FIROZ GHANTY

 

Quand les institutions retardataires d’un pays ne répondent plus aux besoins de sa population, Quand les classes dirigeantes ne se renouvellent pas, se sclérosent, qu’elles se persuadent que l’éternité leur appartient, Quand un état vend des parties de son territoire à des étrangers qu’il naturalise, Quand un Etat cède à des Etats étrangers l’accès libre à son territoire pour des besoins militaires, Quand les intellectuels et les artistes s’accommodent de tout, collaborent avec les institutions usées, s’affalent dans le confort de leurs egos, Quand un Peuple se résigne, se laisse aller au désespoir, perd jusqu’à sa capacité d’indignation, que la corruption, les abus de pouvoir deviennent monnaie courante, Quand la propagande d’état devient l’ordinaire qui ne peut même plus manipuler les esprits.

Quand l’Avenir est aussi sinistre que le présent, Quand un Peuple est abandonné à lui-même, qu’il perd tout désir de se battre pour que sa vie, son quotidien changent, qu’il ne pense plus qu’à sa survie, Quand les institutions internationales, gardiennes de l’ordre économique libéral, mettent un pays sous tutelle, qu’elles le condamnent à exécuter ses diktats en répétant inlassablement qu’il est stable, que l’harmonie sociale est exemplaire.

Quand des étrangers venus pour grappiller, pour piller débordent des trottoirs, comme à la Havane en 59, ou à Luanda en 61, en se faisant la dernière prostituée, le dernier whisky, le dernier cigare : il ne reste plus qu’une seule voie possible à ceux qui refusent d’abandonner, de se soumettre, qui ne sont pas submergés par le fatalisme, la désespérance, le défaitisme et la démission : tout faire pour pousser à l’aggravation du pourrissement, pour exacerber les contradictions jusqu’à leur paroxysme, jusqu’à l’implosion.

C’est la situation de ce pays aujourd’hui ! Rien ne peut plus être réformé ! Tout est à jeter ! Seul l’Effondrement Total peut encore nous sauver, parce que nécessairement suivront le Renouveau et la Reconstruction. Cynique ? Non ! Lapidaire, mais lucide !
Il faut dès maintenant préparer l’Après ! Nous devons nous réinventer ! Cela commence par écrire une Nouvelle Constitution, penser un nouveau modèle social et définir les orientations et les institutions appropriées pour une société nouvelle, plus juste, plus égalitaire, libérée des entraves imposées par les institutions internationales sous contrôle des Occidentaux !

Il est futile de faire encore un bilan annuel de ce gouvernement, en fin de règne depuis le premier jour, des partis politiques institutionnels et des soi-disant alternatives archi-ressassées qui tous ensemble nous ont menés droit à cette Impasse Historique! Arrêtons-nous sur l’élection partielle du 18 décembre dernier à Quatre-Bornes et ses conséquences pour faire comprendre le propos. Que certains l’acceptent ou pas, la candidate du MMM a été battue par l’addition mathématique des voix puisées dans l’électorat du MMM par Jack Bizlall, Kugan Parapen et Tania Diolle démontrant de manière incontestable que c’est eux qui ont fait élire Arvin Boolell.

Ce n’est pas une accusation, mais une analyse clinique. Ce glissement d’une partie de l’électorat du MMM ne concrétise pas une avancée sur tout le territoire pour la Gauche et ne suffit pas de faire élire un député. Si Jack Bizlall avait été élu, c’est certain que cela aurait eu valeur de Symbole, mais après ? Il aurait été enfermé dans le jeu parlementaire sans jamais pouvoir influer sur les événements.

Il y a comme un goût de revanche, mais cela n’entame pas la force des partis de droite. Battre le MMM sans pouvoir constituer un groupe parlementaire, encore moins prendre le pouvoir, c’est reconduire au pouvoir ceux qui pillent le pays depuis 50 ans. C’est une lourde responsabilité qu’il faudra assumer ! Insistons encore ici sur un point, le MMM n’est plus capable d’inspirer le pays. Il est plus que jamais l’ombre de lui-même. Il ne représente pas l’alternative, mais un moindre mal.

Le MMM au gouvernement ne résout rien, puisqu’il défend le modèle social et économique imposé par les institutions internationales. Le MMM au gouvernement, c’est moins de désordre, moins de corruption, moins de favoritisme. Un point c’est tout ! C’est le moins pire envisageable. Aucune autre solution n’existe.

Cette partielle ne modifie pas la composition du parlement, mais le MMM devrait s’interroger sur les conséquences aux prochaines législatives. Les dérives, les erreurs tactiques, l’errance idéologique du MMM sont coupables. Incapable de se remettre en question après la débâcle de 2014, le MMM crée les conditions objectives pour qu’une partie de son électorat traditionnel se tourne vers ce qui semble être le courant trahi de son Histoire, c’est-à-dire la Fraction de Gauche.

Rien ne prouve que cette Fraction de Gauche extraparlementaire puisse constituer un groupe au parlement lors des législatives. Mais il est évident qu’elle affaiblira le MMM et par voie de conséquence, ce sont les partis férocement à droite, PTr et MSM qui en bénéficieront. Le résultat sera désastreux parce que l’arbitraire restera maître, les lobbies sectaires seront renforcés, la libanisation du pays s’aggravera, avec la corruption, la stagnation et le reste.

À cause de l’estime et du respect qu’on a pour Jack Bizlall, pour sa constance, pour ses combats, pour ses convictions, on doit lui dire qu’il se trompe quand il croit que sa performance exceptionnelle à cette partielle et aux législatives de 2014 dessine les contours d’une alternative politique. Ce n’est que lui et son parcours exemplaire qui reçoivent la reconnaissance de l’électorat. Il ne peut pas bâtir sur cet acquis personnel une structure de gauche pour incarner un projet social parce que ce n’est pas un vote massif sur un programme, mais sur une personne. La dynamique nécessaire est absente. Quant aux autres groupuscules, ils sont encore plus loin du compte.

De plus, ceux qui se réclament de la gauche sont embourbés dans des querelles de personnalités et non préoccupés par des questions politiques. Aussi longtemps qu’ils continueront dans cette voie, ils repousseront encore plus loin une proposition politique crédible et boucheront toutes les issues possibles pour avancer.

Un espace politique à gauche se dégage avec l’usure des partis et syndicats traditionnels, c’est là, la leçon essentielle de cette partielle. Pour l’occuper, il ne suffit pas de croire qu’on peut construire dans ce vide. Il faut encore définir clairement, de manière pragmatique ce qui doit être construit, développer les arguments, le discours, les outils, les stratégies de lutte et trouver les moyens de ses convictions. Pour cela, le combat est perdu d’avance si l’on s’obstine à vouloir refaire du neuf avec du vieux. Toutes les structures politiques, les modes de fonctionnement, de recrutement, toutes les stratégies connues, sont dépassés.

Le monde a changé et il est en constante mutation. Tout cela va très vite. Il faut proposer avec les moyens disponibles du monde d’aujourd’hui pour parler au monde d’aujourd’hui en vue d’inventer le Futur ! Il faut des propositions concrètes avec leurs modes d’application concrètes et par la pédagogie expliquer de manière simple et directe ce qui doit changer, comment et pourquoi ! Ce n’est qu’à cette seule et unique condition qu’on pourra faire basculer le pouvoir en face de nous. Il faut avoir le courage de dire que nous voulons jeter à terre le modèle politique, économique et social dans lequel nous sommes prisonniers, pour le remplacer intégralement et sans compromis par une société différente, libérée de la dictature des Institutions internationales qui nous interdisent d’exister en tant que Nation réellement indépendante et libre, avec notre Culture, notre Identité, notre Histoire, notre Récit National spécifique. Nous voulons des rapports de production différents et nouveaux où l’accumulation ne sera plus l’objectif dans une société qui se développera dans un ensemble humain et naturel équilibré, cohérent, interdépendant et solidaire avec les autres pays.

Le modèle de développement industriel de consommation sans bornes, de production industrielle sans freins et sans considération pour les dégâts irréversibles causés à l’Homme et à son environnement nous mène à cet Enfer où nous avons déjà mis un pied. Ce modèle est dépassé et notre vocation est de l’arrêter net !
Après avoir dit tout cela, force est de constater qu’un fondement essentiel à la Gauche a disparu du discours. Pourquoi participer aux élections ? La réponse évidente c’est pour prendre le pouvoir. Mais alors se pose l’autre question : pourquoi prendre le pouvoir ? Et la réponse : pour changer la société ! Ce qui nous mène à ce constat déprimant : Pour changer la société en passant par les élections, il faut rassembler une majorité des trois quarts pour remplacer l’actuelle constitution par une Nouvelle qui permettra de changer la société.

Avec une majorité absolue, c’est accéder au pouvoir pour gérer le système capitaliste au profit du capitalisme et non pour le renverser. Dans le cas inverse, le nouveau groupe parlementaire se retrouve enfermé dans l’opposition, en attendant cinq ans les prochaines législatives pour espérer peut-être gagner. Participer aux élections au final ne permet qu’une chose précise : se faire happer et broyer par le système comme tous les partis de gauche qui ont joué à ce jeu depuis le XIXe siècle. Il suffit de regarder l’Etat de la gauche dans les systèmes de démocratie parlementaire bourgeoise dans le monde pour le comprendre.
À chacun de tirer ses propres conclusions !
Demain, c’est maintenant !