« Exporter le seggae sur la scène mondiale est mon rêve et le challenge que je souhaite relever »

La joute s’est jouée pour de nombreux Mauriciens entre Dodo baba, de Sky Te Be, et Laglwar, de The Prophecy. Au final, le morceau empreint d’une forte dose de philosophie de Murvin Clelie a raflé la mise, réconciliant les fans des deux titres ! Jeune Mauricien ayant la tête solidement vissée entre les épaules, coiffé de ses majestueux dreads, Murvin Clelie a l’allure féline, servi par une voix d’or et des textes en béton. Une recette qui a déjà fait mouche avec Sirmonte il y a à peine quatre ans. Chronique d’une ascension… pas comme les autres !

« Mo pa le laglwar/Laglwar zis pou bondie/Pa crie mwa bourzoi mo frer, vraimem mo ena enn pase/La vi enn karma mo frer, ene ta ki pa les kompran/Kan zoiseau la finn mor fourmi ki pou vinn manz li… » Ces mots résonnent dans la tête de nombreux Mauriciens depuis plusieurs mois. Et pour cause, Laglwar est le deuxième grand succès de The Prophecy. Il y a trois ans, Nou pou sirmonte avait connu le même destin : tube de l’année, fredonné par des Mauriciens d’ici et d’ailleurs, voire même des étrangers ! En quelques années, les artistes réunis autour de Murvin Clelie, le timbre feutré et la tête pensante de The Prophecy, ont réalisé un parcours sans faute !

Le jeune homme qui a opté pour nom de scène The Prophecy est loin d’être perdu dans des songes ou illusions… Murvin Clelie, enfant de Plaine-Magnien (et fier de l’être !), fils de Rose de Lima et Paul Sylvain (elle fait partie de la chorale tandis que lui pousse la chansonnette), n’est pas de ceux qui ont besoin « de se remettre » de leur ascension. Pour la simple raison que lui garde les pieds solidement sur terre, qu’importe ce qui leur arrive, à lui et son combo. Le secret d’une telle maturité dans une cervelle si jeune (il n’a pas 25 ans !) : une grande spiritualité qui imprègne tout à la fois sa personne, son discours et sa musique, irrémédiablement. « Dieu est à la base de tout ce que nous faisons et ce que nous sommes, résume-t-il. Je me considère humblement comme son instrument : se li kinn anvi mo vinn seki mo ete ! » Et il y a aussi l’influence de son mentor, admet-il, en l’occurrence, M. Snyp, un nom connu et apprécié de la scène locale et régionale, découvert avec l’hymne Rekonet mo lil. L’homme n’est autre que l’oncle de Murvin Clelie : « C’est le frère de ma maman. J’ai eu la chance de participer à son album. De là, j’ai commencé à apprendre beaucoup de choses. C’est lui qui m’a poussé, m’a façonné », révèle-t-il.

De 21st Century, le premier opus de The Prophecy, sorti en 2015, à Where we belong, dans les bacs depuis mars 2018 et qui contient le titre-phare Laglwar, le parcours n’a pas été sinueux, ni de tout repos, non plus. « On avait une foule d’appréhensions quand on s’est embarqué dans l’aventure du deuxième album. On nous disait toujours qu’on nous attendait au tournant vu que 21st Century avait rencontré un succès énorme », concède M. Clelie. Rebelote ! Car Where we belong est encore mieux que son prédécesseur, et est complet. Non seulement techniquement (il contient 16 titres), mais musicalement aussi. Chaque morceau, de l’intro The Words où sont égrenées les paroles de Martin Luther King, Bob Marley et Kaya, les trois inspirations et sources de l’album, à Hear that song en passant par Priye pou Lafrik, Imoral, Mekanik mo leker ou Natty grani est empreint à la fois d’une musicalité propre, d’une identité spécifique, d’une couleur tantôt chaude, tantôt mélancolique et d’une sonorité unique qui font, qu’ensemble, ces 16 morceaux composent un album complet.

Autant dire que ceux (et ils sont nombreux) qui ont fait l’acquisition de Where we belong, en ayant fait la découverte de Laglwar ne sont nullement déçus ! Mais il n’y a pas que le contenu du deuxième opus de The Prophecy qui est soigné. La conception graphique, le design, le marketing et la présentation ont été méticuleusement fignolés ! Ils traduisent « l’immense souci d’exigence que j’ai quand je suis en studio, que je compose…», avoue M. Clelie. De fait, le jeune artiste souhaite « à chaque occasion qui se présente, remercier tous ceux et celles qui ont œuvré à faire de Where we belong le succès qu’il est ». À noter que l’album de The Prophecy est totalement autoproduit, une chose rare dans le domaine.

Propulser le seggae dans le monde

C’est le challenge qu’il souhaite relever : inscrire le seggae sur la carte du monde. « 21st Century était profondément reggae Pour Where we belong, nous avons choisi une couleur plus seggae », fait valoir Murvin Clelie qui concède qu’il n’écoutait pas beaucoup la musique locale. « Je suis entré dans le trip total avec Kaya… J’ai écouté, je m’en suis imprégné pour donner les couleurs et les nuances de Where we belong. » Un album qui, rappelle-t-il, est destiné à propulser le seggae dans le monde. « Et pour cela, nous avons besoin, entre autres, de Mauriciens qui sont établis à l’étranger et qui acceptent d’éduquer le monde sur le seggae. » Murvin Clelie ne chôme pas : ce début 2019 est déjà rempli en termes de rencontres, de scènes étrangères et régionales…