Le Ramadan infuse de la résilience morale en notre conscience et cela renouvelle notre fibre de détermination face à l’absurdité et l’incohérence de la condition humaine. EID célèbre ainsi la Consécration de L’Âme dans son essence immaculée. Eid honore les « Saints » parmi ces êtres ordinaires qui ont choisi la Voie du Salut au travers du sacrifice du jeûne afin de purger leurs peines et expier leurs déviances du quotidien.
Les discours politiciens, eux, arborent quelque chose de profondément malsain face à cet équilibre spirituel ancré dans ce renouveau de l’humain. Chaque année, la fin du Ramadan annonce l’euphorie des leaders politiques à s’approprier cette symbiose et ce calme intérieur des musulmans après un mois de sacrifices et de générosité spirituelle ; et on saccage l’esprit festif à coups de fausses promesses de « cadeaux de sympathie ». Par ailleurs, le slogan du pouvoir – “nou pa pe fouti fer sa pou zot, nou lame anba ros” – auprès de cette frange de la population dotée d’un précieux swing vote électoral, frise le grotesque malsain. Il s’agit là d’une caricature politicienne qui fissure l’unité nationale.
La classe politicienne se leurre en supposant que la communauté musulmane attend, avec exaltation, un « cadeau » mitigé du Gouvernement le jour de la EID – tantôt billet du hajj avec « discount appréciable » mais ô combien « compliqué à négocier » avec les grands patrons des compagnies aériennes qui comptent leur sous en ces temps difficiles ; tantôt diplomatie économique soutenue pour soutirer quelques sièges minables additionnels sur les vols du hajj… tantôt un pitoyable poste d’Ambassadeur dans quelque pays ‘musulman’ ami, certes pour un proche du Parti au pouvoir… Des miettes que répugnent même les pigeons affamés…
La communauté musulmane n’est point dupe, et, de surcroît, elle est lasse des vaines attentes et des promesses dérisoires de ce qui est perçu comme son dû au niveau de la méritocratie et de la justice sociale ; ses craintes fondées au niveau de la criminalité dans un climat d’insécurité générale et de décadence morale ; ses appréhensions du progrès et du développement durable dans une économie non-démocratisée ornée de ce mirage de chances égales pour TOUS les Mauriciens… L’Islam ne condamne-t-il pas la démesure ancrée dans l’injustice, et bernée par un discours creux parsemé de mauvaise foi ?
La sainteté des célébrations d’EID se doit d’être hermétique, ficelant ainsi l’affabulation sensationnelle de la classe politique. Monseigneur Maurice Piat, avec discernement et sagesse, mit l’accent sur la périlleuse tendance du dérapage du religieux dans ce champ de mines politiciennes. On oppose le Sacré et le Salé. La classe politique n’a pas droit au chapitre dans ces festivités de l’Eid. Les Pharaons et les Prophètes furent, dans les couloirs de L’Histoire, des pôles opposés tant dans leur envergure, leur lucidité, leur conceptualisation des choses de L’Existence que de leur Vision de L’Avenir.
L’Unité nationale hante un système verrouillé de la classe politique tribale et de dynasties claniques. Diviser afin d’assujettir les faibles et les nécessiteux et s’octroyer une posture de Miséricordieux et de Pacificateur du Destin d’autrui. Le 21e siècle, où l’information et le débat se construisent en temps réel dans le cyberespace universel, a tendance à croître l’ambivalence et le désarroi de la classe politique – qui s’octroie toujours la paternité des idées et des visions d’Avenir.
EID est vitale car elle diffuse des énergies positives et des élans de bâtisseurs pour le progrès de TOUS face au spectre de la dérive économique, du chaos social, de la fragilisation des communautés et face aux plus grands diviseurs de tous – les passe-droits claniques et les faveurs affairistes des plus forts au grand dam de la majorité des faibles. Ainsi s’attisent les feux de la Révolution et du Déclin d’une Nation.
EID MUBARAK EN PAIX AVEC TOUS LES MAURICIENS DU MONDE.