Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir de secret dans la liste des passagers qui ont bénéficié d’un accès au salon d’honneur de l’aéroport? Une question du député PMSD Salim Abbas Mamode était au Question Time, mardi dernier, à l’Assemblée nationale. Elle portait sur la liste de ceux qui s’en sont prévalus, de juin 2015 à mars 2018, sur demande du bureau de la Présidence de la République lorsqu’elle était occupée par Ameena Gurib-Fakim.

La réponse du Premier ministre par intérim Ivan Collendavelloo est qu’il y a bien eu 377 demandes faites et agréées, mais qu’il ne pouvait révéler la liste des bénéficiaires parce qu’il a obtenu un avis dans ce sens. Sans dire s’il s’agit d’un conseil légal ou d’un simple avis administratif. Et bien entendu, c’était trop difficile de parcourir cette liste pour indiquer le nombre de fois qu’Alvaro Sobrinho ou même Jean Claude Bastos de Morais ont utilisé le VIP Lounge de notre unique aéroport.

C’est une posture qui a de quoi interpeller. Parce que lors des échanges autour de la Private Notice Question du 4 avril 2017 de Xavier Duval sur les facilités accordées à Alvaro Sobrinho, le Premier ministre Pravind Jugnauth avait révélé que 31 fois l’Angolais était passé par ce salon VIP et qu’en 21 occasions, il était accompagné soit de ses proches soit de ses collaborateurs. On ne sait pas quel “avis” il avait, lui, reçu mais il avait donné les réponses aux questions demandées.

Ça, c’était en 2017. Mais le 10 février 2015, le Pm d’alors SAJ avait bien répondu à une question du député du MSM Bobby Hureeram indiquant, par exemple, que Nandanee Soornack avait obtenu le privilège d’utiliser le VIP Lounge en pas moins de 71 occasions entre 2008 et 2014, et que, contrairement aux procédures établies, ce n’est pas le Home Affairs qui s’en était occupé mais le Private Office du bureau du Premier ministre Navin Ramgoolam.

Un mois plus tard, le 10 mars 2015, Sir Anerood Jugnauth avait aussi répondu à une question de Mahen Jhugroo, alors Government Chief Whip, sur ceux qui avaient bénéficié du privilège du salon d’honneur de l’aéroport depuis juillet 2005 et avait annoncé qu’il déposait la liste des personnes concernées sur la table de l’Assemblée nationale.
Même sous le gouvernement de Navin Ramgoolam, certaines questions portant sur l’accès aux facilités à l’aéroport de Plaisance avaient été communiquées à l’Assemblée nationale. Il en est ainsi de la question de Rajesh Bhagwan sur celles accordées à la passeuse de Subutex, Cindy Legallant.

C’était le 19 août 2008, le Pm avait révélé que celle qui, le 23 juillet 2008, avait été interpellée à l’aéroport en possession de 21,755 comprimés de Subutex d’une valeur de Rs 23 millions avait eu accès à La Terrasse, une facilité VIP, le 29 avril 2008 et que c’est Richard Duval, alors Private Parliamentary Secretary du PMSD, qui en avait fait la demande quatre jours plus tôt, soit le 25 avril 2008. Ce qui avait, à juste titre, soulevé pas mal de questions et provoqué même quelques soupçons compte tenu de ce qui s’était passé quatre mois plus tard.

Pourquoi donc entretenir aujourd’hui le secret sur ceux qui ont eu le loisir d’utiliser le salon VIP et se payer du bon temps aux frais des contribuables qui ont financé et qui financent toujours Airports of Mauritius Limited? Qu’est-ce qu’on veut dissimuler? Qu’est-ce qu’on nous empêche de découvrir? Que quelqu’un comme Deochand Dewdanee, qui s’était payé le luxe de voyager en compagnie de Top VIP du Conseil des ministres, ait pu lui aussi obtenir le privilège du salon d’honneur?

C’est lorsqu’on garde de telles informations secrètes que les pires supputations fleurissent et qu’elles s’intensifient. C’est dire que l’attitude adoptée par le Pm p.i., mardi dernier, ouvre la voie aux pires spéculations. Et c’est lui qui donne aussi une allure suspecte à la réponse donnée par Pravind Jugnauth le mardi 10 avril à Aadil Ameer Meea sur la “grande complexité” de la Freedom of Information Act. Pour refuser son introduction tant attendue.
Tout prend une allure suspecte en ces temps de grande opacité. À commencer par cette obsession du même Ivan Collendavelloo à vouloir tout chambarder dans le secteur de l’eau. Il veut tout à la fois “bayanter” la Central Water Authority et augmenter les tarifs d’eau. Pourquoi cet entêtement? Ne sait-il pas que les contribuables et les consommateurs ont déjà très chèrement payé pour les services de la CWA?

Faut-il rappeler que Vishnu Lutchmeenaraidoo avait, en janvier 2015, augmenté d’une roupie à quatre roupies la contribution au Build Mauritius Fund, cette taxe que payent les automobilistes sur leur facture d’essence. Et qui, chaque année rapporte Rs 1,2 milliards, ce qui fait que les sommes récoltées sont, depuis, astronomiques et qu’elles avoisinent les Rs 4 milliards.

Est-ce qu’il est nécessaire aujourd’hui de revenir sur le fait que ce sont les contribuables qui ont financé la construction du Bagatelle Dam, passée de Rs 3 MD à plus de Rs 6 MD? Ce qui donne le chiffre effarant de Rs 10 milliards. Et lorsqu’on ajoute le remplacement des compteurs qui a résulté en un doublement systématique – lorsque ce n’est pas carrément le triplement – de la facture du consommateur domestique, est-ce qu’il y encore une justification à la privatisation déguisée de la CWA et à une augmentation des tarifs?
Il faut répondre à toutes ces questions avant d’engager le pays dans des aventures incertaines. Le gouvernement PTr/PMSD avait, en 1999, signé en catimini, un contrat de gestion avec La Lyonnaise des Eaux/Vivendi dans lequel on retrouve un grand nombre de protagonistes allant de Dawood Rawat à Alain Marsaud en passant par Lionel Obadia. Le contrat avait, heureusement, été résilié en 2000. Qu’il faille moderniser la gestion de la CWA, c’est acquis, mais faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain?`