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l a effectué un petit transit par l’ICAC et il est reparti. Libre. Avec promesse de revenir si besoin est. En fait, Alvaro Sobrinho peut rester sous nos cieux, acheter tout, ce et ceux qu’il veut. Il a les moyens pour ça. Les autorités portugaises le savent. Ce qu’il nous a été donné d’entendre et de voir depuis le week-end dernier n’est qu’une grotesque mascarade. Une ficelle énorme, une mise en scène savamment orchestrée pour dédouaner l’Angolais qui visiblement s’est trop encanaillé avec certains de nos dirigeants. Pour être le moindrement inquiété.

Peut-être que l’ICAC a, elle aussi, regardé Alavoro Sobrinho droit dans les yeux et qu’elle a vu qu’il était vraiment un modèle de probité et d’intégrité et que de méchants Portugais le pourchassent injustement dans leur quête d’établir comment la banque dont il était un directeur a vu quelque 600 millions de dollars se volatiliser du jour au lendemain et que des journalistes angolais traquent parce qu’ils veulent, eux aussi, y voir plus clair. Ne disposant pas de cette faculté rare d’établir le caractère “bona fide” de quelqu’un par un simple croisement du regard. 

En terme de croisement, c’est bien entendu tout à fait fortuit qu’Alvaro Sobrinho et Ivan Collendevalloo se soient ratés entre deux avions alors qu’il est de notoriété publique qu’ils aiment bien se regarder les yeux dans les yeux. Au lieu de raconter n’importe quoi, le nominé politique qui dirige l’ICAC doit venir répondre aux questions que toute la population se pose. 

Personne n’est impressionné ni intéressé par la vitesse de la cuisson du gâteau piment ou si c’est à la même cadence que se déroulent les enquêtes de l’ICAC. Navin Beekarry ne peut pas, un jour, venir dire que les investigations dans l’affaire Sobrinho peuvent prendre des années et le laisser partir dès le lendemain. Sans s’expliquer. 

Et les questions que tout le monde se pose légitimement sont simples et directes. Pourquoi et sur les ordres de qui a-t-il bénéficié de 31 passages au salon VIP? À qui a-t-il confié l’utilisation de ces berlines? Pourquoi il se trouve être le tout premier et heureux bénéficiaire en novembre 2016 d’une Investment Banking Licence par la Financial Services Commission après un amendement au Finance Bill de Pravind Jugnauth, alors que cette prérogative appartenait exclusivement à la Banque centrale? 

Pourquoi René Leclézio a-t-il démissionné du Board of Investment lorsque le dossier de Sobrinho est venu sur la table? Qui a téléphoné à cette organisation pour qu’elle accélère les procédures en faveur de l’Angolais comme l’avait fait l’ex-Présidente auprès de la FSC pour sa licence bancaire? 

Qui a introduit Alvaro Sobrinho à Ameenah Gurib-Fakim, celle qui, avant l’éclatement de cette affaire, semblait se préoccuper de plantes et de son rôle auprès de l’Oréal? Est-ce que le Premier ministre sera entendu après qu’il a publiquement dit qu’il disposait d’informations sur la Présidente? Est-ce que ce sera à la commission Caunhye de se pencher sur ce volet de l’enquête? Est-ce que l’Angolais figure à l’agenda des auditions de cette commission, lui qui constitue un maillon crucial de toute cette affaire? 

Dans des pays démocratiques, les procureurs viennent faire part de l’angle de leurs investigations, des progrès réalisés, des mises en examen et des décisions de déférer quelqu’un devant un tribunal. Non, ici rien de tout ça. Depuis qu’il a été annoncé président de la Task Force censée assurer le suivi du rapport Lam Shang Leen et la mise en œuvre de ses recommandations, l’ICAC a aussitôt repris du service. Après des mois d’hibernation. 

Comme si on voulait faire diversion et vite tourner la page du rapport de la commission sur la drogue. Après des mois d’hibernation. On l’attend rapidement et concrètement sur l’après-rapport et on la voit au front dans l’enquête Sobrinho qui a, entre deux séances d’interrogatoire très cordiales, croisé Youshreen Choomka, une de ses jeunes étoiles montantes du Sun Trust.

Elle vient d’être redécouverte par la commission anti-corruption alors que le rapport du Fact-Finding Committee, tenu secret, sur ses activités alléguées de courtière et d’apporteuse d’affaires date de plusieurs mois. Ce sont ses activités entre la Présidence et la direction de l’ICTA qui l’avaient amené à mettre certains de ses amis ministres, et non des moindres, en relation avec l’investisseur sud-coréen Son Song Lee. 

L’activisme soudain de l’ICAC devrait probablement aussi l’amener à approfondir l’enquête sur les Rs 323,000 mensuelles que les amis de Vijaya Sumputh lui avaient généreusement accordées lorsqu’elle présidait aux destinées du Trust Fund for Specialised Medical Care. Il y a également eu sur cette affaire, révélée au Parlement, l’institution d’un Fact Finding Committee, dont le rapport est lui aussi jalousement gardé dans un tiroir. 

Peut-être verrons-nous défiler au siège de la commission la bénéficiaire elle-même, son bienfaiteur attitré, le ministre Anil Gayan, ainsi que le président d’alors du Trust Fund, Vishwamitra Ramjeet, le conseiller municipal du Muvman Liberater à Beau-Bassin/Rose-Hill. 

Enfin, à l’ICAC, les défilés peuvent certes se succéder. Et même à un rythme d’enfer. Pour, hélas, une nouvelle parade stérile. Son bilan étant tellement médiocre. Elle n’a eu momentanément un peu de vent dans les voiles qu’en s’occupant du volet blanchiment des travaux de la commission Lam Shang Leen. 

Et là aussi, on attend de voir si elle enquêtera sur ceux qui sont mentionnés dans le rapport, si elle se penchera sur les avoirs dont ils disposent et si les ordres de gel et de saisie suivront. Mais il vaut mieux ne pas trop attendre. Sobrinho étant le dernier cas qui confirme la vraie nature de cet organisme para-public comme un autre. Soit, politisé à l’extrême depuis 2006. Donc, sans résultats probants et encore moins de prise de gros poissons.