rock mauricien. Crossbreed a été motivé par Feedback. Aujourd’hui, ce sont eux qui motivent d’autres formations.

Certains rockeurs pensent que c’est l’esprit du rock qui compte quand il est utilisé de manière positive. Jeff Lingaya confie que le rock lui a permis de découvrir une facette de lui. “Le rock, c’est une musique de révolte à l’origine; les paroles sont engagées. Cela peut engendrer un désir de prendre position contre les injustices”

Underground Rock Festival

“Donner au rock local un nouveau coup de soleil” : c’est ainsi que Culture Events présente l’Underground Rock Festival. L’organisateur souhaite poser les bases d’un projet dédié à la musique rock pour faire bronzer les guitares dans le village de Tamarin. “Ce festival a la volonté de promouvoir la scène rock, souvent tapie dans l’ombre du paysage sonore de Maurice.”

Deux scènes.

Pour ce premier festival du genre, deux scènes sont prévues. Une gratuite à Cap Tamarin, avec les groupes Apostrophe, Devived et Xenolith au programme. L’autre scène, payante, sera érigée au Big Willy’s et verra se produire The Bunker Rats, Unmind, La Foule, Skeptikal et les Réunionnais de Tell me Peter. “Dans notre appel à contribution, nous avions insisté sur plusieurs points pour que les groupes puissent participer à l’Underground Rock Festival. Premièrement, nous voulions programmer des formations qui écrivent des morceaux; il était important pour nous de promouvoir la création. Ensuite, il fallait que les groupes soient structurés. Ces critères sont requis par les festivals à l’étranger.”

À travers ce festival, Culture Events souhaite faire connaître les groupes de rock locaux à l’étranger. “On veut pouvoir, à terme, envoyer des groupes de rock mauriciens à l’étranger. Nous faisons venir le groupe réunionnais Tell me Peter pour un premier échange. Dans le futur, on pourrait envoyer un groupe de rock mauricien dans un festival, rock ou pas, dans les pays voisins, et même au-delà”, souligne Jimmy Veerapin.

Manque de visibilité.

L’idée derrière la création de ce festival a germé en 2017. Jimmy Veerapin, de Culture Events, s’est fait la réflexion suivante : “Une scène rock existe à Maurice, mais il y a un manque de visibilité. Les groupes ne sont connus que par une poignée de personnes à travers des scènes underground. Nous avons pensé que le meilleur moyen de constituer un annuaire de tous les groupes de musique serait de monter un festival. C’est un gros risque que nous prenons, mais nous nous disons qu’il faut commencer quelque part pour pouvoir rattraper le retard. Nous voulons devenir un organisme sur lequel le rock mauricien puisse compter.”

Les billets, à Rs 500, sont disponibles dans neuf points de vente : Boulette Palace (Quatre-Bornes), Power Music Shop (Curepipe), DJ Nitish (Rose-Hill), Metro Music Shop (Super U de Belle Rose et de Grand-Baie, Dhany Music Shop (Port-Louis), New Harbour Music Shop (Port-Louis), Big Willy’s (Tamarin) et Master Sound (Bambous). Infos : 58-46-81-81.

Tell me Peter
“Tropicore nucléaire” de La Réunion

Ce groupe réunionnais sera l’une des têtes d’affiche de l’Underground Rock Festival. Créé en décembre 2013, il est composé de Charlotte (voix), Nico (guitare et voix), Camille (basse) et Etienne (batterie). Il est le fruit de retrouvailles de quatre anciens amis du Lycée Butor, dix ans plus tard. Les membres s’amusent autour des influences des uns et des autres et donnent naissance à un rock énergique, que le groupe lui-même se plaît à appeler ​“tropicore nucléaire”, où se mélangent des sonorités math rock, metal, jungle, soul et maloya.

En 2014, le groupe est élu groupe du cœur par le jury de France O Folies. La même année, la formation fait la première partie de l’artiste Sandra Nkaké. En 2015, Telle me Peter lance son premier album intitulé Space in time. En 2016, le groupe participe au festival Rock à La Buse à La Cité des Arts de La Réunion.
Big Willy’s – 22.30-23.15

Apostrophe
Du séga rock en fusion

“Deux cuillères de folie, une pincée de sobriété et une tonne métrique d’énergie pure” : c’est ainsi que se définit Apostrophe. Le groupe allie le séga (avec le rythme de la ravanne) au heavy metal, ce qui donne un son unique et entraînant. Composé de Yannick Edouard, Ken Seevatheean, Clarel Rosemain, Jeffrey Moutia et Jeannot Poisson, Apostrophe existe depuis octobre 2017.
Cap Tamarin – 17.00-17.45

Devived
Au rythme du metalcore

Devived est un groupe de heavy metal/metalcore. Il a été formé en 2017 par quatre des anciens membres de Circle Red, une autre formation de metal mauricien. Devived est composé de cinq musiciens : Shaif (voix), Dylan (lead guitar) Nissen (guitare rythmique), Jeff (batterie) et Patrice (basse). Ce dernier a rejoint le groupe début 2018. La formation est principalement influencée par Lamb of God, Trivium, Slipknot, Tool, Parkway Drive et Escape The Fate.
Devived travaille actuellement sur ses propres compositions en vue de lancer un album.
Cap Tamarin – 18.00-18.45

Skeptikal
Le rock sous toutes ses formes

Skeptikal est l’un des groupes les plus connus de ce festival. Il se compose de Joel Ramdoo (voix), Selven Selloyee ​(batterie), Rubain Touvent ​(basse) Jean Paul Fortuno​ (guitare et chœurs) et Ben Avice​ (guitare et ingénieur du son). Le groupe n’a pas voulu se ranger dans un style de rock précis, créant ses propres compositions tout en reprenant beaucoup de chansons rock populaires. Skeptikal est très populaire sur les réseaux sociaux, avec plus de 5,000 fans sur Facebook et plus de 15,000 vues sur sa chaîne YouTube.
En 2013, la formation a sorti un single intitulé The Fall. En 2017, elle a lancé un album de quatre titres, Proof of Existence. Un album est actuellement en préparation.
Le groupe a une certaine notoriété internationale, ayant été élu Artist of the day sur Global Rockstar 2014 Contest et a figuré dans les 64 meilleurs sur le site web www.globalrockstar.com parmi un millier de groupes. Skeptikal a également été élu “Groupe de la semaine” sur le site Ultimate Guitar.
Big Willy’s – 00.30-1.15

La Foule
Un répertoire beaucoup plus rock

Depuis sa création en 2003, La Foule se fait un devoir de jouer uniquement ses propres compositions. Groupe aux influences funk, reggae, jazz et musique locale, le groupe reprend du service après une pause d’environ deux ans.

Formé de cinq personnes depuis 2011 – Nitin Duva Pendiah (voix et guitare), Nicolas Rochecouste (batterie), Yannick Lioong (percussions) Olivier Marie-Jeanne (guitare), Wesley Suzanne (basse), le groupe accueille un sixième membre qui fait son come-back : Viané François (guitare).

La Foule a connu une certaine évolution depuis ses débuts. Le son intimement folk s’est étendu à d’autres styles. Depuis 2011, le répertoire de cette formation est beaucoup plus rock. La Foule interprétera, entre autres, Odd Times, Prove your Groove et Rainbow Smile.
Big Willy’s – 23.30-00.15

Xenolith
Vingt-trois ans après

Créé en 1993, Xenolith s’est fait un nom en reprenant des morceaux heavy metal et slow rock des groupes Iron Maiden, Metallica, Megadeath et Scorpion, entre autres. En pause depuis une vingtaine d’années, la formation s’est reformée spécialement pour participer à l’Underground Rock Festival. Elle se compose désormais de sept membres : Éric Desvaux (batterie), Thierry Ramadu (voix), Ashvin Seeochurn (basse), Gérard Rajaram (guitare),
Viswen Moolesawmy (guitare), Steve Lebon (clavier) et Yoni Sunasy (saxophone).
Cap Tamarin – 19.00-19.45

The Bunker Rats
Fans de rock alternatif

Formé en 2008, le groupe The Bunker Rats s’enorgueillit de n’interpréter que ses propres compositions. Il évolue dans le rock alternatif et s’identifie à des groupes comme Coldplay ou U2. Constitué de Mike Fekno (voix et guitare), Patrice Gunnoo (basse), Jennilen Mounean (voix), Benyo Ben (guitare) et Bradley Brelu Brelu (batterie), la formation a lancé son premier album en 2014, Kept me waiting. Un deuxième opus est actuellement en préparation. Quelques morceaux de cet album à venir seront d’ailleurs proposés lors du festival, à l’instar du titre Rainbow.
Big Willy’s – 20.30-21.15

Unmind
L’envol du post-grunge

Post-grunge et rock alternatif : ce sont les deux styles auxquels s’identifie le groupe Unmind, qui comprend Michael Baker (voix et guitare) Dan Murthen (lead guitar), Kenny Murthen (basse), Percy Sholay (basse), Neal Cretin (batterie) et Kelvin Murthen (percussions). Des riffs de guitare lourds, une double basse, une batterie énergique et une touche de percussions tropicales caractérisent Unmind. Dont l’inspiration provient des groupes comme Nirvana, Foo Fighters, Silverchair, Seether, Audioslave et Puddle of Mudd.
Big Willy’s – 21.30-22.15