GÉRARD BAUNGALÉA

Nous sommes à l’aube du 52e anniversaire de notre indépendance et du 28e anniversaire de l’accession de notre petite île au statut de République. Si le constat au niveau du développement infrastructurel, économique et politique est plus ou moins positif, celui du niveau social est toutefois sombre et se fragilise de jour en jour.

Chaque jour que Dieu nous donne apporte son lot de mauvaises nouvelles. Dès que nous allumons la radio au réveil, dès que nous lisons le journal ou que nous ouvrons notre page Facebook, nous sommes servis : meurtres, vols avec violence, viols, harcèlements, cas de pédophilie, incestes, attouchements sexuels, violences domestiques, enlèvements, séquestrations, brutalité policière, trafic de drogue, overdose, les personnes sous l’effet de drogue synthétique en public, écoles buissonnières, noyades, disparitions, accidents fatals, accidents de travail, et j’en passe. Les articles, photos, images et vidéos sont circulés à tour de bras sur les réseaux sociaux. La liste est vraiment longue et les statistiques ne sont guère encourageantes. Notre société est très, très malade. Nos jeunes enfants, adolescents et adultes, qui font de plus en plus face à tous ces fléaux, en sont malheureusement souvent les victimes.

Ce qui est encore plus dommage, c’est que face à ces situations, au lieu d’essayer de comprendre, on juge, on blâme et on critique. La voie la plus facile quoi. Le gouvernement, les autorités, les institutions religieuses, les médias et autres organismes en prennent pour leurs grades. Souvent, ils sont blâmés à juste titre, faute de n’être pas intervenus du tout ou à temps. D’autres pour n’avoir rien trouvé comme solutions ou pour avoir proposé des “solutions Panadol” ou encore pour avoir complètement fui leurs responsabilités. Il est aussi dommage que certains journalistes de la presse parlée ou écrite utilisent ces drames pour faire sensation, avec des titres ronflants pour amplifier ces situations dramatiques, certains allant même jusqu’à faire du “trial by the press”. 

“Kas likou”…

Et nous, les bons citoyens et citoyennes que nous sommes, avons des solutions extraordinaires… : réintroduire la peine de mort, “kas likou”, “koup zizi”, etc. Certains se croient même encore au Far West et “pran lalwa dan zot lame”. 

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne suis pas un expert, ni un grand connaisseur, mais à mon humble avis, la dégradation des mœurs à Maurice a débuté, premièrement, quand papa et maman ont tous deux commencé à travailler. Les enfants sont livrés à eux-mêmes jusqu’au retour des parents tard dans la nuit, surtout dans les maisons où les grands-parents ne vivent plus avec eux. Ces enfants, au lieu de s’occuper de leurs devoirs et de quelques petites tâches ménagères, comme faire la vaisselle et passer le balai après le dîner, sont plus occupés avec leurs portables, ordinateurs, jeux vidéo ou chaînes satellitaires, très exposés à toute sorte de films, photos et images violents, horribles et même pornographiques. Des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux montrant comment on vole dans les magasins et hypermarchés, par exemple. Bien sûr, certains voudront essayer un jour. Ce sont avec ces gadgets et autres équipements électroniques que, nous honorables parents, avons donnés à nos enfants pour combler notre absence, trop occupés à bosser pour avoir plus d’argent. Je peux comprendre que certains bossent dur pour joindre les deux bouts, mais beaucoup travaillent pour une vie plus luxueuse.

Nous vivons dans une société où la course vers l’argent (surtout facile) et le “white-collar job” pour gagner en statut est la priorité des priorités. Je reviendrai dessus une prochaine fois. Mais cela a un prix qui coûte souvent très cher. Nos enfants se perdent et n’ont plus de repères. Les parents ne prient que très rarement, ne vont pas à la messe et autres lieux de culte (à part les grandes fêtes) et n’encouragent pas les enfants à y aller, car il y a les fameuses leçons particulières qui ont priorité, même le week-end. L’avenir ne se trouve pas dans la religion, mais dans les certificats et diplômes.

D’autre part, nous, parents modèles et modernes, nous nous disputons et nous engueulons souvent devant les enfants avec des gros mots. Des fois, les assiettes et autres ustensiles volent très haut pour mieux faire comprendre que personne ne cédera. Je crois que les coups partent un peu plus souvent maintenant. Est-ce parce que mari et femme travaillent et ont donc les mêmes droits ? Égalité des genres ?

Et les enfants qui font face à tant de violences à la maison, dans quel environnement grandissent-ils ? Souvent, ils deviendront violents comme leurs parents ou ils trouveront refuge dans l’alcool, la drogue, la prostitution et autres fléaux.

« Sans l’amour,  je ne suis rien »

Je laisse au gouvernement, aux autorités concernées, aux institutions religieuses et aux organismes à leur “homework” pour l’instant, mais je m’adresse plutôt aux parents. L’éducation, surtout morale, commence chez nous à la maison. Ne laissons pas nos devoirs de parents aux professeurs. Ne nous débarrassons pas de nos enfants dans des leçons particulières, les cours de karaté, natation, gym, etc. que pour avoir notre tranquillité et liberté. Au contraire, passons du temps avec eux. Montrons-leur que nous les aimons vraiment. Inculquons-leur les valeurs morales et encourageons-les à s’engager, dès leur jeune âge, dans les mouvements sociaux et religieux. Efforçons-nous de trouver du temps pour les écouter attentivement et mieux répondre à leurs besoins réels, tout en évitant de nous disputer devant eux; ne blâmons pas la manière de faire de notre conjoint s’il s’est mal entrepris pour corriger l’enfant fautif. Montrons à nos enfants, par des gestes sincères et réels, que nous, mari et femme, nous nous aimons vraiment. Montrons à nos fils comment aimer et surtout respecter ses sœurs, ses cousines et ses copines pour que plus tard cela les aide à aimer et respecter leurs épouses.

Tout commence à la maison. St-Paul dit, dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : « Sans l’amour, je ne suis rien. » Dans une maison où règne l’amour, il n’y a pas de haine, de vol, de tricherie, de jalousie, de l’incompréhension, de manque de confiance, de manque d’attention, pas de violence, pas d’orgueil, pas de rancune… Alors, comme le dit si bien Ste. Mère Thérésa, si tu veux que la société change, le changement commence chez moi, chez toi chez nous tous. Le changement commence en nous, dans nos familles, dans nos maisons. Que Dieu bénisse et protège nos familles et notre petite île!