Ce qui devait être jusqu’ici la plus belle des aventures pour ce groupe de jeunes de moins de 18 ans aux Jeux olympiques de la jeunesse, prévus dans deux semaines à Buenos Aires en Argentine, a été entachée, en début de semaine, par des contestations. La faute à la polémique entourant le déplacement de Ludovic Carré, président de l’Association mauricienne de Handball (AMH), en tant qu’accompagnateur de la sélection masculine à ces Jeux. Car les lois sportives sont très claires à ce sujet : un président n’a pas le droit d’entraîner et vice-versa.

En somme, Ludovic Carré n’a pas le droit de faire ce déplacement en tant qu’entraîneur et ce, même si ses compétences de technicien ne sont aucunement remises en question. La logique aurait voulu que ce soit un entraîneur qui fasse le déplacement après le désistement de David Malié, comme précisé par le président de l’AMH, lequel a récemment pris de l’emploi en tant qu’advisor coach au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Mais rien n’y fit. C’était déjà décidé. C’est bien Ludovic Carré et personne d’autre qui fera le déplacement en Argentine. Cela, peu importent les critiques et les contestations. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un président de fédération se retrouvera au centre d’une polémique liée à un déplacement à l’étranger et certainement pas la dernière.

A bien voir la situation d’ailleurs, la liste des accompagnateurs du Club Maurice aurait pu passer incognito, comme une lettre à la poste, serions-nous tentés de dire, si le Comité olympique mauricien (COM) ne s’était pas emmêlé les pinceaux à l’issue du rassemblement de samedi dernier à Trianon. Car si les noms des officiels et leurs fonctions avaient été annoncés à l’assistance, en revanche, la liste des athlètes et des accompagnateurs a ensuite été transférée aux journalistes par voie électronique. Un courriel qui ne donne aucune précision quant aux fonctions de ceux qui accompagneront les sportifs ! C’est justement à ce moment que débute toute la polémique.

Faute d’informations, il est compris que les différentes sélections seront toutes accompagnées d’un entraîneur. Il est alors précisé, en toute bonne foi, dans notre édition de la semaine dernière, que Ludovic Carré agira en tant qu’entraîneur. Idem pour les autres sélections participantes. Sauf qu’au niveau de l’AMH, certains n’ont pas apprécié la démarche. Car d’abord, un président ne peut agir comme coach, cela étant interdit par le Sports Act. A entendre les récriminations, nous ne pouvons nous empêcher de demandersi ce déplacement a fait l’objet de discussions à la fédération et si l’aval du comité directeur a été obtenu ? Si tel n’a pas été le cas, alors ce qui se passe actuellement à l’AMH est très grave et mérite des sanctions.

Sauf pour le COM. Son président, Philippe Hao Thyn Voon, a déjà pris fait et cause en faveur du président de l’AMH. En d’autres mots, il n’y a pas lieu de faire tout un plat. Philippe Hao Thyn Voon a d’ailleurs été très clair dans une de ses déclarations de presse : il est trop tard pour effectuer un remplacement. Avant d’ajouter que si problème il y avait, le COM aurait dû être informé plus tôt ! La question qu’il aurait dû se poser est justementpourquoi les mécontents ne se sont pas fait entendre avant. Et il connaît la réponse mieux que nous.

Dans sa tentative de défendre l’indéfendable, Philippe Hao Thyn Voon se permet de jouer avec les mots en affirmant que Ludovic Carré fera le déplacement en tant qu’officiel et non entraîneur ! Il va même plus loin en faisant remarquer qu’il ne voyait pas pourquoi cela devrait poser problème si le président de l’AMH donne des conseils aux joueurs dans le sens où il « a une bonne connaissance en beach handball ». Si ce n’est pas de l’ingérence, alors cela lui ressemble étrangement. Adding insult to injury, il a été précisé que les différentes sélections seront désormais accompagnées de « team officials » et non d’entraîneurs. Alors, qui supervisera ces jeunes en Argentine ?

Et ce n’est pas tout ! Nous apprenons que c’est le COM qui a « pris la décision » d’inclure Gino Soupprayen comme accompagnateur, sans même consulter la fédération d’haltérophilie ! Tout simplement inconcevable et la fédération d’haltérophilie n’a pas manqué de faire part de son mécontentement à travers un communiqué de presse.

Ce qui s’est passé, rien qu’en une semaine, est très grave pour l’avenir même du sport local. Suffisant pour démontrer à quel point la COM a largement outrepassé ses prérogatives, voire la ligne de démarcation qui devrait le séparer de l’indépendance des fédérations sportives. Philippe Hao Thyn Voon s’est, lui, cru tout permis, comme si c’était normal que le COM décide à la place des fédérations – ou plutôt des dirigeants – sur qui il estime en avoir une certaine mainmise, pour ne pas dire une totale influence.

Nos dirigeants, eux, ne sont également pas exempts de tout reproche, ayant préféré mettre leur dignité en veilleuse au lieu de mettre en lumière les principes fondamentaux nécessaires pour l’avancement de leurs disciplines. Malheureusement, cette situation n’est pas prête d’évoluer tant nous avons la drôle impression que la démarche de M. Hao Thyn Voon ne gêne pas grand monde, si ce n’est que ses faits et actes semblent même être « approuvé et apprécié » par une grosse majorité.

JEAN MICHEL CHELVAN