Pravind Jugnauth en prémission prolongée chez Boris Johnson depuis le 10 janvier avant le UK-Africa Investment Summit qui n’est prévu que le 20 courant.

Ivan Collendavelloo est parti, lui, jeudi, assister à Abu Dhabi à la World Future Energy Summit qui se tient du 13 au 16 janvier.

C’est une première bien organisée et certains diront que ce n’est pas plus mal. La numéro 3 du gouvernement de Lalians Morisien, Leela Devi Dookun-Luchoomun, assure la suppléance au poste de Premier ministre depuis vendredi soir. Le titulaire officiel à ce poste, Pravind Jugnauth, a pris l’avion dans la soirée du vendredi 10 janvier pour participer au UK-Africa Summit qui, ne se tiendra que le 20 janvier, tandis que le Premier ministre adjoint Ivan Collendavelloo a, lui, mis le cap sur Abu Dhabi depuis le jeudi 9 pour assister au World Future Energy Summit qui se tiendra du 13 au 16 janvier.

Fazila Daureeawoo était la première femme vice-premier ministre, mais elle n’occupait que la quatrième place sur le front bench de l’ancien gouvernement conduit par le MSM. La colistière du Premier ministre, Leela Devi Dookun-Luchoomun, ayant été promue numéro 3 du gouvernement après les élections du 7 novembre, la probabilité qu’elle occupe un jour ou l’autre le fauteuil de Premier ministre à titre intérimaire était déjà acquise. Or, il semble que Pravind Jugnauth ait eu envie de précipiter cette première en choisissant d’aller assez tôt à un rendez-vous qui n’est fixé qu’au 20 janvier dans la capitale britannique, et en profitant du fait que son adjoint Ivan Collendavelloo a lui aussi une mission à la même période. Et voilà une femme qui est Première ministre par intérim pour quelques jours.

Leela Devi Dookun-Luchoomun vient d’une famille d’industriels de la région de Mon-Désir qui avait été encouragée par les nouveaux dirigeants travaillistes après l’Indépendance à monter des usines de substitution visant à freiner le recours à des devises fortes et rares pour les produits d’importation. Lorsque Sir Anerood Jugnauth devient Premier ministre en 1982, la famille Dookun se rapproche du MSM et c’est tout naturellement que Leela Devi Dookun-Luchoomun, qui s’intéressait à la politique depuis ses années de collège chez les lorettes, se rapproche du Sun Trust.

Déjà aux côtés de Pravind Jugnauth en 1996

Celle qui devient enseignante de biologie au collège du Saint-Esprit après des études en Inde, en Afrique du Sud et en Grande-Bretagne, est très vite adoptée par ses élèves. Ils apprécient son sens de la communication et sa manière d’intéresser des adolescents rébarbatifs à une discipline réputée ingrate. Tous ceux qui l’ont eue comme professeur en gardent d’ailleurs un excellent souvenir.

Elle était bien partie pour d’autres conquêtes. C’est en 1996 qu’elle fait le grand saut et qu’elle se présente avec, déjà à ses côtés, Pravind Jugnauth, comme candidate aux élections municipales d’octobre 1996. La participation est risquée, mais courageuse. Moins d’une année plus tôt, en décembre 1995, une alliance PTr/MMM avait balayé le MSM et le RMM par un cinglant 60/0. Mais, surprise, si Leela Devi Dookun-Luchoomun est battue, Pravind Jugnauth, lui, est élu conseiller de la ville de Vacoas/Phoenix. Ce sont ses premières armes en politique. Et visiblement le leader du MSM avait quelques munitions pour des guerres moins évidentes.

Si elle n’est pas conseillère municipale, Leela Devi Dookun-Luchoomun ne s’éloigne pas de la politique. Elle devient, au contraire, un pilier dans le dispositif de SAJ. A la conclusion de l’alliance MSM/MMM en 2000, elle est alignée « dan so baz », la Caverne, Phoenix. Bonne pioche puisqu’elle est élue en première position devant Steven Obeegadoo et Showkutally Soodhun.

Elle est Parliamentary Private Secretary de 2000 à 2004. Lorsque le ministre de la Pêche Sylvio Michel démissionne de son poste sur fond de divergences avec le MSM, avec lequel il était allié avant l’accord avec le MMM, tous pensent que c’est Françoise Labelle qui va lui succéder, mais le MSM fait valoir que c’est un fauteuil qui lui revient et c’est ainsi que Leela Devi Dookun-Luchoomun devient en décembre 2004 ministre des Arts et de la Culture sous le mandat de Premier ministre de Paul Bérenger.

Elle ne reste pas longtemps à ce ministère normalement relégué au rôle de bouche-trou pour élus de circonstance et le plus souvent aussi par souci d’obligation d’équilibre communal, puisque quelques mois plus tard, en juillet 2005, viennent les élections générales. Leela Devi Dookun-Luchoomun se présente de nouveau au No 15. Dans une élection difficile où l’alliance MSM/MMM menée par Paul Bérenger est confrontée à une large coalition de Navin Ramgoolam, connue comme l’Alliance sociale, elle se hisse à la troisième place derrière Abu Kasenally et Rihun Hawoldar. Ses colistiers Steven Obeegadoo et Showkutally Soodhun terminent cinquième et sixième. Si le ministre de l’Education sortant reste dans le « Karo kann », le classé à la sixième position est lui repêché comme Best Loser.

En 2010, après la conclusion de l’alliance PTr/MSM/PMSD, elle migre avec son leader Pravind Jugnauth, élu lors de la partielle du 1er mars 2009, au No 8, Quartier Militaire/Moka. Elle se classe à la deuxième place derrière Pravind Jugnauth, mais devant Suren Dayal du PTr.

Leela Devi Dookun-Luchoomun sera, certes, appelée à occuper de nouveau un poste ministériel, celui de la Sécurité sociale, mais elle démissionnera, onze mois plus tard, le 26 juillet 2011, comme la plupart de ses collègues du MSM qui décident de quitter le gouvernement en plein cyclone sur le « scandale du siècle » Medpoint.

Le terrible
accident de 2011

Quelques mois plus tard, alors que la députée rentrait chez elle le samedi 29 octobre 2011 après une réunion du Bureau politique du MSM, elle est victime d’un grave accident sur la route Sayed Hossen. Elle est aux soins intensifs de l’hôpital Victoria dans un état qui était alors jugé préoccupant, compte tenu des blessures qu’elle avait au visage et à la tête.

Leela Devi Dookun-Luchoomun est opérée d’urgence le même jour. La « battante », comme elle se décrit elle-même, arrive à s’en sortir. Ce qui fait dire au Dr Hemraz Boodhoo, consultant en neurochirurgie de l’hôpital Victoria, que c’est un « miracle » dans la mesure où elle avait subi une fracture de la boîte crânienne. La députée revenait, en effet, de loin.

En 2014, après que le MSM eut été lâché par le MMM qui s’allia avec le PTr, Leela Devi Dookun-Luchoomun se fera élire en première position au No 8 devant son leader Pravind Jugnauth, mais mis à mal dans l’opinion par les accusations formelles de conflit d’intérêts dans l’affaire Medpoint.

C’est une affectation plus dans ses cordes que la députée va retrouver après les élections de 2014, celle de ministre de l’Education. Elle est alors à la huitième place dans la hiérarchie gouvernementale de Lalians Lepep et elle enclenche sa réforme qui voit disparaître le CPE et un tout nouveau concept pour l’éducation secondaire.

Leela Devi Dookun-Luchoomun a la chance de ne pas être confrontée aux intégristes de l’éducation élitiste des années 1990 et 2005. Elle peut poursuivre sa route sans grande anicroche. Elle a été reconduite à ce poste après les élections générales du 7 novembre dernier où elle a été élue juste derrière Pravind Jugnauth, mais avec une promotion à la clé, celle d’occuper la place de numéro 3 et de se voir propulser vice-Première ministre.

Si Leela Devi Dookun-Luchoomun est largement reconnue comme un des cadres dirigeants du MSM parmi les rares qui sont respectables, elle n’a cependant pas été épargnée par des allégations. Etre du MSM c’est quand même avoir quelques traits intrinsèques de la culture du Sun Trust. Lors de son passage à la Sécurité sociale, l’acquisition de deux immeubles à Ebène appartenant au Groupe Seeyave et qui furent éventuellement loués… à la Sécu firent débat, mais ceux qui étaient responsables de cet investissement du NPF assurèrent qu’il s’agissait d’une « bonne affaire ».

La polémique autour du fils

Autre polémique à laquelle elle a été confrontée, celle du recrutement de son fils Rahul Dev Luchoomun comme médecin après un exercice conduit directement par le ministère de la Santé. L’affaire fait scandale, d’autant que d’autres proches de ministres ou de notables proches du pouvoir sont également sur la liste des heureux élus, mais la ministre se défend.

Et elle laisse passer la tempête. L’ébruitement de l’affaire avait au moins eu un résultat : celui d’empêcher que le fils soit doublement favorisé, cette fois, pour l’obtention d’une bourse. Leela Devi Dookun-Luchoomun va aussi croiser le fer en 2017 avec Lysie Ribot, syndicaliste du secondaire, qui avait soutenu la campagne d’Ivan Collendavelloo à Rose-Hill et qui l’avait accusée d’avoir pris un congé de son poste d’enseignante pour occuper des fonctions ministérielles.

Elle a dû aussi essuyer récemment quelques « balles fanées » suivant les frasques de Sandhya Boygah et de son mari autour de leur barachois, leur culture de « bambara » et leurs maisons de jeu et celles de son frère Veer Luchoomun, nièce et neveu de son époux, Shiv Luchhoomun.

Si Leela Devi Dookun-Luchoomun s’est concentrée jusqu’ici sur la réforme du primaire et du secondaire en imposant l’obligation d’obtenir 5 credits pour accéder au HSC, l’enseignement supérieur qui avait connu une explosion quantitative de bas de gamme sous Rajesh Jeetah devrait aussi connaître quelques changements, d’autant que l’université publique sera désormais gratuite.

Si elle veut marquer son empreinte comme celle qui a réformé le secteur éducatif et qu’elle a encore visiblement du chemin à faire, elle pourra au moins se dire qu’elle a déjà marqué l’histoire en devenant Première ministre par intérim. Qui sait si ce n’est peut-être pas que la répétition en attendant d’être Première ministre de pleins droits un jour.

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